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Leya › Flood Dream
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informations
Enregistré et mixé par Alexis Berthelod, Outlier Inn et Studio G. Voix de Gabi enregistrée par Eric Littman.
line up
Marilu Donovan (harpe), Adam Markiewics (violon, voix)
Musiciens additionnels : Gabi (Gabrielle Herbst) (voix sur Weight), John Also Bennett (synthétiseur sur Flow, flûte sur Mariah), Tristan Kasten-Krause (basse sur Mariah et First Way)
chronique
C'est trouble, Leya – étrange, distordu, attirant, brouillé. L'atmosphère, l'imagerie bizarrement glam et très curieusement « casuelle », aussi. La musique familière mais déformée. Violon, harpe, chant « lyrique ». Des fragments, des formes, des bases de musiques baroques ou romantiques, mais l'accordage inhabituel, alternatif, changeant, les nappes de voix agencées pour que ça frotte, qu'un inconfort s'instille – que les frictions, la dissonance, fassent caresses. Tout dans ce que montrent – hors et dans leur musique – Marilu Donovan et Adam Markiewics tend vers cette impression d'une intimité non pas exhibée mais proposée à qui voudrait la partager, indices d'impudeur posés là, signes et gestes d'une harmonie non-alignée, inventée, d'une justesse redéfinie en leurs termes propres, choisis. Une relation – musicale, esthétique au moins ; pour le reste, ça les regarde, quoique semble en dire tout ce qu'iels affichent sur leurs réseaux, leurs pages – fétichisée, des rapports de jeux où ce qui ailleurs est donné comme gêne, gênant, est pris comme source de plaisir, base d'échange, de développement (des pièces, morceaux, ici).
Une retenue continuelle, concentrée, fait monter la tension, vibrer les timbres sur le fil. Des torsions voilent les arpèges, les parent d'une beauté non-diaphane, tirent la harpe hors de cette gaze d'éther où les répertoires – classiques, romantiques, impressionnistes, encore une fois – tiennent l'instrument depuis des siècles, la cantonnant au rang d'accessoire pour princesse tout juste capable d'attendre une vie entière que le baiser d'un bellâtre viennent sonner l'éveil avant qu'elle et lui entrent dans le rang.
(Remarque, incise, en passant : « Leya », je me suis toujours demandé si ce nom renvoyait justement à la princesse des films – les trucs dans l'espace, là, la franchise... Je n'ai jamais trop su si c'était un coup d'humour tordu, de leur part, un bout de pop-culture cassé depuis leur antre et attiré là-dedans).
Intimité, disais-je – et ce qui fait, aussi, que cette musique ne sombre jamais dans un solennel qui la rendrait pompeuse, c'est qu'elle sonne, on y revient, comme jouée à la maison, comme rythme et couleur, trace et allure des jours, vécue par le duo. Bien-sûr : il y a dans tout ça un aspect « rituel », de mise en scènes, de partie à quoi l'on assigne des règles. Mais tout, encore, semble fait dans une enceinte qui n'a rien d'isolée, qui n'est pas qu'un lieu de spectacle. Le maquillage vient de l'armoire dans la salle de bain – et avant ça, peut-être bien d'un commerce générique où on ne le paye pas cher. La photo de promo, de présentation du duo s'est faite dans la baignoire. (D'où je me mets à songer que certains échos ont presque l'air de se réverbérer dans ce genre d'espace-là – entre des surfaces faites de ce genre de faïence). Celle de la pochette – grain cru, doigts de l'une poussés dans la bouche de l'autre, radiateur et bord de fenêtre qui mériteraient un coup de peinture – semble prise chez eux, réfléchie, choisie, travaillée et non-travaillée juste ce qu'il faut pour que ça n'ait pas l'air sorti d'un catalogue ou d'un studio qui n'en ferait plus que la mise à plat d'une idée.
Leya – groupe, projet, musique – relèvent sans nul doute d'un art conceptuel, cérébral, pensé. Tout est fait, pourtant, pour que que ce qui survient déborde – se noue et se délie en faisceau de sensations, d'une sensualité redéfinie, compliquée mais à l'effet immédiat, visant et touchant au plan physique. Chez moi, ça marche, toujours – ça touche les bons récepteurs, sans que je cesse forcément de me demander pourquoi ça ne me rebute pas, pourquoi la dimension « arty », artificielle, ostentatoire de la chose ne me sort pas du... Trip ? Peut-être, justement, parce que ça tient de ça – du trip, beaucoup, que les déplacements visés, de perception, fonctionnent, effectifs, efficaces. Peut-être parce que ces deux-là, pour ce qu'il m'en semble, ont l'air d'user de l'artifice, de l'affection, de l'affecté, comme moyens saisis, poussés à fond afin d'atteindre ce qu'il y aurait à dire, une sincérité nue qui se refuserait au sans-fard parce que les fards, les effets, sont ce qui révèlent les couleurs véritables à quoi visent leurs appétits, leurs désirs, celles que leur chose veut nous faire passer, l'influx, le flux dans quoi ça entend nous prendre.
