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Lumerians › The High Frontier
- 2013 • Partisan Records PTKF2106-1 • 1 LP 33 tours
- 2013 • Partisan Records PTKF2106-2 • 1 CD
lp • 6 titres • 35:35 min
- 1Dogon Genesis5:54
- 2High Frontier5:00
- 3The Bloom5:35
- 4Koman Tong3:30
- 5Smokies Tangle7:24
- 6Life Without Skin6:02
extraits vidéo
informations
Enregistré au New Telos Sound. Mixé par Alex Oropeza, assisté de Barrett Clark. Masterisé par Joe LaPorta.
Peinture (pochette) : Bruno 9li.
line up
Marc Melzer (basse, voix), Jason Miller (instruments, voix), Chris Musgrave (batterie), Tyler Green (guitare, claviers), Tony Peluso (percussions)
chronique
Utopie ou uchronie, dystopie ou autre Éden, ce n'est peut-être pas la question, au fond. Lumerians, depuis leur base enclavée d'Oakland, Californie, ont de fait créé leur propre territoire. Transmalinnia (le titre de leur premier album, sorti en 2011) ou Telos (comme la série d'E.P./bulletins à tête de piafs et décompte anti-chronologique avec ce mot dans le titre – à ce jour deux tomes, le numéro IV sorti en 2012 et le III en 2014), là aussi, peu importent sans doute les noms ! Ils sont variables. Comme le sont, selon les disques, les morceaux, les perceptions – de l'écoulement du temps, des volumes, des mouvements, des hauteurs, échelles. Bien sûr : Lumerians tapent, pour concocter la leur, allègrement dans les musiques du passé – celles de leur État, grand réservoir de merveilles et poubelles psychédéliques ; dans le rock le plus acide, c'est certain ; dans la pop la plus ondulée, irisée, usant allègrement de la fonction de pompe hypnagogique de ces choses-ci, remontant la mémoire – comme on remonte un Mecano en kit sans lire trop attentivement les plans, en se collant à l'exercice avec l'intention ferme d'y imprimer ses propres spéculations, d'essayer, de pousser pour voir – quitte à mélanger les boîtes, sans plus regarder l'image sur le couvercle.
Aussi : Lumerians ne s'en tiennent pas à ça – aux soleils d'antan, aux cieux sous quoi ils sont sensés se mouvoir quotidiennement. D'abord, nettement, ils vont chercher ailleurs des rythmes, des textures, des logiques d'écritures, des formes d'écoute, des façons de cycler. Dans certaines musiques « africaines » sans doute – avec guillemets, oui, parce qu'il est difficile d'être sûr, là aussi, de savoir s'ils ont dupliqué, repris certains schémas (patterns) à telle ou telle forme spécifique de tel ou tel pays, région, orchestre, où si « de mémoire », avec l'idée plus générale qu'ils se faisaient de ces formes là mêlées, ils se sont mis à jouer comme ça. Sans doute, aussi, peut-être : Lumerians ont dû, à un moment ou l'autre, s'envoyer les travaux des « répétitifs » américains, « comme tout le monde désormais », allez – ou peut-être pas, peut-être que là aussi, les questions de truchements sont indémêlables, et que les démêler, d'ailleurs, n'aurait rien de si passionnant. (Au sens, je veux dire : où Steve Reich par exemple, s'est inspiré on le sait de certaines formes de musiques africaines, justement – sans guillemets, entendues sur des enregistrements de collectages, sûrement, de terrain. Mais in fine : savoir si Lumerians sont allés chercher chez lui ou directement chez certains Pygmées ou d'autres telle ou telle idée de battement, où si ça leur est venu « comme ça », sans référence consciente... Est-ce qu'à entendre Dogon Genesis ou Koman Tong, ça importe tant ?)... Les lignes, en tout cas, assez vite, se brouillent. On cesse de se demander – si toutefois on avait commencé ; pour ma part la question ne m'a guère tracassé d'emblée, je dois dire – si tel ou tel clavier, usage de l'électronique, serait vintage ou moderne, à quelle date le processus a pu naître de quel laboratoire. Ce ne sont certes pas ces histoires de procédés, traçabilités, qui frappent tout de suite. C'est que l'espace a changé, où l'on s'est plongé avec ce son, ces motifs tournants, ces voix noyées mais pas assez pour qu'on ne saisisse pas ça ou là, selon l'attention prêtée, les indices ou dérives énoncées – Orion qui se lève, les étoiles qui s'alignent, « les ombes d'ombres effacées de nos esprits »...
