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Mission of Burma › Signals, Calls, and Marches

ep • 6 titres • 18:51 min

  • A
  • 1That's When I Reach for My Revolver3:57
  • 2Outlaw2:38
  • 3Fame and Fortune3:34
  • B
  • 4This Is Not a Photograph1:55
  • 5Red3:35
  • 6All World Cowboy Romance5:12

informations

Enregistré entre janvier et mars 1981 par John Kiehl. Produit par Richard W. Harte.

Design : Holly Anderson. Certaines rééditions LP proposent l'intégralité du EP sur la face A, avec sur la face B les deux titres du single précédent, Academy Fight Song/Max Ernst, plus deux titres bonus, Devotion/Execution, auparavant inédits.

line up

Clint Conley (basse, voix), Roger Miller (guitare, voix), Peter Prescott (batterie), Martin Swope (bandes)

chronique

« C'est là que j'attrape mon flingue »... Charmante entrée en matière. Drôle de texte, en passant – idéalisme cassé, renoncé, ou tourné action directe, coup de sang métaphorique qui menace de s'incarner. Cette fois encore, l'accroche pop-punk, post-punk, est impeccable – mélodies claires et batterie qui tape dans la poitrine, au ventre et à la tête. Une espèce de solo de basse au détour du dernier couplet – on dirait du New Order, presque, ce passage chantant. Et juste derrière, les voix qui ré-attaquent sec – That's When I Reach for my Revolver, ad libitum mais le moins longtemps possible. Un tube, au vrai. Puis sans pause, qui déboule : Outlaw, ses riffs tout dissonants, atonaux, ses cassures qui dispersent la densité de l'atmosphère, l'épaisseur, juste le temps de trouver l'angle idoine pour remettre ça, asséner pile. Ensuite ça n'arrête guère. Rien de trop, de bout en bout. Une richesse qu'on n'aurait pas forcément soupçonnée, à l'écoute de l'unique 7" précédent cet EP – richesse d'idées, de techniques pas toutes orthodoxes dans l'attaque mais manifestement travaillées, maîtrisées, la marge laissée pour que ça puisse déraper dans les angles, percuter l'impétrant, le distrait qui aurait l'heur de trouver ça joli.

Mission of Burma feront bref. Un single donc, avant (Academy Fight Song/Max Ernst) ; cet EP ; un seul album, ensuite, avant le split – pour cause d'acouphène persistant chez Roger Miller, le genre qui menace d'abîmer pour de bon le bouzin si l'on continue à déconner ainsi. (Le groupe se reformera vingt ans plus tard mais ce sera comme souvent une autre histoire, ça...). Mission of Burma disent tout à chaque fois, tout le long – sans jamais rien dévoiler. C'est une musique prolixe et mutique, métaphorique et méchamment solide, directe, matérielle. Lyrique et contrariée, salopée. Tout y sort en paquets – qu'ils délient, déroulent quand ça les prend en toute fluidité, en coulées qui charrient ces bouts brisés. Les influences paraissent patentes, ici comme sur VS, l'album sorti l'année d'après – Wire peut-être, Gang of Four sûrement (les riffs spasmodiques, les voix en jets de vinaigre...) – mais des bruits de ces Anglais-ci (et d'autres), peu malléables, ces Bostoniens-là ont fait tout de suite leur substance propre. Nouvelle, comme dans Nouvelle-Angleterre, tiens, peut-être bien, justement. C'est à dire déjà « hardcore » au sens indubitablement américain du terme. Mais ancré qui plus est dans cette région-là, spécifique, spéciale – une tradition d'intellectualisme abrupt, l'urbanisme sophistiqué, scientifique, et l'amour de la vie au plein air, en forêt, sous le ciel. Les trombes d'eau, mille espèces d'oiseaux, des campus et des scieries. Mission of Burma travaillent à la massette de carrossier, leur musique et leur philosophie (Thoreau's Hammer ?! … Hum hum, bon). Mais de là sortent aussi de fines sculptures – jamais de dentelle mais comme des bouquets durs, des éboulis saisis en courbures magnifiques. De là sourd matière à se demander, toujours, ce qui est en train d'arriver, de se passer – sous la facilité avec laquelle ça perce toute réticence. Martin Swope, avec ses bandes, est cette-fois dûment crédité – et lui aussi travaille, perturbe ces compositions déjà pas toujours très stables. Parfois c'est discret. Parfois ça saute au sens. Parfois ça tord un élément où l'autre dans une zone juste entre les deux, qui fait qu'on glisse – Red, avec la voix qui fait ouh-ouh, d'abord comme si c'était de la gentille pop, et que Swope renvoie en faisant varier la vitesse (et partant, la hauteur – ça fait ça, l'analogique, ces supports-là, les possibilités de l'époque), à la fin... Drôle de malaise. Drôle de plaisir d'entendre comment ça voile, comment ça vrille.

Le groupe, ici, en studio, ne joue toujours pas la carte du volume maximum – contrairement à ce qu'il advenait lors de leurs concerts, où leur amour du tout-dans-le-rouge tenait lieu d'option esthétique. (Paraît-il... J'étais un peu trop jeune et beaucoup trop loin du Massachusetts et des états voisins pour avoir pu le vérifier). Quelque chose commence à paraître plus nettement, toujours, du goût de ces quatre-là pour les perturbations, les ratées de moteurs calculées qui font cracher aux mécaniques des fragments de chaos, des scories irrégulières. Commence ou continue, d'ailleurs – Max Ernst, sur le disque précédent, c'était déjà loin du dessin rectiligne, de la rondeur cursive. Ça ne s'arrêtera pas là, bien sûr. Mais bientôt, on le répète. Ce disque ne fixe rien. Il donne à voir le moment. Furtif mais gravé. « This is not a photograph »... Ça bouge trop, pour ça ? Et pourtant : rien n'est flou, qu'on saisisse ou non de quoi il retourne.

Très bon
      
Publiée le samedi 29 avril 2023

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avatar torquemada Envoyez un message privé à torquemada

@Dineo : aucune honte à avoir, je l’ai vu sur cette tournée (il ouvrait pour Soundgarden)

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@Shelleyan : oui, le "pas si spécial" c'est très spécial, je trouve, chez eux ! Je développerai dans ma chro de VS mais disons que pour moi, comme avec à peu près tout c'est, disons insidieux, ambigu, plus compliqué que ça en a l'air, chez eux ! (Et encore une fois : en ayant d'une autre manière toujours l'air "évident").

@Torquemada : eh ouais, pour Moby. J'ai pas honte d'avouer que c'est même comme ça que j'ai découvert l'existence du groupe, parce que le mec était venu jouer le morceau (That's When I Reach for My Revolver, donc) dans Nulle Part Ailleurs quand il avait sorti Animal Rights. (En fait bon, c'est comme ça que je l'aime bien, Moby, faut croire : quand il reprend des chansons punk/HC un peu bizarres mais tubesques ou quand il pose un rap ultra old school anachronique et un peu naze chez Recoil...).

Message édité le 02-05-2023 à 10:12 par dioneo

avatar Shelleyan Envoyez un message privé à Shelleyan

Un groupe que j'aime, pas forcément si spécial et pourtant, en ce qui me concerne, vraiment pas évident à décrire quant aux émotions dégagées...

avatar torquemada Envoyez un message privé à torquemada

Ça a donné un bon single de Moby… donc respect !