Avec d'autres moyens – et sans prétendre pour leur part, je crois, à une quelconque « post-ironie » – j'ai l'impression que cette musique rejoint les tentatives qui se trament, depuis pas mal d'années maintenant, dans certains recoins de « l'hyperpop ». Je crois que sous ses prémisses essentiellement acoustiques – et faussement néo-classique, encore – la musique de Leya, sous des abords qui la rapprocherait d'abord davantage d'une espèce de néo-folk (à la Angels of Light plutôt qu'à la Death In June et séquelles), opère dans une toute autre dimension... L'expiation, là, ne me semble pas le motif – la mystique born-again ou même tenant de l'une ou l'autre hérésie. Pas plus qu'un hédonisme bête, abandon. C'est une musique « post », certes, indéniablement – comme notre époque est « post », en ses dérélictions. Mais elle dépasse cette fatigue. Et ce qui là-dedans jouit et souffre, ce qui s'abstient et ce qui s'expose, ne semble pas vouloir désamorcer ce que partout ailleurs on tient pour « le réel ». C'est un moment – un lieu – à part, certes. Mais aussi, c'est un « deal-with », encore. Et une proposition, j'en ai décidément la conviction. De quoi ? Je n'en suis toujours pas sûr... Les questions qu'iels me posent, au moins, font autre chose que ressasser.
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- Procrastin › Envoyez un message privé à Procrastin
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Oh, voilà une superbe news! Merci!
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Tiens, eux aussi sortent leur nouveau, I Forget Everything, aujourd'hui. Pareil, pas encore tâté mais ça va nettement être dans les écoutes des jours à venir.
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Eyline - celui avec la pochette trample-massage dont tu causes - est bien aussi, oui, assez proche, et je trouve aussi qu'il y a un côté "relaxant", qui fait lâcher prise, là-dedans... En effet pas loin parfois d'une version juste un peu "kinkée" de ce qu'on appelle heavenly, je trouve aussi (Miranda Sex Garden, tiens, sur leurs morceaux les moins rythmés-indus ?).
Pour Antony, j'avoue n'avoir guère creusé, ceci-dit, ce que j'avais entendu de ses prestations m'ayant très vite crispé, en revanche. J'ai un album de Little Annie (Anxiety Bandez et autres variantes) où il est très présent mais ça fait un bail que je ne l'ai pas écouté, je ne rappelle plus s'il y est surtout au piano ou s'il donne conséquemment de la voix... Faudra que je me le retente tiens, de mémoire c'était de toute façon pas mal, il me semble.
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Rastignac
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Je trouve ca très relaxant ici. Un peu comme lorsque j’écoute de la musique de la Renaissance ou des choses heavenly minimalistes. C’est très chiadé aussi. J’avais commencé avec l’autre album ou le gars se fait masser le dos avec les pieds. Autre pochette bien viandesque et tendre. (Pour Antony oui l’album avec Cashmore dans un peu le même genre ; où certains morceaux de c93 avec ces gens-là)
Message édité le 29-06-2023 à 12:28 par Rastignac
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Dioneo
› Envoyez un message privé à Dioneo
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Oui, la voix - qui est celle d'Adam Markiewics, en passant, à priori quasi tout le temps, et non celle de Marilu Donovan comme on pourrait croire distraitement (androgyne, en effet) - joue pas mal dans la cohérence, la réussite de cette musique. Et c'est d'autant plus beau que sur ce plan ça pourrait complètement rater, gâcher l'affaire - déraper dans le pâté de pathos à la Antony (avis perso hein, j'entends bien pourquoi on trouve ça bien, Antony avec ou sans Johnsons, mais perso sa voix m'a toujours fait un effet bien repoussoir). Et oui, comme tu dis, et comme j'ai essayé de dire dans la chro, ça reste très newyorkais "post", arty, art-contempo etc. mais en effet pour cette fois ça ne rend pas le truc caduc - et ça aussi c'est beau.
Message édité le 29-06-2023 à 11:46 par dioneo
