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R.E.M. › Monster
- 1994 • Warner bros. records 9 45740-2 • 1 CD
cd • 12 titres • 48:18 min
- 1What's the Frequency, Kenneth?
- 2Crush With Eyeliner
- 3King of Comedy
- 4I Don't Sleep, I Dream
- 5Star 69
- 6Strange Currencies
- 7Tongue
- 8Bang and Blame
- 9I Took Your Name
- 10Let Me In
- 11Circus Envy
- 12You
informations
line up
Bill Berry (batterie, percussions, chœurs), Peter Buck (guitare, orgue), Mike Mills (basse, piano, orgue, chœurs, guitare sur "Let Me In"), Michael Stipe (chant)
Musiciens additionnels : Thurston Moore (chœurs sur "Crush with Eyeliner"), Ané Diaz, Sally Dworsky, Lou Kregl, Rain Phoenix, Lynda Stipe (chœurs)
chronique
Vigilance : orange. Orage chez Rapid Eye Movement. La météo est au fuzz et au deuil. Automatic est dans le rétro, et le son un peu cracra de la vie reprend ses droits sur les chansons pour générique de fin. Monster, sous sa pochette munster, est un bien bel album, encore trop sous-estimé. Par moi inclus, des années, moi le zozo qui croyait au bête "R.E.M. grunge à guitares trop grésillantes" et rien d'autre, croyait à cette légende urbaine de la saturation électrique qui cache des morceaux faibles... Non, Raven. Nul. Zéro. Revois ta copie, mecton. Et dis merci au pote qui te l'a refourgué, ton exemplaire. Il t'a permis de mieux le connaître ce très attachant Monster. Cet R.E.M. de la fin du début des nineties, du creux de ces nineties, celui qui restait comme une écharde un peu bête, cet album qui finissait par être refourgué, faute de mieux. Les gens n'ont pas pu se lasser de ce disque, en vrai... alors que s'est-il passé ? Mystère et boule de grunge. Y en a eu partout dans des rayons, avant d'y en avoir partout dans des cartons. Avant qu'il soit abandonné, comme un animal de compagnie miséreux, dans la nature ou à la SPA. Aux Gibert, aux Emmaüs, aux Ressourceries. Revendu, refourgué. Donné. Ou jeté. Monster a suivi les cartons, des maisons vidées de leurs objets. Oubliés.
Monster c'est un peu l'oubli, ouais... ce gris-gris du passé, en peluche fantôme qui reste dans le coin de l'étagère, à attendre qu'on souffle la poussière. Les choses qu'on a connues qui sont devenues floues, mais qui restent comme une empreinte indélébile, comme la tête de ce chat - pardon, de cet ours, tout flou sur sa pochette d'ophtalmo psychédébile, et qui m'a dit de mettre mes lunettes, avec ses yeux stupéfaits. Comme ce chant, comme ce son organique, grésillement ronronnant, jamais bêtement agressif. "Grunge R.E.M." hein ? Ouais, mais jamais dans les cliché plaintif - ils étaient plaintifs avant de toute façon : un Stipe ça geint, sinon c'est pas un Stipe. Plus dans le versant garage-neo-psyché-rock, alors, plus grunge à la Mudhoney qu'à la AIC ou Soundgarden. Voire à la Screaming Trees, sur l'entame "Kenneth", parfaite pour se faire le palais après un Automatic très soyeux... Et aussi très Black Angels avant l'heure sur certains morceaux comme "Crush with Eyeliner" et ses relents de glam/sleaze garage de vieux hippie... Et puis très beaux encore, quand ils se laissent aller à ces abstractions rock-pop qui ne ressemblent qu'à eux. Si étranges dans leurs déjà-vus. Oniriques à leur manière toujours, fidèles à leur nom. "Je ne dors pas, je rêve".
Que s'est-il passé pour qu'on boude à la fin, un album sans prétention (ce qui n'est pas le cas des deux qui l'entourent) mais bourré d'émotion ? Comme un creux doux-rêche dans ces nineties... Hey oui : même s'il y a du "filler" un peu glandouillou comme cette "King of Comedy" (et encore : je m'y suis attachée à elle aussi) ben Monster c'est pas un "downer", c'est un "banger". D'ailleurs "Bang and Blame" est de ces titres qui ont l'air de rien au début, qui ne sont pas des trucs flamboyants, mais qui vous obsèdent tout doucement, beaucoup... comme cette coda trip-hop-rock, magique... et dans les titres qui vous envoûtent dur en douceur : "I Don't Sleep, I Dream" se pose là, et ailleurs, elle reste à mes yeureilles un de leurs plus beaux morceaux tout bêtement, tissé de petits riens d'une beauté crue, où la lumière passe comme l'or entre les doigts, comme ce chant si androgyne et si pur...
