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Asian Dub Foundation › Facts and Fictions
- 1995 • Nation Records NAT58CD • 1 CD
- 1995 • Rough trade RTD 140.330 • 1 CD
cd • 12 titres • 69:28 min
- 1Witness4:50
- 2PKNB6:27
- 3Jericho7:02
- 4Rebel Warrior6:27
- 5Journey7:06
- 6Strong Culture6:44
- 7TH96:44
- 8Tu Meri4:57
- 9Debris4:18
- 10Box6:09
- 11Thacidd 9 (Dub Version)5:32
- 12Return to Jericho (Dub Version)4:26
informations
Enregistré par Graeme 'Haldi' Holdaway aux West Heath Studios. Mixé aux West Heath Studios et Intimate Studios. Live Mix par Mr Maiquez.
La version bandcamp de l'album propose quatre titres supplémentaires (Change A Gonna Come, Operation Eagle Lie, C.A.G.C. (Via Pirate Satellite) et Jericho (Capa D Dub)).
line up
Deeder Zaman (Master D) (rap), Bubbly (danseur), Chandrasonic (guitare, programmation, voix, production), Dr Das (programmation, basse, voix), Pandit G (platines), Sun-J (séquenceur)
chronique
Il faut bien le dire : Asian Dub Foundation, avec ce premier album, en avait foutu à l'époque un paquet sur le cul ! C'est même sans doute l'un de ces quelques disques – avec Debut de Björk, de toute évidence ; avec Leftism de Leftfield ; avec le single Born Slippy d'Underworld (et encore, ça – surtout parce qu'il figurait sur la B.O. de ce mauvais film sur la drogue dont j'ai oublié le titre, là...) ; peut-être bien avec Advance de LFO dans une moindre mesure... – qui ont fait passer le pas à nombre de « petits rockeurs », vers une musique chargée en électronique, où tout n'était pas riffs et gueulantes, où boîtes à rythmes et textures synthétiques tenaient le terrain... C'est que tout y était ! Les rythmiques jungle/drum'n'bass – genre alors en pleine (et brève) montée de popularité, qu'on entendait « partout », après quoi la pop et le rock, justement, couraient (plus ou moins désespérément, plus ou moins sincèrement sans doute) pour tenter de se refaire une jeunesse ou simplement de prendre un peu l'air ; un rappeur/toasteur au flow ultra-speedé, vindicatif mais exceptionnellement articulé, qui balançait des textes rageurs, thèmes sociaux et formules faciles à choper, claquantes ; des samples de musiques « sud-asiatiques » (Inde, Pakistan, Bengladesh, Sri-Lanka...) non-identifiées mais immédiatement assimilables – percussions et voix, boucles de cordes frottées obsédantes ; une basse dub épaisse et souple mais elle aussi tout en vélocité, élastique et contondante, enveloppante et glissante ; une guitare, malgré tout – métamorphique, capable d'effleurer des accords jazz ou de sonner comme une autre machine, mixée en arrière mais perçante, un son de foret qui se logeait dans l'oreille interne... Un sacré mix – et plutôt inédit, à ce moment là, frais et pas du tout sans poids, original et solide.
Il faut bien le dire (bis) : en y revenant, presque trente ans plus tard, après l'avoir fait tourner, sur le moment et dans les années qui avaient suivi, d'innombrables fois (en... cassette repiquée sur le CD d'un pote de lycée... époque on vous dit), et dans un nombre non-avouable d'états, je craignais un peu que la chose fasse FLOP, que l'effet n'opère plus, que la musique ait perdu de son tranchant, de sa pertinence.
Alors ?
Alors... Eh bien alors surprise : je trouve toujours qu'il COGNE. Et avec plus de finesse que je ne l'entendais à l'époque – un sens du détail qui change tout, de l'arrangement fluide dans sa (très forte) densité. A.D.F. (oui... tant qu'à faire), réécouté maintenant, ça ne sonne pas QUE bourrin. C'est plein de lumières qui changent selon les plages, d'ambiances contrastées. C'est anxieux, combatif, mais aussi, parfois, ça prend le temps de s'attarder, de repenser – aux pays d'où avaient débarqués les parents (ou les parents des parents), aux crises (euphémismes – ça peut vouloir dire aussi guerres civiles ou pas, tueries, misère, persécutions) qu'ils avaient fuies, dont des séquelles subsistaient à la maison, des tensions ou des zones sombres, sourdes, à l'accueil qui leur avait été fait – dans l'ancien pays colon, cette Grande Bretagne en train de s'étrécir... À la place qu'ils pouvaient y trouver, eux, ce qu'ils pouvaient y prendre, y faire, générer – les jeunes, descendants (il faut se rendre compte que Deeder/Master D., le rappeur du groupe, n'avait peut-être même pas encore dix-sept ans quand l'album est sorti). C'est – encore – incroyablement dynamique, travaillé mais jamais laborieux. Une impressionnante machine musicale, sonore, sémantique, aussi – branchements, dérivations, transversalités, fractionnements et soudures, reconfigurations. Impressionnante mais pas intimidante, pas faite pour écraser – plutôt pour renverser puis attraper, propulser dans le même instant qu'on est chopé. Ça cause à qui l'écoute, oui – mais sans baratiner, sans avoir besoin de dériver dans le verbiage.
