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Myriam Gendron › Mayday

lp/cd • 10 titres • 42:57 min

  • 1There Is No East or West5:02
  • 2Long Way Home4:02
  • 3Terres Brûlées6:13
  • 4Dorothy's Blues2:38
  • 5La Luz2:50
  • 6La Belle Françoise (pour Sylvie)6:46
  • 7Lully Lullay4:28
  • 8Look Down That Lonesome Road4:12
  • 9Quand J'Étais Jeune et Belle2:39
  • 10Berceuse4:04

informations

line up

Myriam Gendron (chant, guitare acoustique, guitare classique, guitare électrique, banjo, percussions)

Musiciens additionnels : Bill Nace (guitare électrique et boucle sur Terres Brûlées), Marisa Anderson (guitare électrique sur Long Way Home, Terres Brûlées et Lully Lullay), Jim White (batterie sur Long Way Home, Terres Brûlées et Lully Lullay), Cédric Dind-Lavoie (contrebasse sur Long Way Home, Terres Brûlées et La Belle Françoise (pour Sylvie)), Zoh Amba (saxophone ténor sur Berceuse)

chronique

« Il n'y a ni Est ni Ouest » ... C'est celui d'un hymne, il me semble, ce titre. Ou presque. Il y en avait un, en tout cas, nommé comme ça : In Christ There Is No East or West. John Fahey l'avait joué, en son temps – très longtemps après qu'un autre l'ait écrit. Si c'est à celui-là qu'elle pensait, Myriam Gendron en a ôté le Jésus, tiens – comme elle avait, sur Ma Délire, défait une autre chanson (I Wonder as I Wander) de son ciel transcendant, afin que son poids soit autre, parfaitement charnel et terrestre. Ah, et puis là, de toute façon, la mélodie diffère. C'en est peut-être tout bonnement un, une autre.

Myriam Gendron dit encore tout à sa façon. Et comme avant, ce n'est pas qu'elle. Parce qu'au vrai, si on est toujours seul.e, comme disent certain.e.s, ce n'est jamais vrai complètement. On n'est jamais « nulle-part » – où qu'on veuille atteindre, quoi qu'on désire laisser, trace ou charges mortes, indices ou doutes, ouvertures, ré-assurances. On n'est jamais DE nulle-part, aussi. Son folk, à elle, est toujours un mouvement – pas comme dans « le mouvement folk » ou alors pas seulement. Dans les traverses et en pleine voie. Dans les ornières et les confins, les orées. Elle chante dans ses deux langues, encore – français-québécois, anglais. Du monde est venu, cette fois de plus – des unes et des autres, voisines, voisins, passeuses et passeurs, gens de passage, donc.

Elle a pris son temps, encore – celui d'un deuil, aussi, qu'elle nous dit doucement, littéralement dans un soupir, au début de La Belle Françoise – dédiée à feue sa mère. Je pleure avec elle, décidément – sans honte et sans croire que « je sais ». J'entends. Je suis touché, c'est tout, c'est beaucoup. Il n'y a rien de mièvre ou d'alangui, jamais.

Il y a cette douceur, et cette lucidité – lumineuses ou mutées, les lignes claires et les brumes en halos, exhalaison des jours. Tous pousse et tout tombe – des fleurs sur des terres brûlées. Dorothy, derrière sa fenêtre, qui n'a plus l'cœur à la fête... Et r'garde les papillons autour de sa maison. Le temps lui file entre les doigts – mais cette Dorothy là, c'est encore celle qui s'appelait Parker – et toute sa vie, sa poésie, sa prose critique et dramatique et littéraire, et pour le cinéma, ont dit, tout au long, que non, on ne lâche pas. Que si on n'a pas le choix, il faut s'en emparer.

Et puis la Belle Françoise, donc. La mort l'a appelée, c'était au mois de mai... Mayday, comme dans les SOS. Mais ce Mayday ne crie pas la perdition. Tout est encore plein-cœur – quelle que soit celle, quels que soient ceux et celles qui manquent, ce qui ne reviendra plus. Ce qui adviendra. Le temps est sombre, le temps est triste. La rivière s'écoule... On voudrait dériver. On est emportés. La mer est encore là, au bout, au bord – elle semble compter, la mer, pour elle, ce n'est pas la première fois qu'elle nous en parle.

