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R.E.M. › New Adventures in Hi-Fi
- 1996 • Warner bros. records 9 46320-2 • 1 CD
cd • 14 titres • 65:36 min
- 1How The West Was Won And Where It Got Us
- 2The Wake-up Bomb
- 3New Test Leper
- 4Undertow
- 5E-bow The Letter
- 6Leave
- 7Departure
- 8Bittersweet Me
- 9Be Mine
- 10Binky The Doormat
- 11Zither
- 12So Fast, So Numb
- 13Low Desert
- 14Electrolite
informations
line up
Bill Berry (batterie, percussions, flûtiau, guitare acoustique, synthétiseur, chœurs, basse), Peter Buck (guitare, basse, bouzoki, mandoline, sitar électrique, banjo), Mike Mills (basse, piano, synthétiseur, orgue, mellotron, claviers, guitare, chœurs), Michael Stipe (chant, synthétiseur)
Musiciens additionnels : Patti Smith (chant sur "E-Bow The Letter"), Nathan December (guitare), Scott McCaughey (synthtiseur), Andy Carlson (violon)
chronique
N-ième R.E.M., New Adventures in Hi-fi est-il celui de trop ? Même s'il sonne plus prétentieux que Monster, et que son côté "film d'auteur rock validé par tout le gotha de la presse new-yorkaise" est poussé jusqu'à l'invitation de tante Patti : N.O.N. Nos rockeurs intellos sensibles font ici des choses qu'ils n'avaient pas faites, qui viennent de la tête et qui tapent toujours en plein cœur. C'est ça au fond, R.E.M. : un truc de gros cerveau complexe, qui s'exprime jamais mieux qu'en toute simplicité, à travers le rock et la pop. J'ai eu un rapport assez compliqué avec ce disque, pourtant rempli de chansons simples, directes, qu'elles soient ballades ou rock, et toutes bien différentes les unes des autres... j'ai eu envie de cet album si fort ; et puis qu'il m'a gavé, dès réception en CD... pour me revenir en plein cœur ensuite, véritable boomerang émotionnel. Il m'a irrité autant que j'en suis tombé amoureux. Un vrai truc alternatif, ouais, ce machin en noir et blanc... "Attachiant" est-il un terme acceptable en chronique, et pas seulement sur les réseaux sociopathes ?
Aujourd'hui, cet R.E.M. "post-grunge", je le vois pas mal comme une somme d'Out of Time, Automatic for the People et Monster. Le côté hyper-accrocheur du premier, l'ambiance fin-de-règne du second, et les aspérités fuzzy-grises du dernier... et puis au fond, au fond du puits : son propre son, à la fois sucré et acide, sa propre personnalité, dans cette discographie extrêmement cohérente et d'une progression naturelle, jamais forcée pour plaire, depuis Murmur. Une épaisseur apportée par l'expérience. Beaucoup de tristesse, encore. Beaucoup d'énergie aussi, dans des rocks entre ces chansons tristes, qui n'y croient plus trop, parfois jetés par la fenêtre comme des chewing gums sur la route ("Departure"). Beaucoup de... tension. Oui, c'est peut-être ça son truc : il a sa propre tension, celle d'une ligne tendue à l'horizon, qui peut-être celle d'une route (album de bangole autant que de salon) comme celle d'une possible ligne blanche tapée à l'AmEx Black sur la table dans le loft de Stipe (salon moderne). Le Michael est en sur-maîtrise de son style affecté-pas-trop-affectueux, et va jusqu'à aligner des espèces de spoken words en accéléré, des trucs à la Kozelek sous coke, des trucs auto-complaisants... mais il est encore touché par la grâce à plusieurs reprises, par exemple quand il s'agit de rendre hommage à River Phoenix - "E-Bow the Letter" reste un de leurs morceaux les plus sincères et touchants, les plus beaux simplement, R.E.M. à mort, et dont les écoutes nocturnes amplifient la mélancolie vénéneuse. Regrets, désolation...
