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Wire › Document and Eyewitness
- 1981 • Rough trade ROUGH 29, ROUGH 2912 • 2 LP 33 tours
- 2014 • Pinkflag PF21 (amaray case) • 2 CD
cd • 35 titres • 68:47 min
- Electric Ballroom
- 15/10
- 212XU (Fragment)
- 3Underwater Experiences
- 4Everything's Going to Be Nice
- 5Piano Tuner (Keep Strumming Those Guitars)
- 6We Meet Under Tables
- 7Zegk Hoqp
- 8Eastern Standard
- 9Instrumental (Thrown Bottle)
- 10Eels Sang Lino
- 11Revealing Trade Secrets
- 12And Then...
- 13Coda
- Notre Dame Hall
- 14Go Ahead
- 15Ally in Exile
- 16Relationship
- 17Underwater Experiences
- 18Witness to the Fact
- 192 People in a Room
- 20Our Swimmer
- Montreux
- 21Heartbeat
- Bonus réédition Pinkflag (PF21) 2014
- 22Our Swimmer
- 23Midnight Bahnhof Cafe
- 24Second Length (Our Swimmer)
- 25Catapult 30
- 26Ally in Exile (Personal Demo)
- 27Go Ahead
- 28Remove for Improvement
- 29Over My Head
- 30Safe
- 31Relationship
- 32Underwater Experiences
- 33Eels Sang Lino
- 34Cancel Your Order
- 35Part of Our History (Emerges)
informations
Il existe une réédition augmentée de 1991 en CD sur Mute, et une autre en 2 CD sortie en 2014. Cette dernière fait un peu doublon avec Turns & Strokes (reprise des B-sides du single "Crazy About Love" par exemple).
line up
Edvard Graham Lewis (basse, chant, saxophone, claviers), Colin Newman (chant, guitare, basse), Bruce Gilbert (guitare, basse), Robert Gotobed (batterie, percussions, saxophone)
Musiciens additionnels : David Quinn (saxophone)
chronique
"Qu'est ce qu'on fait, on s'risque sur le bizarre ?"... Allez, ouais. Wire fin de première carrière, 1979-1980. Ballerines sectionnées en bandelettes, façon destructeur de... documents. Testament-live-suicide. Son abrasif, adjectif judicieusement employé par les packageurs maniaco-dépressifs qui ont fait le sticker promotionnel d'origine. Bootleg officiel plongé en bain d'acide post-punk, expérimental maximal. Explosion et implosion coordonnées, sabotage en règle après le sublime 154, qui indiquait déjà des symptômes de désintégration. Ici les musiciens adressent un énorme doigt d'honneur aux punks qui souhaitent entendre ce qu'ils attendent... et ont donc oublié ce qu'est le punk, à la base ! C'est un rappel, radicalement inamical. Même l'hymne "1 2 X U", qui était déjà pas bien long dans le genre court, en est décapité et jeté à la poubelle fissa. "Allez câbler vos mères", by Wire. Le public prend donc pour son grade, oui, mais le groupe lui-même se fait du mal, beaucoup de mal. Le guindé Newman, plus perfectionniste et control freak, s'y plie en quelque sorte au bulldog abstrait et revêche Lewis. C'est vraiment un truc jeté à la sauvage plus qu'à l'intello, ce Document & Eyewitness. Une façon de dire un grand "1 2 FUCK YOU" au concert rock programmé façon alignement de tubes. Y a à boire et à manger, et même à moire et à boanger, là-dedans. Dans une sorte d'auto-destruction ludique du groupe, mais bourrée d'imprévus, suspendus au balancier post-punk. Wire qui pète un câble. Rude, raide. Sale.
