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R.E.M. › Out of Time
- 1991 • Warner bros. records 9 26496-2 • 1 CD
cd • 11 titres • 44:11 min
- Time Side
- 1Radio Song
- 2Losing My Religion
- 3Low
- 4Near Wild Heaven
- 5Endgame
- Memory Side
- 6Shiny Happy People
- 7Belong
- 8Half a World Away
- 9Texarkana
- 10Country Feedback
- 11Me in Honey
informations
line up
Bill Berry (batterie, percussions, congas, basse, piano, voix), Peter Buck (guitares, mandoline), Mike Mills (basse, voix, piano, hapriscord, percussions, arrangements), Michael Stipe (chant, melodica, arrangements)
Musiciens additionnels : KRS-One (MC sur "Radio Song"), Peter Holsapple (basse, guitares), Kidd Jordan (saxophones, clarinette), John Keane (pedal steel), Kate Pierson (chant), David Arenz (violon), Ellie Arenz (violon), David Braitberg (violon), Andrew Cox (violoncelle), Reid Harris (alto), Ralph Jones (contrebasse), Dave Kempers (violon), Elizabeth Murphy (violoncelle), Paul Murphy (alto)
chronique
"Hors du Temps", mais aussi "À Court de Temps" - et c'est probablement plus dans ce sens qu'ils l'entendaient en le choisissant, ces grands angoissés, ce titre d'album simple et beau. Quelle pochette basique et moche, mais quel drôle de disque, que cet objet pop-rock-folk massivement acheté, ce premier R.E.M. "planétaire". Et puis déjà, commencer un album de R.E.M. en invitant le maître KRS-One : c'est très cool. En tout cas ça a plus de gueule qu'Aerosmith avec Run-DMC, dans mon bouquin. Même si on est pas au niveau de Chuck D chez Sonic Youth. Après ça, l'album part un peu dans tous les sens. Avec deux pôles extrêmes : côtés sombre, "Low" et "Country Feedback" ; côté pop lumineuse sous pilules, la bien nommée "Shiny Happy People", cauchemar ou bénédiction selon les auditeurs. Out of Time, c'est un peu tout et n'importe quoi, ouais, entre lumière extrême et déprime américaine, ce premier disque méga-populaire de R.E.M... Assez bipolaire, c't'album... Green montrait déjà un tiraillement entre tristesse et joie, mais là avec ce disque apparemment facile, c'est le gros yo-yo, rollercoaster émotionnel, pourtant curieusement homogène - sans doute la patine plus country, là où Green était folky (folky, ça se dit, folky ?), et ce liant que sont les cordes toujours enchanteresses de Peter Buck, dans cette production plus gonflée. Out of Time est donc comme tiraillé entre ses brefs moments maniaques, et ses dépressifs doux-amers, ou juste amers, comme en errance, et frémissants d'émotion...
Avec au bas du bas, la belle et cruelle "Country Feedback", chanson de cow-boy au cœur brisé encore plus triste que Brokeback Mountain, et aussi émouvante que les plus belles chansons de Neil Young rien de moins (je pensais déjà au Crazy Horse devant les falsetti de "Near Wild Heaven") ... "It's crazy what you could've had, it's crazy what you could've had..." Et, moins déprimée, mais quand même bien bas : ..."Low", haha ! Un temps mort, dans Out of Time ? Morceau minimaliste génial, sur sa nappe d'orgue grise-veloutée, Stipe chantant juste "Low, low, low" sur le refrain. C'est bête comme chou et ça passe crème en crescendo sans explosion, ça hante sans prévenir, de façon très tamisée, ça revient, se réécoute avec une douce obsession. La très grande classe ce p'tit truc de chanson, ouais, éternellement différent et frais, en toute simplicité (tu m'étonnes, que les mecs sont fans de Wire). Enchaîner une étincelante et over-expressive "Losing my Religion" avec une chanson pareille, c'est assez génial, quand même, tout l'art du contraste à la R.E.M. porté à son sommet...
