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Deftones › private music
informations
Produit par Nick Raskulinecz et Deftones. Enregistré par Nathan Yarborough, Nick Raskulinecz, Clemente Ruiz (Ameraycan Studios, Dead Aunt Thelma's, Eastwest Studios, Rock Falcon Studio, Sienna Recordings Studios). Mixé par Rich Costey. Masterisé par Howie Weinberg et Will Borza à Howie Weinberg Mastering.
Sorti en CD, cassette, vinyle, en ligne. Illustration (photographie) par Kenneth Cappello.
line up
Stephen Carpenter (guitare), Abe Cunningham (batterie), Frank Delgado (claviers, samples), Chino Moreno (voix, guitare), Fred Sablan (basse)
chronique
Tsssssssssssss... Ils ont quoi d'autre à ajouter, en 2025, Deftones, hein, dis ? Ils te sautent à la gueule déjà. Te font voir comment un groupe de vieux nu-métalleux tiennent le terrain, encore férocement inspirés, mus par leurs pulsions et une forme de mémoire musculaire, comme si le flow, les guitares, les rythmes, un peu tout dans ce rock fusion rien qu'à eux, résultait avant tout de réflexes animaux. Et c'est quelque chose à admirer, quand tant d'autres groupes de vétérans ne font que des disques sages et contractuels, qui sentent tout sauf le danger. Il y a péril en la demeure : il faut muer, muter, se mouvoir. Attaquer. Dès le visuel, frapper. Pourtant ce ne sont que les couleurs du logo WhatsApp, ouais... Mais le vert est plus qu'à moitié plein : il est dans le fruit. Pochette inévitable qui se repère au milieu de cent-mille autres, 2025 c'est la guerre à l'attention, Chino et ses collègues le savent. Une pochette avec un serpent c'est vu revu, mais quand c'est spécial comme ici, ça parle du disque dedans : cet albinos en S et ce vert clair bien chimique disent d'abord "attention" et tentation. Crache ton venin, Def, crache ! C'est de l'injection toxique ouais, ce nectar de Private Music (encore très intime cette affaire en effet), assurément leur plus agressif et massif depuis leur album à tête de mort. Poison... tu ne résistes pas. Cerveau reptilien... tu te jettes dans le piège.
Celui d'un disque intense, encore tissé de paradoxes mais d'une homogénéité brutale, un open space immense qui nous écrase... Des aérations étouffantes. Du groove sec compacté qui coule par cascades denses, à la fois acérées et insaisissables. Un truc qui reste fiché en travers même dans les moments atmosphériques (la douceur de la ballade mi-acoustique mi-électrique porte autant d'air que d'amer), quelque chose de bien contrarié, ouais, qui te choppe et te lâche plus. Harponné et happé. L'évènement est réel, très réel, et on sait à quel point leur musique regorge d'onirisme (et ce rêve est de métal nous disent-ils, oui, il est dur et froid). En communion avec son goût de crise existentielle - on a un peu l'impression qu'ils font le dernier, qu'ils donnent tout, sans regarder derrière - la contemplation fugace n'est effectivement rien comparé à la cinétique, sur Private Music, les choses fusent et foncent, s'enfoncent, traversent comme l'aiguille. Deftones sont ici saisis d'une urgence vitale, oui, plus que sur le maraudeur Ohms et sa virée dans la ville noire, c'est certain. Comme aux abois. Les sensations qui s'immiscent dans la carcasse, l'aspect sinueux, secoueur de spleen. Le flow racaille-roudoudou comme les envolées new wave, le lardage des guitares : tout vient dans le flux. Deftones sue, rue, t'attrape. Comme cette ligne de basse cliché-imparable au début d'"Ecdysis", morceau-évidence, roulement des mécaniques impérial. Deftones recrache ses juvéniles sauteries baggy à la façon d'un adulte qui a pas que ça à foutre ("Cut Hands"). Que Chino rappe, que Chino pleure : Chino chie dru et dit no, no prisoners. Kéblo dans son style et sa superbe. "I can feel it"/"can you feel it ?" entend-on sur la claustro-strobo donc bien nommée "Locked Club", à travers ces échos troubles rien qu'à lui. L'aspect sensoriel extrême de son rock fusion bien perso, Deftones le connaît par cœur, en voici une incarnation nouvelle, variation sur un même thème façon plongeon de Joker dans la cuve. Deftones te lâche "I think about you all the time" avec la candeur violente d'un Daniel Darc. Te laisse paumé dans le final Nico Cave d'une "Souvenir", pour mieux revenir te hanter la cafetière avec l'épique à leur façon sur "Milk of The Madonna"... Hyper-conscience de chaque détail comme d'un piquant, son hyper-raide et hyper-fluide à la fois, morsure sensuelle, façon Deftones, où même la suavité extrême du Moreno semble corroder les chairs, l'humeur. Où les salives se confondent avec les coups de boutoir, et où on cherche prise - alors qu'il suffit de se laisser prendre, et se perdre, pour succomber.