Document & Eyewitness, objet réservé aux colloques d'art ? Pas sûr, donc. Objet non-maîtrisé, indomptable, d'abord. Déjà pas très nets, v'là-t-y pas que les gugusses peuvent pas s'empêcher de vriller laboratoire instinctif-artistique en direct. Dadaïsme, écriture automatique, réplique de masque de truite, free jazz, krautrock capillo-tracté, branlette devant du monochrome de Whiteman, tout le toutim. Je vous ressors pas l'archi-cliché "le génie et l'escroquerie sont si proches", vous avez pigé. OK mes mecs. J'étais un cancre aux Beaux-Arts, mais j'ai quand même écouté un peu les profs, on me la fait pas comme ça. Marcel Duchamp a plié le game avec son ready-made, tout ce qui suit l'idée est voué à n'être que de la frime (même si certaines frimes ont de la gueule). Messieurs de Ouaille-Heure : artistoïdes ou pas, c'est donc dans l'approche punk que je vous suivrais, avant tout, car que vous ayez profité ou pas du passage du wagon, que vous récusiez l'étiquette ou non : punks vous étiez, punks vous restez ! C'est le refus obstiné de plaire qui me parle, ici. Refuser de donner aux spectateurs ce qu'ils attendent, froisser les soit-disants rebelles et pseudo-marginaux, qui attendent juste leur soupe, consommateurs comme les autres, mais avec la prétention à la différence. Tiens : la v'là ta différence, connard. Mange. Troller avant l'invention du terme, c'est ça la cinétique du truc. Ces lives sont d'abord un énorme doigt d'honneur à cette partie - pas majoritaire sinon en décibels - du public. Avec invectives bien amères à la clef - "It was good, what else can you say ? What can you do ?" LOL.
C'est donc pas mal ça qui me plaît sur cette collection - que ce soit la partie captée à l'Electric Ballroom, ou la plus space rock au Notre Dame Hall... Et le rythme quand même - faut dire merci à Gotobed et Lewis en vrai, c'est une section rythmique qui sectionne, ça ! Et tout ça est, avant d'être un disque expé-machin-bidule, un objet musical non identifié d'une rare sauvagerie. Les anarcho-punks comme les rockeurs in opposition peuvent admirer la revêche-attitude en mouvement... Un témoin cru de chez crasse, façon snuff movie limite, sur la brutalité dont étaient capables les gars du Câble. Même si ça débouche parfois sur de l'expé stérile - c'est le prix à payer, le risque d'y aller en roue libre ? Des concerts en forme d'insulte à froid, des spectateurs qui sifflent, des Wire qui maintiennent le cap coûte que coûte. Les mecs sont tellement perchés dans leur truc, et antipathiques... qu'ils en deviendraient presque sympathiques. Cette première partie du coffret Document, c'est comme un live de Suicide en version anglaise donc moins confortable, avec de la haine et de l'acidité à revendre. Et du mépris. Wire assument le mépris. Ces anglais vous vomissent cordialement. La haine ils peuvent l'expérimenter, cette émotion si commune... mais cela ne les bouleverse pas plus que d'aller remettre une rame de papier dans a photocopieuse. Michael Gira à côté de Wire, il a l'air sympa.
Un truc vraiment méprisant au dernier degré pour le public, ouais... ou respectueux, justement, de la règle d'or de l'art : l'artiste fait ce qu'il veut. Même si c'est imbittable, imbuvable, irrecevable. Et une fois qu'on a passé ce palier d'accoutumance à un Wire brut de chez abstrait, art contemporain version crasse sonore "punk as fuck", on réalise que cette collection de lives éparpillés façon puzzle est d'une richesse assez inouïe, d'une bizarrerie profonde. Avec des trucs qui ne s'entendent vraiment, qu'ici - malgré l'étrange sensation d'écholalie inversée, pour ceux qui auront découvert avant Change Becomes Us, tant il est parfois troublant d'entendre ces versions brutes quand on est bien plus familier avec ce dernier, beaucoup plus pop. Mais Document & Eyewitness est aussi curieusement pop parfois - voire hyper-accrocheur, comme s'il fallait aussi se faire plaisir dans la foulée après tout - et toucher au génie brut avec cette "Piano Tuner" sortie de nulle part. Juste jouée. Un jeu, voilà ce que c'est.