"Losing my Religion", tiens donc, parlons-en quand même un peu, du méga-tube-de-la-mort-à-mandoline : toute l'emphatique et grandiose chouinerie, l'hypersensibilité du R.E.M. adulte, concentrées dans un hit mondial - imprévu, pour de vrai, "ça s'est passé comme ça". La voix de Michael se plaque les mains sur les joues comme une précieuse ridicule, son cœur d'artichaut fait des trémolos, le spleen chevrote, plus affecté que jamais... et c'est beau, différent, 100% R.E.M. Ils avaient déjà fait de ça avant, sur LRP, Document, sur Green, ils le refont en plus bichonné et lustré et avec des cordes comme des dorures, voilà tout. Avec cette façon qu'a Stipe de sectionner sa poésie qui tient du machiavélique - "I-think-I-thought-I-saaaw-yooou-try". Autant je peux pas souffrir "Everybody Hurts", autant celle-ci, elle passe quand elle veut à la radio, je la savoure... Dans le reste du disque, il y a des chansons auxquelles je me suis fait avec le temps, d'autres qui font liant, comme cette charmante "Belong", encore de la très bonne musique de road-movie ça, tout comme ce petit tube "Texarkana", légèrement symphonique, ravissant à souhait, arômes générique de fin du début... "catch me if I fall"... tandis qu'une "Endgame" ressemble à un truc qui pourrait être sur du vieux rock prog champêtre, mignon comme une après-midi à chasser les chanterelles. Bucolique !
Et ça vire au sadique, quand s'en vient leur version de la pop qui inonde de lumière jusqu'à la nausée. "Qu'est-ce qui vous a rendu si gais ?" Réponse : "Shiny Happy People". Pour t'envoyer du gros son d'idiot du village au bal dansant ces gars sont fortiches (vous remettez "Superman" ?), ici aidés dans leur violence poppy par la pétulante Kate Pierson des B-52's. Ça c'est de la musique extrême, de la vraie. À la joie de vivre, R.E.M. adresse un grand M.E.R.D.E... avec la chanson la plus joviale du monde ! Une chanson de sociopathe dépressif à deux doigts de la nervous breakdown, au fond, qui éclate de rire pour ne pas exploser de rage... Reste qu'elle est rude. Bouffe ton overdose de joie irradiante, encastré dans le jaune canari de la pochette. Ici R.E.M. sonne gavé de bonbecs interdits, pire que les Teulzbi du Magical Mystery Tour. J'encaisse du joyeux sans broncher, mais "Shiny Happy People", c'est toujours une agression flashy ici, je la reçois comme une vieille tante hystérique et sur-maquillée qui cocotte sévère, enguirlandée de colliers énormes qui tintent, et qui insiste pour que je mange ses pâtes d'amande aux couleurs toxiques. Satire ou pas, nous sommes en présence d'une attaque terroriste à base de sourires et de bisous. Pour tous nos contemporains qui aiment employer l'expression "tu es une personne solaire" : attachez-les dans une pièce isolée, façon Guantanamo, et passez-leur en boucle "Shiny Happy People". Il y a fort à parier qu'à la suite de cette expérience ils arrêtent de prendre les humains pour des panneaux photovoltaïques. Morceau le plus criard d'un album qui souvent m'emballe et parfois m'écœure, façon gros gâteau d'anniversaire de R.E.M.
Out of Time étant chez moi comme un Green en version calibrage-bourrinage (bourrin façon R.E.M. hein, donc très fin). En tout cas c'est encore un super disque de bagnole, qui a fait ses preuves sur tous les continents... Un album agaçant-attachant, jusque dans ses moments Jim Carrey, mais un album à posséder, avec plusieurs morceaux charmants, et trois pures perles (Losing my Religion, Low, Country Feedback). Un très gros quatre sur six, donc - car je suis plus attaché à Green, aussi. Une sensation de R.E.M. sous steroïdes certainement, mais d'abord beaucoup d'émotion, encore - R.E.M. n'a jamais su ou voulu faire sans, quel que soit leur niveau de popularité. L'émotion, c'est leur intégrité.