Les falsetti très Crazy Horse sur la ballade piano-rock triste très seventies à la John Cale époque Fear d'une "Tongue"... "Strange Currencies" en dernier écho du lustré et hollywoodien Automatique Pour Les Gens ; et toute la fin de l'album révélant les plus beaux moments... "Bang and Blame" par exemple n'a l'air de pas grand chose, puis bien vite vous trotte dans la tête, comme une bonne chanson de Zooropa, d'abord d'apparence trop simple puis simplement obsédante... et tout l'album est comme ça, tissé de simples gimmicks et de son roots électrique, brouillant les lignes entre sixties et nineties, comme c'était de coutume. Sauf que R.E.M. n'ont pas l'air d'opportunistes, Monster pue la sincérité, le désir de respirer par la rouille, après les soies un peu trop parfaites du précédent. Cette rouille dont je n'aimais pas la bouille (voire bouillie) au début, est en fait un doux crin-crin... Et je cueille avec bonheur cette "Circus Envy" qui est pile entre Monster... Magnet, et Wire (celui de Pink Flag). Et je dis merci. Merci à l'album jusqu'à sa traînée de fumée finale d'une "You", électricité en agonie à la Sonic Youth (coucou Thurston :), et surtout avec le morceau-homage à Kurt Cobain qui venait de se faire péter le caisson - ce qui a visiblement chamboulé Stipe autant que Neil Young...
... du coup pas de surprise si "Let me In" est une pure beauté brute, la texture de guitare ne ressemblant à rien que je connaisse. Étrange et familière chose, qui laisse un goût de désespoir et d'amertume comme les plus rances ballades de Sonic Youth... Hantise. "Let me In" reste le grand morceau triste de cet album d'apparence solaire-légère, joué avec une guitare orpheline du blondin, le plus sincièrement et crûment du monde par Mike Mills, accompagné d'un Stipe désemparé. C'est ça le post-grunge le vrai en fait : un ressac de bile qui troue le ventre, et remonte jusqu'au cœur pour le noyer. Face à un immense gâchis, quelque chose d'étrangement lumineux, cette lumière du reste de la vie. Pas des violons et du pipi de spleen. De la rouille qui ne dort jamais. Surtout que dans un disque qui jusque-là n'avait pas été si fort en émotion, l'effet n'est que décuplé. C'est du brut, là, R.E.M. la joue "savoure ou crève". Laisser "Let me In"... pénétrer... La laisser dégueuler son son de guitare qui a la rage et qui pleure, ce son horriblement amer, dans toute la pièce, toute l'humeur. Laisser toute la noirceur étincelante de R.E.M. entrer dans le cœur comme dans du beurre.
Trou noir émotionnel et sommet d'un album culte au sens le plus pur du terme, car une œuvre qui a été délaissée et qui ne cessera d'être retrouvée. Re-aimée. R.E.M. m'offre un album que je préfère avec le temps au très solennel et apprêté Automatic for the People, car je le trouve simplement plus vrai, plus en vrac, plus incarné... plus... plus bêtement humain ? Cru, vrai, ouais. R.E.M. avait besoin de faire ce disque plus organique et rugueux pour gratter les peaux mortes du moment, c'est tout, ça s'est passé comme ça. Pas connement parce que c'était la saveur du temps, ces guitares qui font des guili-guili. Plutôt parce qu'après la conquête opérée avec Green-Out of Time-Automatic, il leur fallait respirer dans cette douce crasse, oui, vraiment. Reprendre leur respiration, en plongeant dans l'électricité comme on trempe son croissant dans le café. Le rock sensible au naturel. La vie de tous les jours, bien branchée sur secteur.
Dans le même esprit, Raven vous recommande...
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Note moyenne 7 votes
commentaires
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Shelleyan
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Je viens justement de le pécho dans un second hand de Buenos Aires, il manquait à ma collection. J'avais hésité à l'époque, maintenant je n'hésite plus.
- nowyouknow › Envoyez un message privé à nowyouknow
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Un album avec un bon son bien gras sans être trop brouillon. Michael Stipe et son batteur restent trop sages pour que ce soit l'album hard rock / grunge / glam rock - ça reste du R.E.M - mais parfois on se dit que c'en est pas si loin, je vois facilement le Nirvana de In Utero jouer les deux premiers morceaux. L'hommage à Kurt est d'ailleurs assez bouleversant car finalement c'est surtout la musique qui y parle.
Message édité le 12-10-2025 à 15:24 par nowyouknow
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zugal21 › Envoyez un message privé à zugal21
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Suffisamment motivé pour choper le coffret avec remis & original. Pas suffisamment motivé pour le monter à 5 boules . Néanmoins toujours en sidération en écoute de Bang and Blame.
Message édité le 24-07-2025 à 16:03 par zugal21
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torquemada › Envoyez un message privé à torquemada
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Oui, album un peu écarté à tort : « Bang & Blame », « Let Me In », il y a deux des plus beaux morceaux du groupe là-dedans.
- born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo
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Je t'en prie.
