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Wire › Wire
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Edvard Graham Lewis (basse, chœurs, claviers, effets), Colin Newman (chant, guitares, claviers), Matthew Simms (guitares, lap steel, claviers, synthétiseur, effets, boucles), Robert Grey (batterie, percussions)
chronique
"Harpooned" : voilà un morceau qui porte bien son titre. Final éreintant d'un album très "machine à guitares", sobre mais dense, quatrième dans le sillage du "fracassant" retour de Wire en 2003, acclamé par la critique et les robots. Un Wire qui depuis enchaîne et décline, ne se dilue ou banalise qu'en apparence, ayant trouvé et peaufiné une autre approche dans le rock après sa phase electro (qui a laissé des traces dans leur son) sans du tout faire dans le recyclage OK Boomer de ses jeunes années. On se souviendra surtout en fait d'une "Mercy" sur Chairs Missing : les titres de Wire de 2015 fonctionnent au fond comme fonctionnait celui-ci en 1978, mais avec la cadence des adultes calmes et méthodiques qu'ils sont devenus. Sauf que là en 2015, douze ans après le comeback, en dehors de quelques pigistes maniaques triant méticuleusement leurs poubelles et dormant en pyjama uni bien repassé : tout le monde s'en contrefout de Wire. Mais Wire continue, comme insensible, voire imperméable à tout écho humain. Humaine : sa musique l'est assurément, elle a des éléments de sensibilité... mais comme par accident, souvent. Une mécanique psychopathique reste, immuable.
Et sous l'apparent psychopathique ennui qu'on peut attendre de Wire, sous cet habillage à la fois si direct et si diaphane : tous les titres sur ce sans titre sont bien différents les uns des autres, bien qu'ils suivent la même mécanique. Les guitares et la batterie fonctionnent en moteur, en rotor. Retors. Assez à l'image de cette pochette, possible insert sur un ventilateur. Wire en bon ancêtre post-punk rigoriste, maintient ici sans cesse par cette mécanique une tension, dans des morceaux qui ne décollent jamais, n'explosent jamais. Au "pire" : roboratifs comme par accident ("Split Your Ends"). Cadencés au millimètre dès "Blogging" avec sa satire sans comédie des années 2010, son métronome de la taille d'un balai dans le cul. Frôlant le shoegaze ("Burning Bridges") voire la nostalgie pop ("In Manchester", un de leurs tous meilleurs morceaux assurément) mais sans jamais lâcher la tension, même diffuse. Un des Wire les plus bruts, incognito. Wire reste ce groupe unique, à la fois fascinant - froidement - et à dessein frustrant : avec eux on parle de carrés, et on en revient à systématiquement tourner en rond. Leur côté cold & arty n'est pas parti, avec ses tics ("Ernest T. est mort / On ne se rencontrera jamais") car on ne change pas un Wire. Mais loin des concepts, des papiers, des abstractions entre initiés : Wire de Wire est avant tout son. Sensation. Ressentez ce son. N'y cherchez pas d'abord contact avec des chansons : le chant de Colin Newman semble n'avoir jamais été aussi livide et détaché, même quand il déclame "give me one more chance", c'est un peu comme s'il récitait la liste des courses. Avec un flingue sur la tempe.
Wire, ultra-rôdé sur sa nouvelle formule depuis le radical et insolite Send et au travers des trois suivants moins agressivement SF, travaille donc son son et sa tension, dans un pouls monotone et un riff minimal. Le groupe cisèle par exemple un peu comme jadis leur disciples R.E.M. avec une "Low", sur cette "Sleep-Walking" délicieusement rampante, qui évolue vers du... Swans tardif ? L'usage vicieux du synthétiseur sur la majorité des morceaux, traçant tout le long de l'album comme un fin halo, soutenant cette diffuse mais tenace sensation industrielle de ne pas être dans son assiette... N'attendez aucune variation d'humeur dans le chant, pas plus que dans les rythmiques rectilignes de cet album psychorigide et rusé, à l'image du groupe, qui avance chaque pion méthodiquement, jusqu'à ce final définitif au feeling drone-indus, cet énorme "Harpooned" tout en mur de guitares, zébré de messages désespérés, dictés en syllabes fragmentées d'une voix blanchie, déprimée, à travers l'électricité épaisse et froide. "I'm worried, I'm worried - there's cause for concern". Grand morceau marathonien d'un album austère, conçu en faux prototype, oublié dans un container du temps qui passe - comme tous les Wire depuis Send, comme quelques-uns d'avant. Planqués. Latents.
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Raven
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Le gris est l'ami du Wire. La nuit aussi. Bonne bourgade avec les chats du post-punk, Soulsy.
- soulsmaster › Envoyez un message privé à soulsmaster
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Il commence à salement prendre celui-là, avec Nocturnal Koreans. Écoutes de nuit évidemment, mais ils s'en tirent aussi très bien en journée grâce au temps pourrave dans mon coin. Je crois qu'on va pouvoir penser à passer à la suite, Silver/Lead et Mind Hive. Nouvelle obsession.
- soulsmaster › Envoyez un message privé à soulsmaster
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Je m'y emploie, car effectivement cette période a l'air savoureuse. Il me faut me recentrer sur l'os cependant, à savoir l’éponyme et Nocturnal Koreans, histoire de bien les garder en bouche et de ne pas m'éparpiller comme j'ai trop tendance à le faire. J'irai taper dans les garnitures ensuite, qui m'ont l'air bien mijotées dans la sauce. Et peut-être lécher les bords de l'assiette ensuite (oui je mange comme un goret, je sais).
Message édité le 24-09-2025 à 01:12 par soulsmaster
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Cinabre
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Arrêtez quoi! Je vais de nouveau pas dormir avec vos histoire ^^'
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Raven
› Envoyez un message privé à Raven
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Pas mieux que l'Giboulou. Wire c'est un univers, et leur dernière partie de carrière est globalement fantastique. Régale-toi Soulsy.