Parce que oui : chez Lumerians, aussi, il y a de la Nuit – habitée, zone qui boit les fameux rayonnements de lumière, de chaleurs. Il y a la descente. Il y a ces autres emprunts – ces autres cheminements par la fiction, ces autres manières narratives – à des mondes, disons... Gothiques ? Cold ? Du froid, oui... Des projections, décidément, dans des lieux, des hypothèses moins confortables, réconfortantes, des « et si » qui transportent ailleurs, simplement – qu'en un monde post-hippie où tout se serait continué comme ça, jusqu'à l'extinction ou à la pleine floraison.
Au bout des deux faces du vinyle, singulièrement, il y a ces deux plongées. The Bloom, en fin de course de la A. Flashes noirs et bleus et lignes argentées, avec des percées, des filets d'or. On doute de ce qu'on savait, de ce que disent les bouquins d'histoire, celle du rock et autres divertissements, avec leurs codas dramatiques, tragiques. En réalité, non : Ian Curtis n'est pas mort ! Il est là, debout sur la plage, fixant l'horizon alors que l'eau boit le jour, que la boule de feu finit de s'enfoncer au loin. Au lieu d'attraper The Idiot, d'Iggy, ce soir du 18 mai 1980, sa main s'est détournée, puis portée sur Pacific Ocean Blue de Dennis Wilson. Alors que la musique montait, il a considéré le nœud coulant. Il a rempli sa valise et au lieu de se pendre, a sécurisé le bagage avec la corde, toute prête à l'emploi. Le lendemain, comme prévu, Joy Division a embarqué, le groupe s'en est allé pour sa tournée américaine. Ian, cette fois ou une suivante, a décidé de rester là, de s'installer. Et le voilà, ce soir, enveloppé par le bruit des vagues – toujours triste, insondablement, mais curieusement apaisé, à écouter là ses propres remous continués... Et puis RÉVEIL ! La guitare grince, vient nous tirer du songe – le nôtre ou celui de Curtis, ou celui des cinq Lumerians ? La guitare scande, scinde la succession des mesures, s'abîme en bruits, tourbillonnement noise qui se ressert avant que le bruit de surface du sillon à vide, à son tour, ne l'absorbe. Et puis trois plages plus tard (ou deux, ça dépend comment on compte, de quel côté du bord on inclut/exclut), terminant le disque : Life Without Skin. Ça doit être sensible, oui, d'exister comme ça, écorché. Pourtant le son est doux, en quelque sorte. Tendu d'inquiétude mais comme un velours. La nuit, encore : elle est là, cette fois, installée. On se rend compte que, comme dit le titre, on n'est pas mort d'avoir perdu son épiderme. Bizarre. Je crois que la femme qui cause, là-dessus, le fait en italien – je crois qu'ils jouent des clichés de séduction, de sensualité qu'on prête ça ou là à cette langue. Je crois que quand ça s'emballe, on comprend que les figures monstrueuses croisées dans le clip vivent bel et bien dans la tête de celle qu'on y voit, qui prend le métro – ou peut-être que réellement, allez savoir, ils vivent dans le métro, tout court, ou sortant là de temps à autre quand on en a trop pris, depuis les égouts attenants, feignant de n'être qu'illusions ! (C.H.U.D. … Je me souviens de ce film de série B tirant largement sur le Z, vu à la télé, gamin – ça m'avait fait flipper, alors, ce machin).
