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Gong › Gazeuse !

lp/cd • 6 titres • 38:33 min

  • 1Expresso5:00
  • 2Night Illusion3:42
  • 3Percolations (parts 1 & 2)9:58
  • 4Shadows of7:48
  • 5Esnuria8:00
  • 6Mireille4:05

informations

Enregistré et produit par Dennis Mackay.

L'édition originale du disque destinée au marché américain (Virgin PZ 34428) est sortie sous le titre Expresso, et sous la deuxième pochette affichée ici. Illustration de la version Gazeuse ! : Jacques Moiteret. Illustration de la version Expresso : John Thompson.

line up

Mireille Bauer (vibraphone, marimba, glockenspiel, toms), Mino Cinelu (percussions), Allan Holdsworth (guitares électrique et acoustique, pedal steel, violon), Didier Malherbe (saxophone ténor, flûte), Benoît Moerlen (vibraphone), Pierre Moerlen (batterie, vibraphone, marimba, timbales, glockenspiel), Francis Moze (basse fretless, gong, pianos acoustique et électrique)

chronique

Certes : Daevid Allen et Gilli Smyth partis, c’est devenu tout de suite une autre histoire. D’accord : sur Gazeuse !, Steve Hillage ayant à son tour pris la tangente, et Mike Howlett – qui sur Shamal, le précédent album, dispensait encore ça et là quelques parties de chant « simili-allen », encore vaguement « gnomiques », ayant ici laissé tomber l'idée – le lien entre ce Gong-ci et celui de l’ère psyché, perchée, de la vie en communauté cosmique, celui de la trilogie fameuse (Flying Teapot/Angel’s Egg/You), semble encore s’amenuiser.

De fait il s’agit – de plus en plus littéralement – d’un autre Gong, d’un autre groupe. Il serait faux, cependant, de décréter que de cet "avant" il ne resterait rien, stricto sensu. Oui : de l’humour absurde, de la liberté joueuse de cet âge supposé « d’or » – dans l’écriture, l’interprétation, l’espièglerie qui saute par-dessus toutes limites… – Allen et Smyth ont emporté avec eux l’énorme part… Ce qu’ils ont laissé, toutefois, en partage, l’expérience faite, c’est un principe de propulsion – un sens des idées qui s’énoncent en cellules nettes puis s’articulent, dérivent en grandissant plutôt qu’en s’égarant, se développent selon leur dynamique propre, les entrelacent – un usage de la virtuosité (Allen, pour sa part, n'en disposait guère, ou bien moins que la plupart de ses comparses) qui ne cherche pas seulement à démontrer, à impressionner. Une musicalité toujours conservée – dans les passes acrobates comme dans les thèmes, la mélodie, l’harmonie, dans les moments où le groupe les énonce simplement. Un sens assez prodigieux du rythme…

Nommément, de « l’autre Gong », il reste, là : Pierre Moerlen, sa batterie fantastique – motrice, moteur polytimbrée, polyrythmique, son goût pour les orchestrations de percussions mélodiques, métalliques (marimbas, vibraphone, glockenspiel…) ; Didier Malherbe et son souffle gracieux, son saxophone, sa flûte, qui parfois s’harmonisent ; Mireille Bauer, aussi – autrefois discrète, ici bien audible ; ses parties de métallophones à même hauteur, à même puissance (et tout aussi nuancées) que celle de Moerlen, dans la dynamique de l’ensemble. Ceux-là, à vrai dire, avaient sans doute apporté au Gong d’antan, à la vision d’Allen, Smyth & Co., une discipline de jeu, une exactitude qui la « complétaient » – qui l’étendaient, en tout cas, lui donnaient de nouveaux moyens, permettaient qu’elle s’engage dans d’autres chemins, plus complexes, lui apportaient une dimension… Jazz. Bien sûr. Et bien sûr : c’est de ça qu’il s’agit, aussi, sur ce Gazeuse !, encore plus que sur Shamal. « Oui mais du jazz ‘fusion’, c’est pas pareil ». Ah ? Sauf que là – comme chaque fois que les musiciens à qui on colle l’étiquette ne se contentent pas d’en faire un trophée ou une raison sociale, à vrai dire – ça n’est pas un gros mot. Ça pose une esthétique, si on veut, à la rigueur. Et en effet : le son, ici, sera plus sobre, moins débordant. Le jeu sera « propre ». Le « niveau technique » s’entendra… Mais encore une fois : ne noiera rien, ne corsettera pas l’impulsion.

Oui : le jeu de guitare d’Allan Holdsworth fait contraste avec celui du désormais absent Hillage – tout aussi véloce mais nettement moins hendrixien, moins « cosmique », peut-être davantage « discursif ». Mais quelle justesse – rare dans le contexte, je trouve aussi – dans cette prolixité. Une expressivité tout autre, je ne dis pas… Mais rien de « froid », à mon sens (au sens d’un froid qui serait la désertion de toute intention, une « compétence » crânement affichée, tartinée… Vraiment pas de ça dans ce que j’entends ici). Oui : la base fretless de Francis Moze marque bien l’époque, l’esthétique d’un genre, encore une fois… Mais idem : rien là-dedans, pourtant, qui entendu d’ici ne sonnerait plus que comme simple tic. Elle PARLE, cette basse, et tient AVEC le reste du groupe un propos fluide – sans péroraison, sans galimatias pour la frime… Sans que tout ça pour autant ne verse encore dans la tiédeur. Cette version Moerlen de Gong – qui prendra bientôt exactement ce nom-ci : Pierre Moerlen’s Gong – ne se défie pas pour l’instant du « chant », n’a pas enfoui à ce stade toute trace de fantaisie au profit d’un « grand sérieux musicien » trop ostensiblement affiché. La dimension atmosphérique, voyageuse, les inventions
« exotiques » qui s’était dessinée sur Shamal sont encore de mise – différemment, peut-être moins « impressionnistes » (la netteté du trait, de l’écriture, encore une fois, s’étant encore précisée, affirmée, de l’un à l’autre disque). Cette musique respire, encore – un souffle la parcoure, l’infuse. Un… Autre, encore une fois. Mais tout aussi sensible.

C’est une musique, voilà, c’est ça : encore sensible, sous son apparence plus contenue, dans son déploiement, son cheminement moins « délirant ». