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Hüsker Dü › Candy Apple Grey

lp vinyle • 10 titres • 37:04 min

  • 1Crystal 3:28
  • 2Don't Want To Know If You Are Lonely 3:29
  • 3I Don't Know For Sure 2:27
  • 4Sorry Somehow 4:25
  • 5Too Far Down 4:37
  • face B
  • 6Hardly Getting Over It 6:02
  • 7Dead Set On Destruction 2:59
  • 8Eiffel Tower High 2:49
  • 9No Promise Have I Made 3:39
  • 10All This I've Done For You 3:09

informations

Octobre 1985 à Janvier 1986 - Nicollet Studios, Minneapolis, Minnesota - Produit par Bob Mould et Grant Hart

line up

Grant Hart (batterie, chant, claviers, percussions), Bob Mould (guitare, chant, claviers, percussions), Greg Norton (basse)

chronique

On va dire qu'il y a 2 périodes chez Husker Du : la période "Spot", du nom de Glenn Lockett, producteur légendaire du hardcore, métis, skateur et personnalité très appréciée et respectée, associée à un studio de Redondo Beach auquel il avait les clés lors des heures creuses de fin de nuit. Californie, scène HxC de L.A., Black Flag, SST, tout ça. Et la 2ème période, qui commence à New Day Rising (titre de circonstance), sans grand bouleversement sonore mais avec un déménagement de quelques milliers de bornes, à Minneapolis, lieu d'origine du groupe, qui emménage même dans des bureaux jouxtant les studios Nicollet (appartenant au label local Twin/Tone). Aux manettes ? Le groupe lui-même, enfin ses 2 têtes pensantes Mould et Hart. Cette période coïncide, ironiquement, avec le moment où Husker Du et leurs vieux potes The Replacements signent chez Warner, courant 85 ! Les deux figures de la scène Minneapolis/St. Paul ont obtenu le droit de continuer à vivre à la punk, assez loin du fric et des moyens mis à disposition 6 ans plus tard à Nirvana, semble-t-il... Prudents, les Hüsker décident de sortir leur album Flip Yr Wig sur SST, et de ne donner à Warner que l'album suivant, Candy Apple Grey, en 86 (et ils se séparent l'année suivante...). Pas con : ils évitent peut-être la déconvenue des Replacements avec leur album Tim, ultra-décrié à cause d'une production trop plate, trop 80's. Ou bien peut-être que les Replacements ont simplement forcé la main de Warner pour qu'ils signent Hüsker Dü en même temps qu'eux, comme un package ? 1985, c'est le début d'un mouvement engendré par la croissance exponentielle de l'industrie du disque : les majors signent les groupes underground US, réputés "irrécupérables".

Et irrécupérable, Husker Du le reste, ça pas de doute. C'est pas eux qu'on irait traiter de vendus, contrairement aux Replacements (ce qu'ils ne méritaient pas, pourtant). Pourtant, dans le lot, discrétos, y'a des petits morceaux très "REM" (qui, on le rappelle à l'époque, étaient de gentils garçons-archivistes à l'indie-cred irréprochables, quasiment des syndicalistes, à défaut d'être des galériens), qui jouent sur la mignonnerie ou la totale laideur (au choix) des marmonnements et borborygmes de Grant Hart... Le pic est atteint sur "Don't Want To Know If You Are Lonely", CE tube proto-90's où les hurlements de coyotes sont devenus chants de hooligans de banlieue perdue, avec un piano de lover quasi-AOP (Adult-Oriented-Punk, you punks !) comme l'en aurait osé Black Francis si les Pixies avaient continué après 1991, ramassant le pactole. En 1988, personne ne rêvait, ni à voix haute ni la nuit, qu'un jour une musique aussi (mal) jouée à fond les ballons pourrait rentrer dans le top 10, et même y rester, devenir trendy, ringardiser les Motley'n'Roses et autres dindons mal plumés de la farce Rock-Eighties, cet oxymore maléfique (Mötley Crüe, autre groupe aux deux trémas, autre bail). En 1986 il n'était encore pas question de "trop commercial", puisque le punk rock était une sorte de vestige délaissé, de carcasse de bagnole squattée et infestée de lichen.

