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Band of Susans › Here Comes Success
- 1995 • Blast first BFFP114 • 1 LP 33 tours
- 1995 • Restless records 7 72789-2 • 1 CD
cd • 9 titres • 57:26 min
- 1Elizabeth Stride (1843-1888)9:06
- 2Dirge8:11
- 3Hell Bent9:23
- 4Pardon My French6:55
- 5As Luck Would Have It0:54
- 6Two Jacks7:32
- 7Stone Like a Heart7:41
- 8In the Eye of the Beholder (for Rhys)10:00
- 9Sermon On Competition,Part 1 (Nothing Is Recoupable)4:30
informations
Enregistré et mixé par Bryce Googin, assisté de Royston Langdon, aux Baby Monster Studios. Produit par Robert Poss.
line up
Ann Husick (guitare), Mark Lonergan (guitare), Robert Poss (guitare, voix), Ron Spitzer (batterie), Susan Stenger (basse, voix)
chronique
Incroyable, cette ouverture. Quelle idée, pourtant... Commencer par ça, ce nom – celui de la troisième victime de Jack L’Éventreur, suivi de ces deux dates trop rapprochées. Quelle intro, cette basse d'abord seule – puis la voix de Susan Stenger qui se met à raconter. Sans trembler. Sans... Se réjouir, non-plus. Band of Susans, je le disais à propos de Veil, j'insiste : c'est sensible. Alors Elizabeth Stride (1843-1888) ne sonne pas comme une grinçante élégie, un faux hommage. Il dit vraiment la souffrance, il pose là une existence. Et ce morceau saisit – sa montée attrape, propulse en plein vol. Harmoniques empilées, strates de guitares qui frottent, timbre voilé mais toujours aussi ferme – cette voix ne chancelle jamais. Cette voix, cette musique, ne vous la font jamais au chantage. Ça frappe, ça sonne – dans tous les sens du terme. C'est incroyablement... Beau. Et poignant, étrangement – les images d'enfance bientôt engloutie aussi vraies, aussi nettes que le reste, que la suite. Requiem ?
Here Comes Success, d'accord, le titre peut sonner amer, à posteriori, méchamment ironique. Le groupe se séparerait quelques mois plus tard. Poss, Stenger et Spitz, Husick et Lonergan – en passant, ce line-up ci du groupe, me semble-t-il, a duré plus que tout autre – savaient très certainement que cette musique, leur musique, ne toucherait jamais les foules, n'allaient pas « percer ». Ça ne raterait d'ailleurs pas – l'explosion du « rock indie » les laisserait à la même place qu'avant, retomberait sans eux/elles. Pourtant... Je ne peux pas m'empêcher d'y lire autre chose – une véritable, très franche déclaration d'ambition. Car tout chez ce groupe – le trio fondateur et là, donc, le duo de guitaristes complétant l'effectif, comme ceux et celles, à mon avis, qui les avaient précédés – semble tendre toujours, avec acharnement, une détermination sans faille, vers sa perfection, sa forme la plus complète, à la fois la plus riche et la moins encombrée (de scories – ou alors les scories sont là comme des organes ; du moindre trait qui ne serait qu'ornemental). Et oui : je crois que ce disque y parvient – encore, encore autrement. À cet accomplissement, j'entends. À cette forme sans déchet. À cette parfaite expression de soi-même. Tout est en place. Tout déplace l'évidence. Tout entre et passe, et sors et retient.
Comme Veil – mais encore plus serré, intriqué, encore plus aéré (aérien ?), cependant, aux places où il faut – Here Comes Success laisse s'écouler, jaillir une drôle de tristesse autant « new » que « no » wave. Comme Veil – et comme les autres avant – ce dernier album se garde de confondre bruits et mélodies, puisqu'il sait énoncer en quoi les deux sont les mêmes parfois, en quoi ils faut que ça tire, à d'autres moments, entre les unes et l'autre, entre les uns et le chantant, le froissé et l'excellemment tourné. Comme tout bon envoi, Here Comes Success ne résume rien des épisodes, des tribulations, des chapitres précédents – il use de tout ce qu'il en sait, de tout ce qu'il y a appris, il use, aussi, de tout ce qui lui reste à balancer, qui n'est pas du « en plus », du « en trop » du « je vous le laisse quand-même ? ». Comme tout bon envoi, Here Comes Success est urgence et distance. De fait, le groupe prend son temps – et n'en perd pas la moindre miette.
Les Susans parlent un argot qui fait de grands livres. Articulent des finesses qui cinglent plus que tous les mots vulgaires – Pardon Their French, comme il est dit ici. La rondeur du son, quand il est ainsi (cette basse, sur Two Jacks...), le coupant des guitares, leur bourdonnant quand ça les prend, la merveilleuse profondeur de la production, ici... Rien n'est parole en l'air. Aucune langue n'est morte – qu'on y entende, qu'on y préfère les échos gothiques, cold, des reflets de pop psyché sixties (« byrdsienne », entre autres ?), le symphonisme pour larsen de Branca ou Chattam (salué une fois de plus ici, d'ailleurs, ce dernier : In the Eye of the Beholder lui est dédié), le rock lourd, dur (hard... oui) d'autres décennies... Rien n'est comme au musée. Rien ne nous est exposé comme dans un manuel. Et ce disque, oui, est parmi tous les leurs, sans doute celui qui varie, multiplie le plus les approches – sans perdre cette cohérence qu'avaient les autres, à aucun de ses moments.
C'est la fin ? Pas en vain. Rien n'est vain. Voilà le Succès... Il tient en ça, que trois décennies plus tard, rien de ce qui reste n'ait l'air éteint, passé, témoignage consigné.
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notes
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commentaires
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- magnu › Envoyez un message privé à magnu
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Belle découverte.
Message édité le 18-04-2026 à 20:14 par magnu
- ashara › Envoyez un message privé à ashara
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Le morceau "Two Jacks" n’apparait pas sur la version vinyle et les pistes 4 & 5 sont inversées par rapport au CD. Fort bel album, cela dit.
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Eh ben, je ne m'attendais pas à un tel engouement pour ce groupe ! De rien donc. (Et tant mieux).
- allobroge › Envoyez un message privé à allobroge
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Superbe chro et quel disque, merci pour la découverte Dioneo :)
- Indusfreak › Envoyez un message privé à Indusfreak
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Bon alors pour celui-ci, ça continue dans la même veine bien musclée et tendue jusqu'au bout. Pas de réelle surprise, album assez homogène qui forme un bloc de granit sans fissure quand on le considère dans son ensemble. Pas de ruptures, de lézardes ou d'anfractuosités qui laissent entrevoir l'intérieur de l'animal.