Il faut bien le dire (ter) : à une certaine génération d'écriveurs et mélomanes – rivée donc à son cher indépassable rock, aux sons d'une Angleterre feutrée (et allez, osons le dire, si possible plutôt « bon teint ») – le succès d'un groupe comme celui-là était resté en travers de la gorge. Parce que la pertinence des constructions, du discours, échappait à leurs oreilles rodées à d'autres formes de musiques « populaires » – parce que pour eux, « populaire » voulait forcément dire « pop », dans un sens du terme qui commencerait aux Beatles et s'arrêterait aux Smiths, en gros. Je me rappelle à ce titre qu'un critique, quelques années plus tard, avait trouvé malin d'écrire dans un magazine un truc du style « ils feraient mieux de travailler leurs compositions au lieu de suer sur scène comme des sportifs ». Je me rappelle aussi, déjà, alors, d'avoir trouvé ça particulièrement stupide – la manie du « bon mot » dans tout ce qu'elle a de plus détestable (et teintée de plus, ici, d'un mépris de classe bien crasse)... Je me souviens aussi avoir trouvé que la saillie sentait un peu sa petite revanche mesquine, à taper comme ça sur l'un des groupes qui – momentanément – avait éclipsé les vieilles gloires, la fameuse légende donc du tout-guitares ; je m'étais dit que ce genre de vieux-beaux avait dû se trouver bien fâché de voir ces types en survêt' et logos fluo soudain supplanter ses vieux crooners pop favoris.
Mais allez : peu importent ces grincheux d'antan. Leur temps est passé. Le groupe, lui, a continué d'enregistrer – sa musique a continué de bouger, changer, muter. Ce premier disque – je le redis – n'a pas perdu de son éclat, de sa propension à secouer, réjouir – à tendre et à donner envie de se déjeter dans tous les sens sur le breakbeat et les pulsations de la basse. Tout au plus, on peut trouver qu'il s'étire un peu trop, sur la fin – que les deux versions dub, en soi plutôt excellentes dans l'optique, auraient pu figurer à part, sur un maxi ou un disque de remixes (formats en plus encore bien en vogue à l'époque de ce Facts and Fictions). J'entends bien aussi que pour qui « n'y était pas », la chose doit pouvoir sonner autrement – moins éternellement nouvelle, qu'elle accuse un peu son âge, qu'au moins celui-là s'entend. Peut-être bien... Je refais PLAY et c'est à nouveau le tour de PKNB, avec ses samples (fragments) d'analyses politiques de terrain qui dialoguent avec les mots jetés du toasteur, les tablas samplés qui tapent et balancent, le beat métallique qui roule et cingle à la fois, ces grincements de gratte en arrière-plan qui sonnent comme sorties du sampler des Young Gods – réimplanté en pleine fête illégale dans une bâtisse désaffectée de l'East End londonien. Les temps qui ont suivi n'ont pas répondu – ou rarement sans opter au pire – aux questions que soulevait, brassait cette musique, n'ont pas envisagé sérieusement ce qu'elle proposait (hypothèses, pistes vers autre chose qu'une impasse, qu'un repli). J'écoute encore Facts and Fictions, j'y reviens, je l'entends à nouveau. Il faut croire qu'âge ou pas (le sien, le mien), il n'a pas fini de pouvoir résonner.
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commentaires
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- Thirdeye › Envoyez un message privé à Thirdeye
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Toujours présent après toutes ces années.. Bravo à eux de ne pas avoir lâché l'affaire, pareil je n'ai pas écouté de choses récentes de leur part, j'ai un bon souvenir de live en festival y'a fort longtemps...
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Aucune idée ! J'avoue n'avoir pas du tout écouté leurs trucs récents (ou même des années 2010, en fait). Sacrée longévité en tout cas ! D'autant que le "noyau" Dr Das/Candrasonic, présent dès le début, n'a visiblement jamais lâché l'affaire en... Eh ben une bonne trentaine d'années, donc, tout de même.
Message édité le 05-04-2024 à 23:20 par dioneo
- Thirdeye › Envoyez un message privé à Thirdeye
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Tiens ils tournent toujours est ce que ça tient encore la route ?!
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nicola › Envoyez un message privé à nicola
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Fun-da-mental et Det-ri-mental ne me bottent pas trop. Je m’attendais à du funk, j’ai été déçu.
- Damodafoca › Envoyez un message privé à Damodafoca
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Oui, je discute pas de la qualité hein. Clairement. D'ailleurs, je pense que NN est une meilleure lecture que RAGE (pour les raisons exposées en dessous) d'un point de vue qualité pure.