En Vert et Blanc, Deftones déchirent nos cœurs / Chino cogne ses montagnes de douleur. Sensualité suprême aux relents d'acide. Passion dans le béton armé, volant en éclats, chaos contrôlé, constricteur. Nous rappelant que la musique c'est de la vie, pas des choses bien rangées, et que ça bouge sans arrêt, comme ici... Un disque comme ils en ont déjà fait, peut-être... et comme ils n'en avaient jamais fait, c'est sûr. Leur classique Around the Fur semble bien petit et gentil, à côté d'un tel spécimen, qui serpente dans leur style si unique. Aussi rigide que liquide, Private Music est insaisissable, autant qu'inévitable. Deftones déclinent leur venin à l'envi : il fait voir la réalité en plus dur, les caresses sont des menaces, autant que ces riffs qui se confondent, soufflent en même temps le feu et la glace. Les morceaux pour vieux garçons déçus virent rotation lourde. La lumière crue montre les veines sous la peau. Le serpent s'insinue, s'accroche méchamment, mais nous glisse des mains quand on essaie de croquer une image précise de l'album - on se rappelle chez qui on est, au cas où on avait oublié. C'est le serpent qui nous choppe, pas l'inverse. On peut le manipuler, vouloir l'enfermer : ce ne sera jamais un animal de compagnie. Mais il sera là, sous le lit, quelque part tout près, dans cette vie. Avec ce meilleur album de Whitesnake haut la main, aucun doute : Deftones ont frappé un grand coup. Ici pour rester... "Together, forever..."
Dans le même esprit, Raven vous recommande...
chronique
Vous savez comment je me suis retrouvé à réécouter Deftones ? Grâce à ce corona de virus. Pendant une des infections m’ayant le plus amoché - allez, numéro deux dans le top 3 - il n’y avait plus que cet album de « Team Sleep » qui pouvait accompagner cet amas de chair épris de veilles et de yesterdays chantants quand la souffrance était tolérable et cette sensation de mort imminente moins glaciale, moins là sous les ongles, sous les paupières. Ce genre de génie mi adolescent mi américain qu’est Chino Moreno, et ça je l’ai revécu avec Crosses par exemple, a été capable de me faire ressentir à ce moment-là un truc — et il sait bien le faire à mon avis depuis au moins « Around the Fur » avec Deftones, quand l’unisson marche. Il a été capable de me sentir un peu moins seul dans une béatitude consciente de toute la merdouille existentielle, les yeux bien grands-ouverts sur l’espace, le vide, des putains de nébuleuses fortement teintées de drogues et d’introspection se déployant dans des limites, des standards vus et revus, empruntés au hip hop, au punk, à la funk, au métal, à la new wave, à la pop la plus dégueulasse de sucrerie, à l’emo le plus plaintif du moment, et parfois ça passe, et depuis mon overdose de White Pony ça passait moins, ça passait pour les autres, depuis ces enfoirées d’années 2000, depuis ce concert à Madrid, depuis tout ce temps bloqué sur White Pony, puis gavé de White Pony que je laissais tomber pour me fader plutôt des quantités de death metal ironico-occultes, des nazilloneries borderline, des chansons faussement naïves, des faux-semblants qui n’en finissent pas, des mensonges, des postures. Et puis il a fallu passer à l’âge adulte, l’âge donc où l’on commence à frôler les doigts évanescents de la faucheuse, son souffle si frais, ces couvertures si « spirituelles » vues de loin, si bêtement évidentes quand elles sont accusées de près. Je sais, je vous casse les oeufs de serpent avec mes cogites de fumeur de tisane du dimanche, mais prêtez un peu l’oreille aux paroles, à l’ambiance générale de cet album qu’il est sans doute important d’écouter d’une traite, pour entendre combien il a saisi un zeitgeist