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Kill The Thrill › Autophagie
- 2024 • Season of mist SOM766DIG • 1 CD
cd • 9 titres • 59:57 min
- 1Tout va bien se terminer
- 2À la dérive
- 3Le dernier train
- 4Autophagie
- 5Capitan
- 6Cluster headache
- 7Les enfants brûlent
- 8Je suis là
- 9Ahan
informations
line up
Nicolas Dick (chant, guitare, lap steel, samples), Marylin Tognolli (basse), François Rossi (batterie)
chronique
L'ouverture lente et majestueuse d'une énorme fleur de roche et de fer, qui était restée close près de vingt ans. Le réveil des grands de Tue Le Frisson, au son de cette façon de boîte à musique colossale, majestueuse, différente de tout. Et de la tendre rocaille immémoriale, celle du chant désormais exclusivement francophone de Nicolas Dick. À la Marc Seberg, à la Franz Treichler, à la Garou, peu importe : à la Nick Dick, dont la voix est bien plus qu'un vecteur de paroles. C'est un matériau, un élément, dans ce son. C'est un chant au sens le plus brut du terme. C'est quelque chose d'imparfait et de pur, cette voix-là. Organe vital dans la tristesse pleine de grisaille et de lumière, de cette musique si familière, si singulière. "Nous ne sommes rien. Nous rêvons". Un réveil noble : c'est la sensation ce que me donne ce premier morceau d'Autophagie, ce commencement qui s'intitule "Tout va bien se terminer"... Dix-neuf ans... Éloge de la lenteur. Antidote aux actes manqués. Kill The Thrill, même si leur absence fut pour qui les aime assourdissante, ont cultivé les phases de création, leur longue hibernation nous les rend tout aussi beaux qu'avant, au fond. Tellurique reste pour moi insurpassé, mais cet Autophagie m'ayant un peu rebuté au début - une impression de musique plus poussive aux premiers contacts - a fini par m'envoûter lui aussi, en continuant sur la voie ouverte par ce chef d'œuvre. On a viré les éoliennes. On a viré le vert. On a viré la terre. Place à la mer. Kill The Thrill expriment ici, à leur manière, la légèreté dans la lourdeur, l'atmosphérique des masses immenses, les châteaux en suspension dans le ciel. C'est un peu du Miyazaki, Kill The Thrill, ouais, mais l'écologie y est beaucoup moins bigarrée, elle prend les teintes comme la pochette : grises, profondes, les couleurs du temps qui ne passe pas, parce que c'est nous qui passons en lui.
Ce rock industriel est celui des pierres, du ciel, de la mer, et surtout du cœur, bien plus que des machines. Les machines sont noyées, ou échouées, elles ne nous intéressent plus. Nous n'en percevons que les carcasses, les formes, épaves dans le décor. C'est l'humain qui nous occupe, son esprit comme son corps. "Le micro-cycle est commencé". Et ce titre qui renvoie au jeûne, qu'ils ont peut-être expérimenté, ils l'ont gagné à force de labeur, autant que dans l'absence : à la dure... alors ils nous ouvrent ce "Dernier train" en doux ouragan... ou ce titre éponyme comme un endroit secret dans Tellurique, qu'il restait à explorer, où on se laisse emporter... tissent ce "Capitan" et son hommage (à ciel) ouvert au "Heroes" de Bowie... et saignent ce râle noir crème des "Enfants brûlent"... L'océan à perte de vue se ressent dans ses nappes, ces mélodies déployées à perte de vue, partout. Kill The Thrill a vieilli, et fait la musique qu'Isis prétendait jadis accomplir : océanique... et gigantesque. Mais sans la moindre prétention - juste brute. Face à la mer, KTT aurait dû mourir ; face à la mer, il se relève, et prend son dernier verre. Ou pour citer un chanteur qui parlait du grand bleu, avant de se noyer dans le petit jaune : "c'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme". Longue, longue vague douce-amère, que cet album qu'on attendait plus, et dont le ressac est une chose rare. L'érosion est un processus tranquille, la mort un long soupir. La vie est partout, elle frémit. L'éternel rêve et l'infini réveil, la dérive lente des continents : Kill The Thrill exprime le mouvement du temps long. Ils ne se sont pas pressés, et qu'ils aient subi ou choisi, c'était bien ainsi : la vie c'est pas BFM TV. C'est ce que nous dit aussi ce disque qui n'est pressé que de prendre son temps. Se précipiter au fond, se ruer : c'est seulement consommer... et donc, ne pas se nourrir. Car on a rien savouré. Car on a pas assez mâché, alors que nos parents nous l'avaient bien répété. Eux qui nous avaient laissés devant l'écran, le néant. Enfants du temps brûlé en douceur, dans le confort industriellement assisté. Nous sommes devenu des machines, avec les machines. Ou nous l'avons frôlé, et nous sommes prêts à vivre, à respirer. Nous voulons nous échapper. Nous nourrir de nous-mêmes ? Non, assez ! Nous nourrir de l'inconnu, sous le ciel ouvert, dépasser ces horizons, et d'abord : être nous-mêmes. Au-delà des cimes, des abîmes... Être. Être libres, comme Kill The Thrill, ce vieux groupe que si peu de monde connaît, hélas, mais à qui on ne veut dire que Merci. Dans ce monde si lourd, le ventre léger, le cœur libre. Là où la matière et l'âme ne font qu'un : Autophagie.