Dans le même esprit, Raven vous recommande...
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Dioneo
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Ah mais j'aime beaucoup Country Feedback, hein, au même niveau que par exemple Swan Swan H plus tôt dans leur disco... Même sans doute plus "directement" - Out of Time, aussi, étant comme pas mal de gens "dans mes âges" et en France, l'album avec lequel j'ai découvert le groupe... Après quoi oui, je suis plutôt reparti direct dans l'autre sens, du côté IRS de la disco plutôt que de me mettre à guetter leurs nouvelles sorties, curieusement. Peut-être aussi, en effet, parce que j'ai jamais réussi à aimer vraiment Autatic (alors que j'avais envie de).
- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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Je vois bien le coté sarcastique pour "Shiny..." mais justement, je trouve que le coeur n'y est plus vraiment. Ça rebondit dans tous les sens mais ça tourne un peu à une forme de gaudriole alors que, pendant longtemps, cette ironie/esquive face au Tragique leur venait naturellement si j'ose dire. J'ai jamais trop accroché à la suite mais je n'ai pas trop approfondi. Justement, Everybody Hurts, c'est de l'auto-apitoiement. On est passé au pathos dur mais mou. Alors qu'ici, il y a, dans les meilleurs moments, une forme d'acceptation matinée de regret de ce que le temps fait de nous, un stoïcisme qui garde toujours une place pour la nostalgie. "Country Feedback", c'est vraiment ça que cela m'évoque.
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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"Maturité ratée"... Merci, tu m'aides à mettre enfin une expression sur l'effet que m'a toujours fait un autre groupe... Supertramp ! Pour ce côté "tu es adulte maintenant... Tout ne sera que renoncement, et à jamais, tu es devenu.e FIXE".
Mais oui, différemment, un peu, je vois bien en quoi ça colle à Out of Time, même si perso j'ai par exemple longtemps entendu Shinny Happy People comme franchement sarcastique plutôt que faussement légère. Maintenant j'en suis moins sûr. (Alors qu'inversement, Everybody Hurts, sur Automatic for the People, le suivant, je l'ai toujours perçue comme très premier degrés, pas du tout ironique, dans son côté slow-consolation... Et d'ailleurs je continue de l'entendre comme ça).
- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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Les derniers titres de "Green", surtout "I Remember California", commençaient déjà à se départir de la légèreté du "foutu pour foutu, sourire au coin des lèvres" qui faisait le charme du groupe. "Out Of Time" creuse le sillon. Désormais, les chansons en forme de refus de l'âge adulte tombent un peu à plat: Radio Song, , Shiny....., ce Belong un peu facile et fade. New Wild Heaven et ses intonations Beach-Boyesque fait un peu exception. Le rideau du sérieux est venu clore l'épisode. C'est l'album de la Maturité. Mais de la maturité ratée, de la maturité comme échec. De la lucidité, en somme. Et c'est sans doute ce qui fait qu'il traverse bien le temps et me parle bien plus qu'à sa sortie. "Losing....", quoiqu'on en pense, est non seulement sacrément bien foutue mais donne le véritable ton du disque. Low, Endgame, Half a World Away, Texarkana enfoncent le clou. Le "Catch Me If I Fall" aurait pu crystalliser l'oeuvre en un moment s'il n'y avait eu un point plus haut encore: "It's Crazy What You Could Have Had" comme pour tout dire en une seule phrase comme un regard sur toute une tranche de vie engloutie.
- Gouzi › Envoyez un message privé à Gouzi
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ah oui, du coup, c'est plus en terme de rendu émotif que de musique proprement dite, genre les grands espaces que tu as visualisé en écoutant le Raise de Swervedriver ? C'est vrai que l eshoegaze c'est plutôt introspectif mais Swervedriver, ils lui ont donné une dimension plus "spatiale" (je n'irai pas jusqu'à écrire "cosmique ...quoique), si je me souviens.
