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John Cale › Helen of Troy
cd • 11 titres • 40:23 min
- 1My Maria
- 2Helen Of Troy
- 3China Sea
- 4Engine
- 5Save Us
- 6Cable Hogue
- 7I Keep A Close Watch
- 8Pablo Picasso [reprise des Modern Lovers]
- 9Leaving It Up To You
- 10Baby, What You Want Me To Do? [reprise de Jimmy Reed]
- 11Sudden Death
informations
Cet album est inclus en intégralité dans la compilation The Island Years. La réédition vinyl-replica contient en dernière piste "Coral Moon" (très belle).
line up
John Cale (chant, claviers, guitare), Timi Donald (batterie), Pat Donaldson (basse), Chris Spedding (guitare)
Musiciens additionnels : Phil Collins (batterie), Brian Eno (synthétiseur), Ribert Kirby (arrangements), Alan Courtney (spoken word sur "Helen of Troy"), Liza Strike (chœurs)
chronique
La pochette tragi-comique de Helen of Troy est pas mal à l'image de sa musique : malaise tout confort. Énième avatar d'un glam rock en état de pourrissement dans le rococo et le stupre naissant des années disco. Et subtilement parasité par l'étrange, de façon presque buñuelienne. C'est classe et c'est moche... quelque chose cloche. Avez-vous VRAIMENT bien regardé cette pochette ? Recroquevillé, en camisole, Cale, chaussé de talons féminins, tourne le dos au reflet de son ex-femme couverte de bijoux, comme prisonnière de son miroir, et semblant vouloir communiquer avec l'artiste ainsi prostré.... En vain. Et que constatez-vous en retournant cette pochette ? Les trois zicos ont la banane, comme étrangers à l'humeur du patron. Ces petits saltimbanques insouciants devaient baiser, picoler et festoyer. Ou alors, ils faisaient juste semblant pour la séance photo... Et c'est pire ! Quoiqu'il en soit, ce recto/verso oxymorique, grotesque, pose l'ambiance. Quant à l'intitulé ? Tiens bah on prendra Hélène de Troie, bombasse infidèle légendaire, un peu fouteuse de merde sur les bords (hé mais du coup, le Paris de "Paris 1919" en prendrait pas comme un circonflexe prémonitoire ?)
John Cale est bien au fond du trou, éligible à l'hosto psychiatrique comme son ancien client Iggy. Mais pas rincé. Il négocie avec ses démons à sa manière. Il en fait ses petites gagneuses. Cuivres et violons s'il le faut, pour maquiller le dégoût de la vie, façon Berlin mais en mieux. Voix qu'il poussera dans l'aigreur, parce qu'il le faut. Parce qu'on est pas chez Michou non plus hein, c'est la catharsis. Cale fait encore dans le putasse-classe, cette fois au risque de tomber dans le cabotinage ("Engine", "Leaving it up to you", exquises ou enquiquineuses selon l'humeur), mais toujours avec ce charisme impérial. Cale glisse sur du satin, mais il grince, comme ses grimaces en bout de crooning, au gré des riffs crantés du redoutable Spedding... Helen of Troy est bien son autre album de rupture assumé, le dernier dans cette surnommée "trilogie Island". Sa dernière salve de dépression sublimée, avant un silence de cinq ans. Et même si cet album est inachevé, même s'il n'a pas exactement le sublime d'un Fear, il en approche néanmoins la force émotionnelle à travers ses effluves de croûte pop-rock empoisonnée, et en retrouve parfois l'étrange familiarité ("Cable Hogue") autant qu'il a le mordant de Slow Dazzle, dans le ton proto-goth impérieux ("Save Us") comme dans le hard blues rance, asséné avec ce ton de Morrison mort-vivant ("Baby, What Do You Want Me to Do?")... Ah, et que dire de cette intro aromatisée à la bonne sœur mais au subtil fumet maléfique, de cette "My Maria" ? Tellement à l'image de ce regard hagard-blasé, de ce sourcil hautain et de ce visage comme mystifié, exprimés sur la pochette. Et ce funk-rock à trompettes moyen-âgeuses du titre éponyme, glissant comme une anguille sous rock ? Malade... "I keep a close watch" ? Là je dis : Sir Cale. Sublime. Faudrait presque (re)faire une dépression juste pour bien l'entendre passer en boucle, depuis ses draps dont on ne veut pas se relever. Sous ce flonflon de chanteur de charme hollywoodien, elle est d'une sincérité absolue, dans le genre cafard en costard. Car si l'orchestration farde la chanson comme une pute (de luxe), les paroles sont explicites, inspiration straight from The Man In Black. Bien sûr, il existe la version piano-sobre plus épurée de Music for a New Society, aussi touchante à sa manière, mais celle de Helen of Troy aura toujours ma faveur. Un des grands morceaux de Cale, indéniablement. Quant au final "Sudden Death", blafard et paranoïaque, il montre bien l'étrangeté rockpopexpé de ce John aux amours flingués mais à la production fin gourmet, ce vieux vampire du Velvet qui peut vous exprimer un sentiment profond de fatalité, arrière-goût angoisse et répulsion, bien assis derrière son piano.