actuel, combien ce groupe a aussi eu d’influence sur une masse de musique qui, ma foi, cartonne bien aussi aujourd’hui, et ça dans tous les styles. Il suffit d’écouter des radios de streaming qui vont vous vomir en boucle ces planeries violentes, tristes et syncopées… vous savez, comme… comme ce moment où il fallait s’accrocher pour garder contact avec la musique, seul chez soi, en quête de connaissance, à traquer ce reptile qui ne voulait plus se montrer afin encore une fois d’avoir l’illusion de tout comprendre. Toute cette complexité, tous ces noeuds apparaissent progressivement sur « Private Music », disque qui cartonne dans tous les charts, même dans les catalogues pour médiathécaires - Deftones qui cartonne en 2025 quoi ! Mais c’est quoi cette époque de fou qui encense une oeuvre d’abord « hit machine », après des écoutes qui vont au premier plan vous accrocher au niveau purement « mélodique » vu la masse de tubes qui se collent au fond de l’oreille, pour ensuite s’épaissir, devenir une sorte de gélatine qui va se mettre en symbiose avec votre front, votre ventre et votre mémoire, devenir autre, plus abstraite, plus tarabiscotée, soumise à ruminations, retours, analyses de comptoirs, réverbérations toolesques quand on commence à chercher l’ouroboros dans chaque son redécouvert, détail, soupir et silence. Cette mémoire toute encore remélangée intimement dans ce calice plein de chino c’est celle de votre jeunesse si vous aviez 15-20 ans à la fin des années 1990. Cette sensation d’être un cœur blessé pour toujours, d’être un addict à tout ce qui vous passe sous le nez, la langue, devant les yeux sans jamais trouver satisfaction, et puis un jour un album qui vous semble déjà vu déjà entendu va se déployer 25 ans plus tard comme ce Private Music pardon private music, tout est minuscule LOL, tout est minuscule dans « cet endroit silencieux que vous ne connaîtrez jamais, que je ne montre jamais ». Bon, c’est ni froid ni chaud, mais c’est… privé. Domestique, funéraire. Pathétique ?
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- soulsmaster › Envoyez un message privé à soulsmaster
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J'y retourne, toujours et encore, comme s'il y avait une énigme à craquer, à savoir pourquoi dans ce disque que j'apprécie, j'ai l'impression persistante de passer à côté d'un truc qui pourrait l'amener tellement plus loin.
- soulsmaster › Envoyez un message privé à soulsmaster
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Groumphh ! Je l'aime bien cet album, pas de doute, mais rien à faire, je n'arrive pas à y voir autre chose qu'un "bon" deftones, et je devrais pas m'en plaindre. Malgré tout, je bloque à l'idée qu'il ne lui manque qu'un tout petit truc pour se hisser dans le haut du panier, auquel peut notamment prétendre le dernier titre. Pour pleins de groupes j'aurais aucun mal à passer à autre chose... avec les deftones c'est plus compliqué.
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Cinabre
› Envoyez un message privé à Cinabre
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Semblerait heureusement que malgré la blessure on s’en sorte toujours à merveille en studio. Big up!
- born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo
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J'ai pas rêvé, l'expert de la maison-reum confirme ?
- Damodafoca › Envoyez un message privé à Damodafoca
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Ahhhhhh oui ! En vous lisant je me suis demandé de quoi vous parliez, mais oui, il y a le même son de clavier que sur le refrain de Firestarter - je m'étais fait la remarque. J'attends le sample de Art Of Noise maintenant.