Mayday, au départ, a l'air un peu plus chanson, moins formellement singulier que ne l'était Ma Délire... Mayday ne tarde pas à démentir, dès qu'on y revient, toute banalité. Sa profondeur n'est pas moindre – ne fait pas plus de grandes histoires enjolivées pour qu'on se résolve à les aimer. Elle n'a, on n'a toujours pas besoin de ça. Certaines choses, maintenant, immédiatement nous semblent familières – la batterie de Jim White sur Lully Lullay, par exemple, comme en écho à celle de Chris Corsano sur La Jeune Fille en Pleurs (… Ma Délire, encore). Rien n'y fait redite.

Le folk est une histoire de cycles, aussi, on le sait. De changements et d'inlassables retours. Des boucles, des méandres, des échappées. De temps, c'est à dire. Le nom, au fond, le mot ne suffit sans doute pas – « folk ». Ou alors prenons-le comme ça, dans tout ce qu'il a d'imparfait – d'ouvert, de magnifiquement vague, irréductible à un genre et à ses tics. On s'y recueille et on y chemine. C'est un rapport aux heures, le lien qui nous y attache et le flottement qui les défait, le frémissement qui par bouffées nous en libère. C'est cette voix qui nous lie au monde où l'on habite. On y blesse sans vouloir, on s'y berce longuement, on y... Rentre.

Chez soi. C'est où ? Tout dépend des boussoles... Ou alors : rien ne se réduit à elles, à leurs aiguilles. « There Is No East or West ». Mais des fuseaux-horaires. Des endroits où on reste, où on se tient, dont et où on vient. On repose, on se repose, on trace. On s'isole ou on sort pur rejoindre le flot, retrouver d'autres... Puis on sourit, parfois, alors que les jours pèsent et que le froid s'est fait mordant.

Très bon
      
Publiée le samedi 9 novembre 2024

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Note moyenne        4 votes

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Tallis Envoyez un message privé à Tallis

Il grandit au fil des écoutes, décidément. La Belle Françoise, mon dieu...

soulsmaster Envoyez un message privé à soulsmaster

Terres Brûlées quoi, je m'en lasse pas, instru, voix, paroles. Perfection. Un peu comme le disque. le 6 lui pend au nez

Message édité le 19-09-2025 à 09:55 par soulsmaster

soulsmaster Envoyez un message privé à soulsmaster

Une pochette verte qui me sied plus que celle du Deftones héhé. Vanne mise à part, j'ai aussi moins de doute sur l'effet que me fait le disque (oui je sais rien à voir entre les deux, simple timing d'écoute). Il s'est imprimé plus vite que "Ma Délire", certainement en rapport avec la durée du disque, mais aussi, comme le précisait Dioneo, parce que j’étais préparé. J'ai mis du temps a apprivoiser le précédent, là beaucoup moins. Après à savoir lequel je préfère, ben franchement je sais pas, ils sont tellement beaux tous les deux que je doute même qu'il soit pertinent que je me pose la question. A en chialer l'un comme l'autre, j'me sens pas de hiérarchiser.

Message édité le 11-09-2025 à 01:39 par soulsmaster

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Pour moi, je l'aime... Presque autant, que Ma Délire. Mais Ma Délire, ça a été un choc, alors que là, j'étais en quelque sorte "préparé", davantage. Ceci posé, c'est à peu près certain, en revanche, que celui-là va me rester aussi, avec les années, et que mon écoute va évoluer. Il est vraiment différent du précédent en fait - c'est vrai qu'il peut paraître plus apaisé par moments, alors qu'elle-même au concert nous expliquait qu'elle l'avait fait dans un moment difficile, de deuil (sa mère) et d'interrogation (que faire après le succès de Ma Délire, la tournée qui l'avait emmenée un peu partout en Europe et à Amérique, qu'est-ce qu'il reste une fois rentrée...). En tout cas, j'espère la revoir dans le coin, qu'elle va continuer de tourner, de sortir des disques qui, seront chaque fois autre chose, comme ça, subtilement ou plus nettement.

Tallis Envoyez un message privé à Tallis

Ah oui, ça peut paraître plutôt "rêche", comme tu dis, Zoh Amba. Je suis très fan de Bhakti mais il faut être déjà familier de l'idiome free pour apprécier.