... Déchirement... Le rapport "Amour/Haine" à ce disque, il est autant lié à la qualité de ces compositions, que le journaliste jurera ouvragées avec maturité et intelligence, qu'à ce son très net, très dur, très figé, qui parfois le dessert, comme une agression aux aigus, comparé au doux ron-ron garage de Monster. Le fond, la forme, sont un peu en bataille. La douceur se fait défoncer par la brutalité... Paradoxalement, un R.E.M. hard rock, que cet R.E.M. ultra-trendy ? Agressif, vulnérable. Alt-ruiste, mais si amer dans son cafard. Un disque spécial pour sûr, dans lequel on peut aussi entendre sans s'y attendre l'axe étonnant R.E.M. - Tool, incarné par le titre... "Undertow". Ne me dites pas qu'ils l'ont pas fait exprès ! Reste que c'est le morceau toolien de R.E.M., qu'il existe, et qu'il se savoure. Comme se savoure cette dépression tenace sous cette commune pochette americana et ses airs de road-movie bipolaire. Oui : voici bien l'un de leurs albums les plus sombres. Le contre-coup de la mort de Cobain et du grunge dans la foulée, il se ressent autant ici que sur le rugueux Monster, au fond. Le grunge d'ailleurs vit encore sur une "Be Mine". Et ici il n'y a pas que du crépusculaire classieux de rockeur intello : il y a du rugueux, de la violence même, comme cette sirène stridente parasitant presque à la Pere Ubu le terrible slow "Leave", comme pour mieux l'ancrer en profondeur dans nos songes, cette longue chanson rectiligne et triste à en crever... R.E.M. ont un peu ré-appris a sonner "rock de paumés", voire sordide. Sans perdre de leur grâce naturelle, élémentaire, celle qui se manifesta un beau jour de 1982 avec "Carnival of Sorts". Si vous en doutez, écoutez "Bittersweet Me". Si vous vous faites chier, embrassez "Zither" l'interlude "pause café pipi à la station essence la plus banale des États-Unis". On temporise, on reprend. On affronte le négatif.
La part agaçante de New Adventures ? Hé bien... il faut dire que c'est aussi ici que la parenté entre R.E.M. et Placebo est parfois la plus dangereuse, notamment par la voix de Stipe qui n'aura jamais été aussi proche de Molko (c'est criant sur certains moments de "Leave")... Oui, c'est très risqué, une telle parenté. Mais Stipe même s'il se tripote du spleen, est pourtant toujours mué par une chose avant tout : l'émotion. Et de cette dernière, New Adventures in Hi-Fi ne sait plus quoi faire, tant il en a plein le coffre. Il en jette donc sur la route, aux vautours, de ce trop-plein de chansons déçues. On veut lui dire qu'il saoule, mais on veut lui dire qu'on l'aime... la situation est inextricable j'en ai peur... Un album fort en personnalité, encore un, pour ce groupe d'une constance et consistance discographique solides de chez solides. Torturé, narcissique, parfois tête à claques, mais d'abord émouvant. Humain. Il y a ici de ces morceaux qui se révèlent avec les réécoutes, les années, comme ce final en semi-ballade à piano "Electrolite", à la mélancolie Neil Young époque Harvest en peau de pêche et à la tiédeur magique. R.E.M. étaient là pour nous, prêts et tout près, leur spleen doux-amer aura rarement été aussi bien dosé, pour les derniers soupirs d'un album généreux, au risque d'être trop long, comme cette énième chronique bavarde. On foutra ça sur le dos de la passion, encore une fois.
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- nowyouknow › Envoyez un message privé à nowyouknow
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J'avais du mal à rentrer dedans l’année dernière. Pas impressionné. Ca paraissait ni nouveau ni aventureux (à moins qu'il ne s'agisse que de l'imagerie grands espaces américains façon U2?). Et trop long. Ça je le pense toujours mais de moins en moins. Oui, bon, Low Desert aurait pu être une b-side sans faire de mal à l’album ni vexer personne. Depuis c'est devenu l'un de mes préférés. L’album, pas Low Desert. Les titres alt. rock ont une énergie - héritée de la tournée Monster apparemment - assez salutaire de la part d’un groupe d’habitude plutôt plan plan. Les entre-deux sont réussis, qu’il s’agissent de ballades, d’instrumentaux (al-al-al : il n’y en a qu’un) ou de propositions un peu à part (le premier titre, les envolées successives E-Bow/Leave, les claviers entêtants du dernier titre…). J’y retrouve la variété de Out Of Time avec la profondeur émotionnelle de Automatic mais étalée sur un nuancier plus large (varié disais-je). E-Bow The Letter est un moment fort de leur discographie, tout comme l'est le mélancolico-réconfortant Electrolite, fantastique petite ritournelle. Ce que j’apprécie le plus chez R.E.M c’est la constance dans la qualité mais celui-là fait pour moi partie de ceux qui se dégagent un peu, il a son propre souffle. Une oeuvre forte, quand même, je peux comprendre pourquoi c’est le préféré à la fois de Stipe et de Thom Yorke.
Message édité le 12-10-2025 à 18:16 par nowyouknow
