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Fu Manchu › No One Rides For Free

cd • 7 titres • 27:07 min

  • 1Time to Fly3:05
  • 2Ojo Rojo3:49
  • 3Show and Shine2:54
  • 4Mega-Bumpers3:51
  • 5Free and Easy (Summer Girls)2:03
  • 6Superbird4:05
  • 7Snakebellies4:48

informations

Sandbox Studio, Los Angeles, California, 1993, produit par Brant Bjork

line up

Mark Abshire (basse), Eddie Glass (guitares), Ruben Romano (batterie), Scott Hill (guitares)

chronique

Fin avril, le beau temps revient, la chaleur aussi et, avec cela, l’envie de ressortir ses albums de stoner, certains styles semblant condamnés à n’être écoutés que sous certaines conditions climatiques. Rapide coup d’œil à la collection de disques : The Atomic Bitchwax, Clutch, Fatso Jetson, Fu Manchu, Greenle… Eh mais… Le regard se fige. Fu Manchu. Et pourquoi pas Fu Manchu ? Le fiable et sans prétention Fu Manchu ? Un choix d’album au hasard : No One Rides for Free, la première sortie du groupe. Parfait.

Après des débuts marqués punk/hardcore au mitan des années 80 (alors que le groupe s’appelait encore Virulence), puis un premier 7’’ en 1990 (Kept Between Trees) influencé par les Melvins, le groupe trace une voie, développe un style dont il ne déviera plus de toute sa carrière et, ce, dès son troisième single (Pick-Up Summer) : un hard rock un peu passéiste aux sonorités épaisses que l’on dénommera par la suite stoner, à base de riffs hypnotiques estampillés 70’s balancés avec nonchalance et agrémentés d’un soupçon de psychédélisme, le tout soutenu par une section rythmique solide.

Là où un voisin de style comme Kyuss varie les influences, les approches, les atmosphères — tour à tour lourd, planant, groovy, bluesy — cherchant à retranscrire l’ambiance de son désert du Colorado natal, Fu Manchu, originaire du populeux et côtier comté d’Orange, se fait moins divers, plus frontal, direct, monolithique dans son approche musicale. Plus abordable aussi, avec ses ambitions plus restreintes ? Qu’importe. Rat des champs contre rat des villes ? Plutôt stoner du désert où l’on tue le temps en faisant de la musique contre stoner du littoral où on le partage entre surf, farniente et pratique d’un instrument. Stoner mi-nerd, mi-slacker aussi, car Fu Manchu développe rapidement une passion et une imagerie hédonistes, obsessionnelles et pointues axées sur les années 70, les filles en bikini, la plage, les cigarettes qui font rire, le skate, les soucoupes volantes et les références aux muscle cars à l’ancienne : Ford Mustang, Plymouth Barracuda, Pontiac Firebird, etc.

Alors, puisque nous évoquons les voitures, que dire de cette No One Rides for Free, petite Fu Manchu millésimée 94, fruit du travail du guitariste Scott Hill (seul membre permanent du groupe), du guitariste Eddie Glass, du batteur Ruben Romano et du bassiste Mark Abshire (tous trois futurs membres fondateurs de Nebula) ? La carrosserie déjà : attrayante, mais qui manque de finition. La production, signée par Brant Bjork (de Kyuss), est chaleureuse, lourde mais sans ampleur : les guitares fuzzent joliment, la batterie, au jeu simple mais varié, frappe fort, quelques effets psyché agrémentent le tout pour aboutir à un mur sonore qui écrase l’auditeur mais, malheureusement, sans jamais l’envelopper. Ajoutons une basse qui manque de punch et l’ensemble constitue une petite déception.

Autre potentiel sujet de discorde ? Ce chant parlé/aboyé, vestige des débuts punk/hardcore et signature du groupe jusqu’à aujourd’hui. Certes, tout le monde n’a pas la chance d’avoir un John Garcia (de Kyuss encore) à la voix puissante au sein de son groupe, mais, ici, l’approche s’avère assez minimaliste et, même si elle correspond à l’imagerie décontractée du groupe, peut rebuter par sa monotonie.

Mais fi des apparences, il est temps de faire vrombir la machine. Nous l’avons déjà dit, le style, la mécanique sont rôdés depuis le single Pick-Up Summer. Le moteur reste d’un fonctionnement basique : structure des morceaux réduite généralement à l’alternance couplet / refrain / break à l’occasion, peu de lignes de guitares, peu d’effets sur ces dernières si ce n’est la fuzz à fond, quelques solos simples et un petit passage basse/batterie sans guitare à l’occasion pour maximiser l’impact des riffs qui suivent.

Voilà, moteur rustique, encore punk dans l’âme, qui permet de se concentrer sur l’essentiel, l’efficacité des riffs. Et, de ce point-de-vue, le moteur ronronne quasi parfaitement. Quasi parfaitement ? Ah oui, c’est vrai, il y a un petit ratage à l’allumage : ce Time to Fly initial pataud, lourdaud, qui peine à décoller malgré son nom. Et puis Free and Easy (Summer Girl) à mi-parcours, court aparté planant, ballade certes sympathique mais qui casse le rythme global de l’album.

Pour le reste… pas de temps mort, la vie est trop courte pour cela. Ainsi, l’enchaînement parfait Ojo Rojo / Show and Shine / Mega-Bumpers. Ojo Rojo, premier classique du groupe, au riff principal lourd et gras transcendé par un break explosif ; Show and Shine, pied au plancher, mélodie entraînante calibrée pour rester collé au fond du crâne, leads de guitares véloces ; Mega-Bumpers, au groove massif avec ses passages basse/batterie, cowbell à fond et refrain catchy en sus pour un résultat dansant. En trois morceaux, Fu Manchu assène tout son savoir-faire avec talent.

Puis, passé Free and Easy, le voyage reprend de plus belle. Superbird, autre classique du groupe, refait dans le lourd et groove comme un Black Sabbath cramé par le soleil californien, avec un surplus d’agressivité et une batterie tribale. Tandis que nous avalons les kilomètres au volant de notre automobile, Shine it On cumule riff accrocheur et encore plus de cowbell. Le trajet se termine sur Snakebellies, à la mélodie certes moins marquante mais qui compense par son festival de leads de guitare.

Rien à dire donc, No One Rides for Free se révèle un petit bolide simple mais agile, rapide et fun à conduire. Oh, vous l’aurez compris, il reste bien quelques réglages à effectuer, mais pour un premier jet qui n’a d’autre prétention que de nous assener riff cool sur riff qui tape en moins de 30 minutes, sans démonstration de virtuosité excessive, misant sur la puissance brute, quelle importance ?

Bon
      
Publiée le lundi 4 mai 2026

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