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69 › The Sound of Music

  • 1995R&S RS 95078 CD • 1 CD

cd • 9 titres • 57:45 min

  • 1My Machines9:33
  • 2Microlovr8:28
  • 3Jam the Box5:00
  • 4Desire6:06
  • 5Rushed8:46
  • 6Sub Seducer3:04
  • 7Sound On Sound2:41
  • 8Poi Et Pas5:42
  • 9Filter King / No High / Finale7:58

informations

Cette compilation regroupe des titres tirés des EP Sound On Sound (1993) et Lite Music (1994), sortis en vinyls par Carl Craig sous alias 69, sur son propre label, Planet E.

line up

Carl Craig

chronique

Parfois, Carl Craig s'arrête de faire expressément de l'art avec un grand – de faire du jazz, de pondre des titres de disques alambiqués. Parfois Carl Craig se rappelle qu'il est aussi, avant tout, comme tout le monde, un corps. Et que la machine est elle-même, à sa façon, une espèce de corps – un truc à faire sonner pour qu'on, pour que ça se rappelle au notre. Et oui, j'aime – aussi – l'autre Carl Craig, la face « pensée », « cérébrale » de sa musique, certains morceaux (pas tous... non) de son Innerzone Orchestra, des plages réflexives sur Landcruising ou le fameux More Song About Blablabla (More Songs About Food and Revolutionnary Art, allez... Et au fond ce n'est pas plus prétentieux que si c'était Eno ou les Talking Heads qui l'écrivaient comme ça). Mais n'empêche voilà : d'autres coups, aussi, j'ai envie de lui dire « allez, lâche-toi un peu, Carly. On aime bien aussi quand tu la joues funky ! ». Alors... Je me tourne plus volontiers vers Paperclip People – projet salace et acide, dancefloor vrillé. Ou vers BFC – autre alias généralement "physique". Ou alors... Vers ce 69. (C'est pas ce que vous croyez... C'est son année de naissance. Mais bon oui, on ne peut s'empêcher). Celui-là, en revanche, je le connais bien. Je l'ai, comme on dit, « poncé ». En cassette, des années de jeunesse durant. Il m'a rendu la pareille, aussi – m'a frotté, rendu doux et apte à capter la lumière, au fond de certaines nuits, matinées de lendemain fatiguées, journées écrasantes ou phases d'euphorie provisoire. Il m'a... Touché. Il m'est resté.

69, ça pulse, ça tremble – c'est rêveur parfois, mélancolique, même, mais ça n'arrête jamais de tourner, de bouger, c'est plein de fluide et d'ondes en cycles expansifs, densifiés. Une techno/house qu'on peut trouver « fonctionnelle », si on veut, mais sans que ça la relègue à une froideur sans âme, parce que c'est traversé de tout ce qui déborde dans une telle réalité – fonctionnelle, donc, en mouvement, pas arrêtée dans un repli. Parfois, ça part en de drôles de dérapages, séquences qui se distordent, rythme de chaîne industrielle saturée (Jam the Box et sa tapante toute raide, ou le triplé de la plage finale). Parfois ça fout en boucle des phrases idiotes et déformées, qui vous flanquent le sourire alors que le truc vous fond sous la langue (I am the Su-bli-mi-nal Se-duuuu-cer... c'est con mais ça MARCHE). Parfois le titre annonce tout de suite ce qui va se passer – et c'est TOUT ce qui va se passer, et c'est très bien comme ça (Rushed et son halètement...).

Et puis aussi... Il y a Desire. Et ça c'est autre chose. Là aussi le titre dit tout – l'emballement, l'excitation, la montée – mais en même temps, ce truc est... poignant ! La première fois, il m'a laissé KO – avec son intro de synthé vaguement violonnée, son beat tout simple qui prend le temps de se lancer, attend, sa ligne de basse tout aussi fixe. Et puis ce clavier, toujours le même (cyber-crincrin bendé, oscillé) qui part en impro lyrique. C'est joué trop fort, le mix est imparfait, on a par moment l'impression que les doigts de Craig peinent à trouver comment caler la note sur le temps mais... Rien n'y fait : le truc me cueille toujours, consentant, pas désireux de me défendre, d'avoir l'air plus, trop « tough » pour ça. Madeleine – le truc, et moi. Rushed, ensuite, donc – qui me remonte, me relance dans les tours.

Oui, The Sound of Music, comme quelques autres disques sortis ces années là, et singulièrement pour ces musiques électroniques que je découvrais alors, après des années à ne pas vouloir trop y toucher, c'est une sorte de marqueur, de lieu mnémonique où je reviens toujours comme inchangé – en sachant bien que non, mais y retrouvant toujours ce qui m'avait cherché là-dedans, appelé. (Amber d'Autechre, la compile Blechsdöttir du label WARP, The Infiniti Collection de Juan Atkins, Azimuth ou Metaphor de Kenny Larkin...). Ce n'est pas que ces disques – ni celui-là en particulier – soient sans défaut, sommes intouchables. (On s'en fout, ça). Ce n' est pas non-plus que celui-là et les autres soient seulement cette attache, ce repère, cependant. Je trouve qu'au-delà de ce côté anecdotique, du lien autobiographique à la chose qui est le mien (et dont vous auriez bien raison aussi de vous contrecarrer, hein), The Sound of Music – à sa façon propre, comme chacun des autres cités ou non-cités – saisit quelque chose de son époque, de la musique, du mouvement dont il est un moment, sous une forme qui paraît plus qu'ailleurs dénuée de calcul, du désir justement de s'inscrire, de faire scène, de faire œuvre, cohérence (avec d'autres disques de Craig, avec d'autres travaux de ses « collègues » concitoyens, pairs...). Certaines plages ici ont l'air d'être presque des essais – laissés tels quels sur bande, amorces de rien, pistes (au sens de chemin à suivre) seulement pour elles-mêmes. (Sound On Sound et sa basse qui distend la membrane des basses...). Elles se tiennent autant que le reste – on ne reste pas là à vouloir attendre absolument une suite. C'est une musique sans suite. Pas sans histoire. Instantanée, oui. Pas amnésique, pas oublié sitôt coupée. Simplement, elle n'a pas besoin de décor – de fil narratif à quoi la rapprocher. Elle dit tout, le temps qu'elle dure. Elle est le lieu et l'heure. Je l'entends entière, encore, rien qu'à lire les titres... C'est intime et public, accessible de chez vous. Et cette pochette est moche, oui. Et la note ne compte guère – du moment qu'elle reste honnête, qu'elle ne tente rien d'imposer.

Bon
      
Publiée le jeudi 25 juin 2026

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