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Missing Foundation › Missing Foundation

lp/cd • 10 titres • 39:21 min

  • 1Kill the Hypnotic Bastards4:52
  • 2Posada5:33
  • 3Awsome Blacks1:14
  • 4Eat by the Pool4:24
  • 5Star of David3:39
  • 6All Washed Up4:04
  • 7Little Jean of France4:18
  • 8Sucked Into Eternity5:17
  • 9Waco Waco5:47
  • 10Perversion0:09

informations

La tracklist de la réédition CD Restless (1990) est fausse – les durées données pour chaque piste sont exactes, mais les titres des morceaux ont été inversés entre ceux de la face A et ceux de la face B du LP d'origine. La version disponible sur la page bandcamp du groupe corrige cette erreur.

line up

Mark Ashwill (batterie, percussions, métal), Chris Egan (batterie), Peter Missing (voix, percussions), Adam Nodelman, VKP (basse), Chris Tsakis (samples de guitare), Mudhut (violon)

chronique

Missing Foundation, ce n'est pas qu'une histoire de musique. D'aucuns vous souffleront même sans doute cet antique refrain : que tout court, ce n'est PAS de la musique. Laissons le fracas couvrir leurs murmures feutrés...

Peter Missing – exilé volontaire depuis New York – a d'abord monté la chose à Hambourg, vers 1984, avec alors des membres de KMFDM. Puis rentré au pays – après quelques poignées de concerts, quelques cassettes enregistrées – le type en a retrouvé, rencontré, immédiatement engrainé d'autres. Et tout ce monde s'est lancé carrément dans l'émeute.

Missing Foundation était, autant, plus qu'un groupe : un groupuscule. Squatteurs activistes mobilisés contre la gentrification alors galopante de leur quartier (un bout de l'East Village). Mobilisés, c'est à dire : pas seulement en mots, théoriquement mais physiquement, présents en personne quand affrontements il y avait – nous reparlerons ailleurs de l'épisode de l'émeute de Tompkins Square Park, l'année d'après.

Pour le moment, toutefois, évoquons le boucan. Pas de la musique ? Peut-être bien allez – que ça évacue tout de suite, à l'écoute, la question, que ça pose autrement le terme. Rien qui soit fait pour servir d'agrément, en tout cas, pour bercer. De l'agitation. Des bruits de barils, citernes, ferrailles amplifiées. De l'indus au sens le plus débris, le plus littéral, bête, pragmatique du terme – rythmes tapés lourds et claquants sur des déchets d'usine, la voix et les nappes électriques, saturées, parasites (produite à priori par des guitares, basses, parfois on pense entendre une espèce de violon... les moyens, les sources sont brouillées, et ça n'importe pas tant, de savoir) mixées elles aussi au plus sale, saturées, pour qu'on les entende à travers le tumulte. Comme chez Throbbing Gristle ou Neubauten – mais l'angle école-d'art le plus raboté possible, extirpé, qu'on entende surtout la violence, la brutalité du choc, sans que ça puisse rejoindre, même par « l'anti », la poésie décorative.

Tout est brutal, là-dedans, sommaire, sale, puant, cabossé mais incassable. Tout sonne l'assaut mais pas en rangs serrés, militaires – les tambours de guerre sont ceux de l'effondrement, du déferlement de gravats. Les rats surgissent d'entre les pierres, plantent leurs dents aigus et infectes à travers les uniformes. Sur des images de cette époque ou à peu près, on voit que Peter Missing, quand ils jouaient, foutait parfois le feu à ses propres vêtements avant de fendre d'un pas décidé les rangs des punks et autres traîneurs venus assister sans forcément savoir au spectacle.

Les traces gravées sur cet objet – premier album officiel, avec ce logo verre-de-Martini-renversé (anti jet-set, la fête est finie) – donnent encore à entendre, à sentir, à respirer, presque cette atmosphère de danger, de vie dans des refuges temporaires, menacés, d'urgence (pour une fois le terme prend tout son sens), de tension toujours prête à la rétorque ou à la fuite. Grincements, braillements, échos. L'air contenu dans cet espace n'est jamais apaisé, immobile – jamais assaini, non-plus. Si l'on y dort d'un œil, il vaut mieux protéger l'autre d'une taie, que l'une ou l'autre écharde échappée d'une machine, d'un matériau corrodé, ne vienne pas s'y ficher. Les scansions essorées, vrillées d'effets, sur Waco Waco, c'est du pur cauchemar – qui dit « COURS », une fois de plus, indique les deux directions possible et pose au centre l'obligation du choix. C'est un exemple. C'est tout le long comme ça.

On ne s'assoit pas, chez Missing Foundation, on ne se pose jamais, dans ce disque. Pas le temps. Pas envie. Trop à faire, à dégommer, trop d'assemblages à combiner et de pièges à saboter (et vice versa etc.). Le temps n'a pas désamorcé le truc – oui, en entends bien de quand, d'où, à peu près, ça vient, mais ça ne s'encaisse toujours pas comme une œuvre exposée dans une rétrospective. C'est trop dense pour ça – et trop éparpillé, aussi, émietté sur le champs pour qu'on ne puisse jamais y marcher tranquille. On s'y salit les doigts, le reste de la peau, on sent les tremblements qui se communiquent aux organes, de pied en cap.

À la fin du coup, on s'éparpille. On se retrouvera non loin, derrière un tesson de mur.

Très bon
      
Publiée le jeudi 1 août 2024

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commentaires

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avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Je vois le rapport, je pense, malgré les probables différences de... But ? Objet ? Propos ?

Je trouve aussi qu'ils ont en commun le côté "exécution brute d'une idée très précise et de développée" - c'est à dire justement avec un propos très fort, tenu, entier, mais pas forcément théorisé "à l'extérieur"... Le manifeste ? Bah c'est l'ouvrage !

Message édité le 05-10-2024 à 15:23 par dioneo

Aplecraf Envoyez un message privé à Aplecraf

J'ai eu des flashbacks très fort à Crash Worship en écoutant cet album. L'ambiance percussive dans une chaleur étouffante est la même !

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Ah tiens, ben je ne crois pas l'avoir lu, ce numéro là d'Audimat ! Faudra que je vois si je trouve ça (j'aime souvent bien leur travail, même si tous leurs sujets ne m'intéressent pas toujours à chaque fois).

Alfred le Pingouin Envoyez un message privé à Alfred le Pingouin

Je venais de tomber sur ce groupe au détour d’un article (un truc dans la revue Audimat je crois), et là tu nous sors la chronique. Ça tombe bien, en ce moment j’ai envie de bagarre !!!

avatar Shelleyan Envoyez un message privé à Shelleyan

Je sens que ça va pas être évident de pécho ces deux premiers en cd (mais bon, c'est le plaisir de la traque)... Mais effectivement, je vais me pencher sur tout ça, une discographie nouvelle s'ouvre à moi.