Vous êtes ici › Les groupes / artistes › S › Suede › Dog Man Star

Suede › Dog Man Star

cd 1 • 12 titres • 57:59 min

  • 1Introducing the Band
  • 2We Are the Pigs
  • 3Heroine
  • 4The Wild Ones
  • 5Daddy's Speeding
  • 6The Power
  • 7New Generation
  • 8This Hollywood Life
  • 9The 2 of Us
  • 10Black or Blue
  • 11The Asphalt World
  • 12Still Life

informations

line up

Brett Anderson (chant), Bernard Butler (guitares, piano, "choses"), Simon Gilbert (batterie), Mat Osman (basse)

Musiciens additionnels : Simon Clarke (trompette), Phil Overhead (percussions), Roddy Lorimer (saxophone, flûte), Richard Edwards (trombone), Andrew Cronshaw – cymbalum, bawu), Tessa Niles (voix), Sinfonia of London (orchestre) Brian Gascoigne (arrangements, direction), The Tricycle Theatre Workshop (voix d'enfants)

chronique

pop / rock / batcave / glam frelaté

Elle a longtemps traîné sa misère dans mes méninges, cette pochette. Le genre de couverture magnético-moche assez typique de cette esthétique années 90 du morbide (on peut penser à Dirt) qui vous colle de sa sale odeur ensuquée. J'ai imaginé pas mal de musiques possibles sur ce nu morne, avant de découvrir celle qu'il cachait en vrai. Et... Je me souviens que je m'attendais à moins flamboyant. Et moins goth. Brett Anderson, ce blanc-bec maniéré à souhait, n'est pas le premier petit branleur androgyne à se prendre pour Bowie (qui lui même se prenait pour un autre), mais d'entre tous ces narcisses estampillés "pop britonne", il a la voix la plus vénérienne. Sans déconner, ce bêlement glitter plus écœurant qu'une tranche de jelly après une tartine de pâte Marmite, cette tonalité pisseuse et poisseuse bien réverbérée, qui pourrait surgir d'un spécimen cabaret-goth du début des années 80 ? Bien sûr, faut pouvoir le digérer sur le long format, ce timbre arty-putassier au mascara dégoulinant. Pouvoir en accueillir la flamboyance haut perchée sur les guitares crispées et couineuses de Butler. Mais si ça passe on se laisse cueillir, par ce charme de paillettes et de souillures... Dog Man Star est boursouflé, mais c'est un jardin pop-rock à part, aussi fleuri que ses modèles glamouzes. Une créature souvent agaçante de préciosité, mais pas avare en moments qui vous collent... Cohérente, autant qu'une soirée dans cette vilaine mais confortable pochette, à se peindre mentalement des galas sans avoir la force de quitter le plumard... Et en même temps la mixture est bigarrée, chaque chanson étant bien démarquée de l'autre, suivant une forme de parade crâneuse, d'éventail maladivement coloré, dans des teintes qui allient le doré et le glauque. Même quand ça sent la fanfare, y a cafard sous le scintillement, malaise dans le flonflon. Les apparats orchestraux sont comme un parfum hors de prix couvrant la moisissure, dans l'esprit d'un Berlin. C'est peut-être l'idée. Quand ces starlettes émaciées décident de sortir leur "album sombre", avec des histoires qui vont bien pour l'aura journalistico-racoleuse (guitariste endeuillé, groupe sur le point de la rupture ou choisissant la voix des ténèbres au lieu du star-system) ça vous donne cette parade aussi clinquante que blême, emphatique mais désabusée. Grandiloquente à l'image de son premier tube, qui sonne comme du vieux U2 vicié par du Bauhaus, ou son "Heroine" impérieuse au pouvoir d'attraction dégoûtant, qui s'impose saillante à la toute première écoute et ne vous lâche plus jamais... Et pourtant, effilée du pathos comme Suede peuvent aussi l'être, feutrés dans les belles parures. Énergique mais languissants comme ces "come rescue me" ou leur morceau pseudo-psyché-prog aux lamentations électriques. Contrastes un peu nauséeux, entre la croûte musicale et le tableau de maître, la frontière se brouille, le raffinement est celui d'une bourgeoisie ruinée, le zombie de Ziggy pointant sa gueule dans le spleen flasque de "Daddy's Speeding", couleur hareng saur. Ma gerbe est latente, les draps puent la marée. Et je vous épargne les moments Scott Walker invité à Starmania... Dog Man Star déploie ses ailes d'ange rassis entre les murs de la piaule, au tapin en heures sup dans le suranné, l'interlope, caressant rêveusement les costumes et les bijoux d'un temps proche mais révolu... Ampoulé, cet album l'est en effet, et pas qu'un peu. Il demande à être percé comme la cloque pour en laisser suinter le suc, mêlant dans une même lymphe le stupre et l'abattement, les appétits de grandeur et la déchéance.

Bon
      
Publiée le lundi 22 février 2021

dernières écoutes

Connectez-vous pour signaler que vous écoutez "Dog Man Star" en ce moment.

tags

Connectez-vous pour ajouter un tag sur "Dog Man Star".

notes

Note moyenne        9 votes

commentaires

Connectez-vous pour ajouter un commentaire sur "Dog Man Star".

born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo

Ah chic alors ! Je me sentirai moins seul, à piger le truc aujourd'hui, depuis trente ans que je m'acharne.

Richard › Envoyez un message privé à Richard

Merci pour ces échanges qui vont me pousser au fil de l'eau à découvrir réellement ce groupe. J'ai un souvenir diffus d'une Black Session chez Lenoir à la fin de l'année 94 (?). J'avais acheté l'album ado car notre Peel hexagonal évoquait pas mal Bowie (déjà un peu monomaniaque à l'époque). Je n'avais pas trop accroché mais je n'avais pas assurément à 17 ans assez de références, de recul pour peut-être l'apprécier comme tel. A retenter donc.

born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo

Ah ben y a un moment super voyant sur Autofiction, oui, pour DEE.

Ici, y a clairement la race de violons, c'est ce genre de glam, c'était aussi l'époque où il fallait se positionner face au très arrogant Neil Gannon. Mais y a la race de Led Zep, aussi, qui se sent encore après, mais manifestement Butler était pour beaucoup dans ce côté-là. Je risque de me laisser convaincre.

Message édité le 28-09-2025 à 07:16 par born to gulo

avatar Raven › Envoyez un message privé à Raven

En effet ils sont parents vocalement - je l'ai plus ressenti sur Autofiction où je parle de Wovenhand ouais, ici le côté Art Goth / batcave versant arty-Artaud est quand même plus prononcé, y a des moments où ça la joue Grand Tableau, se fige... ce qui rend les effusions de passion comme Heroine d'autant plus intenses je trouve.

born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo

Bon, c'est bien vrai que l'haleine goth est plus sensible ici. Bauhaus. Entre fans de Bowie, on se retrouve (pas moi, hein, eux).

Et il fait quand même vachement bien David Eugene Edwards, mon Brett. Je dirais bien "en mieux", mais j'essaie de juguler cette pulsion à la mise en compétition rhétorique.

Message édité le 28-09-2025 à 06:54 par born to gulo