Derrière son titre accrocheur et bizarrement entêtant, sa pochette quasi frivole et étrangement neutre, ce 6ème Dü a un
étrange goût de "n'y-revenez-pas" chez moi. C'est pourtant objectivement les mêmes ingrédients, ultra-fidèles, depuis le début de cette période "autoprod aux Nicollet studios". Candy Apple Grey est sous le signe des ballades et titres lents, où le groupe assume de façon plus "classique" ses quelques embellissements, comme sur "Hardly Getting Over It", tendre dérive dans une forêt sous la pluie, ornée d'un genre de mellotron. Arrivant après "Too Far Down", elle appuie bien sur le côté "ballade", et je dirais même son côté Midlands-America de l'album, comme si la pluie et le légendaire froid continental de Minneapolis avaient influencé le groupe, si tant est que quoi que ce soit puisse influencer ces 3 têtes de lard. 3ème titre d'affilée écoutable avec vos proches sans générer de grimaces, "Dead Set on Destruction", petite bombe qui a un côté 70's un brin glam, presque Cheap Trick. Mais à part ceux-là et l'hymne "Don't Want To Know If You Are Lonely", qui chante la douleur post-amoureuse comme personne, il manque comme un petit quelque chose. Pourtant c'est peut-être ici que le Dü prouve le mieux qu'on peut surfer sur des harmonies à n'en plus finir, faire des chœurs, du chant faux-mais-juste, des ponts, des changements d'accords, tout ayant une approche total DiY aux antipodes de tous les bréviaires où prêt-à-jouer du rock. Allez savoir. Mais l'album le plus difficile à aimer d'un groupe aussi spécial ne peut que susciter un surplus d'attachement, d'autant qu'il n'y a , encore ici, pas un microgramme de longueurs, effets de manche, petites poses ou gimmicks superflus. Rien que ce "I Don't Know For Sure", aveu d'indécision hurlé et tabassé dans le punching-ball, il en dit sans doute plus sur la rage impuissante de la génération qu'on appellera X que bien des groupes du grunge à venir, l'air de rien...

Bon
      
Publiée le mardi 15 avril 2025

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Note moyenne        8 votes

commentaires

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avatar Raven Envoyez un message privé à Raven

"Crystal", c'est pas "New Day Rising", mais putain comment ça m'accroche direct, c't'âme-son. bien d'accord sur "Don't Want To Know If You Are Lonely", un de leurs tubes, tranquilles... et plus encore "Sorry Somehow", avec cette espèce d'orgue qui donne une saveur particulière.

La ballade acoustique de traviole "Too far down", 50/50 ici, mais il pousse encore plus le truc sur "No Promise Have I Made", tu parle d'AOP, d'AOR punk donc, pour "Don't Want To Know If You Are Lonely", mais que dire pour celle-ci tellement ça pousse la chansonnette avec le piano cliché à l'eau de rose ? On peut sans pousser dire qu'il fait du Journey, c'est tellement de la grosse grosse ballade ricaine, mais avec les bavures, l'amateurisme mouldien, la grimace aigre-douce, sans le contrôle vocal façon America's Got Talent/Star Ac... Punks incurables, même dans la grosse guimauve !

Bien vrai que ce titre d'album s'imprime dans la caboche direct sinon ouais, assez magique, comment une combinaison de mot toute conne peut parfois le faire juste comme ça, bêtement. Et cette pochette ben je la trouve trop belle, quant à moi, je sais pas ce que c'est mais c'est granuleux et minéral, un crépit, de l'asphalte, du gisement, je m'en fiche un peu : ça traduit tellement bien leur son en image. Rugueux, underground-lumineux, où le gris-noir crasse se mêle au rose bonbon.