Avant ces fins de face, disais-je, entre elles, il y a quatre autres plages. Moins immédiatement frappantes, peut-être, pas moins parfaitement à leur place, ici, ne déplaçant pas moins finement les repères, ne redessinant pas avec moins de sûreté somnambule les contours. Ce sont elles qui sonnent comme les revers des autres, paradoxalement ou pas – comme si les flancs nocturnes étaient ceux où l'on veille vraiment, où l'on voit mieux. Ces six morceaux là, dans toute la discographie du groupe, sont ceux à quoi je reviens sans cesse, bien plus souvent qu'au reste. Cet album là est celui qui sans cesse, chez moi, s'échappe – hors de l'impression que ces types ne font que jammer sans fin, brillamment mais comme si le disque produit, à l'issue des sessions, n'était que la restitution d'un moment pris presque au hasard, particulier mais par vertu seulement d'un GO et d'un STOP survenus de l'une ou l'autre de leur bouche, tel ou tel jour dans le studio. The High Fontier se tient autrement. Une autre histoire – encore ce mot, pas pour rien, cette fois. Pas moins ouverte mais qui s'imprime mieux – dans la mémoire, dans les volumes, silhouettes, timbres, reflets, correspondance qu'elle y laisse. Enfin... Pour moi, en tout cas, c'est ainsi ! C'est le point ou eux et moi nous rencontrons le mieux à chaque rendez-vous, au réseau des croisées d'univers.
The High Frontier, au fait : ce titre là aussi, ils sont allés le pêcher ailleurs. Chez un certain Gerard K. O'Neil, dans un volume dudit qui tenait moins, apparemment, du roman de S.F. que du programme, qui exposait tout ce que pourrait faire l'Amérique, une fois qu'elle l'aurait conquis, le fameux Cosmos. D'accord. Je ne l'ai pas lu, je confesse. Pas sûr, vu ce que j'en saisis, l'un ou l'autre résumé, compte-rendu parcouru, survolé, que l'auteur se reconnaîtrait dans l'ouvrage des types ci-présents, qu'il y retrouverait sa vision, pas dit qu'il en apprécierait les biais et dérivations psychotropes. Aucune importance, là encore. C'est avec eux qu'on part et, le temps du vol parabolique (et des perturbations qui déforment le tracé de la cloche), tout semble aussi vrai qu'ailleurs. À se demander si le mot « là » signifiait bien ce qu'on en croyait, depuis le temps qu'on nous serinait qu'il n'allait pas changer de place.
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Chris
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Dioneo
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En passant, deux des membres du groupe (Marc Melzer et Jason Miller) sortent le mois prochain un album sous un autre nom/groupe - Wet Satin, "le nom d'une crème solaire psychotrope, lu dans un rêve dans un roman de Philip K. Dick"... Y'a déjà trois titres en écoute ici, et ça s'annonce davantage axé électronique/claviers que guitares, j'ai l'impression (ceci-dit sur Call of the Void, le dernier Lumerians en date, j'avais déjà remarqué que les claviers prenaient encore plus que d'habitude le dessus et que le son se "mécanisait", donc ça ne me surprend pas tant).
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Dioneo
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Oui, sur The Bloom, la voix y contribue beaucoup, aussi... Et c'est marrant, comment on peut entendre les choses selon "d'où on vient" : toi tu dis "Joy Div qui trippe", moi j'avais pensé direct "un groupe psyché qui se tape un délire Curtis & Co"! Mais finalement oui, on dit la même chose...
Groupe découvert en concert à un festoche au moment de la sortie de ce disque, alors que j'étais venu voir Nurse with Wound, en ne connaissant pas du tout le reste de la programmation... Ben finalement le passage de NWW, j'en ai gardé à peine un souvenir flou, alors que Lumerians, ça m'était carrément resté, leur perf - tourneries au son bien plus chargé qu sur les disques, et l'impression que certains des membres du groupe auraient pu limite être les pères des autres, question écarts d'âge, entre autres... Puis celle aussi, à la fois que ça partait dans tous les sens et qu'ils tenaient parfaitement leur bidule. Je leur avais direct chopé ce vinyle, en fait, tellement ça m'avait plu - en ayant du mal à me faire comprendre, mon anglais ne pouvant plus surmonter la barrière de l'alcoolémie, mais sans le regretter du tout en écoutant l'album posé à la maison quelques jours plus tard. (Et je l'avais apprécié de plus en plus au fil des écoutes/semaines/mois suivants, j'ajoute, lui découvrant d'autres détails).
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Shelleyan
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'High frontier', on dirait du New Order jouant Joy Division...'The Bloom' aussi sent l'inspiration Joy Division mais version trip cosmique. Comme une bonne partie de l'album d'ailleurs.
Message édité le 02-07-2022 à 21:09 par Shelleyan