Oh, je subodore ce que vous allez me dire avec vos moues horizontales. "C'est pas plus triste qu'un Springsteen ou Supertramp de l'époque, tu t'fous d'nous, tu nous fais encore du gringue, volatile de malheur". Ouais, c'est bien vrai ça, que tout à l'air assez banal, de prime abord, aux premières écoutes, tout à même l'air assez... Enjoué. Comme ces arrangements pleins d'apparats, volontiers dignes de la Croisière s'amuse ("China Sea" hein ?) Comme cette reprise surjouée des Modern Lovers (avant même la sortie du premier album des ricains producteur Cale la fait sienne, il s'en bat les scones), chanson qui dans un esprit gainsbourrien fait rimer "Picasso" avec "Asshole", sur un hard rock biscorn'acidulé semblant sorti des Houses of The Holy. Bref il a la pêche, John. Il a pas l'air d'être si mal en point le Cale, hein ?! Il est même chou, Cale. Ouais... Mais nan. Avez-vous VRAIMENT écouté cette musique ? C'est pas relax, ça fume pas son clope en jouant, c'est pas du J.J. Cale, bordel ! C'est tendu, même dans le soyeux. C'est le cosy-inconfort, encore... Gallois est galeux. Sa musique porte en elle un venin à part, et une fois qu'on a ressenti ses effets on ne peut plus y déceler un simple album de rock des années 70... Même si c'est, pourtant, ce qu'il est. Aussi.
Dans le même esprit, Raven vous recommande...
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luke77
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notes
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commentaires
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- jacques d. › Envoyez un message privé à jacques d.
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Les deux premiers 45 tours de Tin Huey participaient de cette ferveur créative newwavo-punkoïde nord américaine de la 2° moitié du siècle dernier, je ne les ai pas réécoutés depuis ; sur leur album, Tin Huey reprenaient le "I'm a believer" des Monkees (puis de Robert Wyatt)... une filiation ?
- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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Je n’avais aucun idée de l’existence de cette reprise (qui me parle bien de prime abord). Le gars est membre de Tin Huey, que j’ai jamais bien creusé. Mais je me rappelle d’un titre très bizarre (et très cool), « Slide » qui a un côté Beastie Boys meets Country Music.
- jacques d. › Envoyez un message privé à jacques d.
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J'ai connu (eu accès à) "i keep a close watch" via cette reprise : https://www.youtube.com/watch?v=HCMLlX_OqQA&t=27s
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Raven
› Envoyez un message privé à Raven
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Le problème avec ce vicieux de Cale c'est qu'au bout d'un moment quand tu t'es vraiment familiarisé avec sa discographie années 70, il devient quasi impossible de départager sur le podium, Fear/Slow/Helen. J'ai gardé la note superieure pour Fear car ce fut mon premier et que j'ai un attachement particulier à lui, un peu moins d'ordre esthétique on va dire... Mais celui-ci n'a rien à lui envier.
Et Music for a new Society peut sans problème éclipser ces trois- là, les rares fois où il revient, en Horla radioactif.
- Coltranophile › Envoyez un message privé à Coltranophile
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Je l’aime plus que « Fear » avec le temps et presque autant que « Slow Dazzle ». « I Keep A Close Watch », « Leaving it Up to You » et « Sudden Death » sont parmi les meilleurs titres de Cale. Comme le dit la chronique, c’est une forme de doux bourbier. L’équivalent de la cuisson progressive de la grenouille qui s’aperçoit de rien. Le malaise, c’est que la grenouille, c’est nous.