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notes
Note moyenne 20 votes
commentaires
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- soulsmaster › Envoyez un message privé à soulsmaster
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La voix a quand même pris une belle patine depuis Tellurique, peut-être que le passage au français joue aussi un peu dans la maitrise, je sais pas. Quoi qu'il en soit les frissons demeurent intactes, voire prennent encore plus d'ampleur, lors d'une écoute au moment opportun. La première moitié de l'album me met à terre systématiquement, ce qui n'enlève rien à la deuxième par ailleurs. Mais l'enchainement des trois premiers morceaux, c'est juste fantastique.
- Tallis › Envoyez un message privé à Tallis
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Allez, au diable l'avarice. Il mérite décidément sa note maximale...
- soulsmaster › Envoyez un message privé à soulsmaster
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Je l'ai travaillé au corps pendant plus d'un an celui-là, parfois séduit, parfois imperméable, mais avec un indépassable goût de reviens-y qui en général ne trompe pas. En définitive le premier KTT qui me colle totalement à la peau, et pourtant c'était pas l'envie qui me manquait pour les précédents que malheureusement je n'arrivait pas à appréhender sur la totalité d'un disque, Tellurique en premier lieu. Un sacré coup de cœur, donc, qui m’enthousiasme d'autant plus qu'il est une porte ouverte vers une petite rétrospective de leur discographie qui va m'occuper un temps si celle-ci se révèle aussi dense que Autophagie. Sinon, "le dernier train", putain !!
- Sam Hall › Envoyez un message privé à Sam Hall
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Quel super album, bien rugueux, profond comme l'horizon et la mer sur la pochette. Un horizon bien sombre qui s'ouvre et se dompte petit à petit. Le français bien assumé et bien écrit qui manque tant à la musique underground, Les young gods (entre autres) avaient montré que c'était possible Kill the thrill aura mis du temps à se décider de passer le cap et de se mettre encore plus à nu qu'ils ne l'avaient fait, résultat un album puissant, intense et sincère. Bravo !
Message édité le 04-08-2025 à 12:25 par sam hall
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Cinabre
› Envoyez un message privé à Cinabre
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C'est ca je coule. Laisse-toi couler. Tu es je, même si je ne suis pas toi, chanteur adulé. Merci pour la leçon, c'est merveilleux d'élégance. Le temps s'enfuit. Et il faut jamais dire jamais. Même quand c'est foutu, pardi. Y a l'espoir derrière l'horizon invisible et gris(ant). Magnifique jusqu'à présent. Le destin, quel bâtard quand même non. A chacun ton espoir, oui oui on est d'accord. Je comprends, Nicolas. Je me tais. J'arrête de marteler mon clavier comme un singe et j'attends que tu causes. Parce que franchement tu pétes, la classe. Tous là. Vous autres. Vous assurez. On les aime comme ça les disques! Comme moi vous. Merci pour votre boulot. Merci pour la passion. Merci d'avoir rien lâché et d'emmerder les bilingues du dimanche comme moi pour me faire faire l'effort de reparler Français. Je l'aurais perdu à force. Merci Guts. Merci KTT. J'ai fini de me bouffer. On fonce on avance! Tous ensemble (ou pas vous êtes libres). Mais il est bien ce disque. Il raconte une vie. Des histoires pleins les poches. Avec deux mots qui se courent après pour tout dire sans avoir besoin d'entrer dans le vif de la douleur. Sombre mais pas un poison. Un médicament. La bonne dose. Magnifique. Ca sent le sommet. L'opus magnum (tant pis si c'est pas le premier et que ça fait désordre!).