Un jeu d'enfant. Donc bien malsain aussi. Mangez-moi donc cette "5/10" d'intro avec ces "C'est la vie" succulents, sous ce son capté dans le rectum d'un monde à côté duquel Mad Max est aseptisé, ou les sifflements à la Kraftwerk bourré sur la futuristico-rudimentaire "Go Ahead", cette espèce de dub kraut qui tourne en fond... Cette très raide, violente, irritante "Underwater Experiences" à peu près aussi relaxante qu'un klaxon de mec véner derrière toi... Ou pour le final, la version sauvage et zébrée de sifflements de "Heartbeat", "only available on reedition", sans concession, le crescendo encore plus intense que sur Chairs Missing. Maestria : se foutre de la gueule du monde tout en gérant l'ambiance au max. Puis y a cette "Witness to The Fact" et sa férocité ultra-punk (sans parler de ce choix de titre - on fait pas plus post-punk). Ou encore cette "2 People in a Room" dans son habit le plus extra-dry, comme du punkraut en comète et en goguette, entre Ramones et Neu!.. Mongoloïde. Jusqu'à l'atroce et qui colle à la caboche (HÉLAS !) d'une "Eels Sang Lino", avec ce chant débilissime à faire passer Devo et Pere Ubu pour des sains d'esprit. Abject.
Sombre et expérimental ? On y est à 1000%. Dans le délire et dans l'austère. C'est ici que mes chros de rock à papa et de musique populaire trouvent leur contrepoids archi-gutsien. Le Rave paye sa dette aux Boyaux de la Darkness. Mange, ô ma Sombre Entraille, l'insolite objet que je te tends. Cet inénarrable Wire est si radicalement Guts of Darkness, que j'en ai la ligne éditoriale qui fait chapiteau nom di diou ! Goûte-donc, ma bonne Tripe, aux onomatopées d'hommes préhistoriques jetées au public punk huant avant la tribale et ultra-borderline avec le néant "Zegk Hoqp". Wire cherchent la merde, avec leur tribalisme freejazz décérébré, ouais... "Vous avez beau dire, y'a pas seulement du post punk, y'a autre chose. Ca serait pas des fois de l'indus old school anglais à la Throbbing Gristle ?" - "Y'en a aussi." Et ça marche ! C'est Wire donc c'est FROID, on sent vraiment que ces mecs sont pas ricains, qu'il y a pas beaucoup de burgers et de Pepsi à proximité. Que du gris, du fish and chips dans du journal froissé qui pue la ville, la zone industrielle, la zone tout court, paumée, Pétaouchnok. M'est avis que Bauhaus a dû se manger cette "And Then... / Coda" sévère et prendre des notes, au passage. Neuf minutes psychotiques et psychopathes, d'un Wire qui montre sa face gothique... Le second disque de la réédition contient du très louchelou aussi, qui renvoie vers la petite sœur anachronique Turns and Strokes. Il y a d'abord "Midnight Banhoff Café", morceau de pure new wave à la Wire, aux échos d'Ultravox et de Tubeway Army. Ainsi que cette obsédante "Over my Head" aux relents de tube recasé au casting de Chairs Missing (qui deviendra la superbe "Magic Bullet" sur Changes Become Us). Et aussi la très punk-éthylique "Remove for Improvement"... Enfin vous l'aurez compris à travers cette chronique encore une fois très succincte (la bise aux lapins) : y a un paquet de trucs dans cette interminable saloperie. Du chiant pas mal aussi, d'où ma note, mais je penche plus vers l'addiction que le dégoût. C'est ça, d'aller trop loin.
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- ashara › Envoyez un message privé à ashara
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3 boules pour "Electric Ballroom LP" et 5 boules pour "Notre Dame Hall 12"45". Donc 4 boules au final.

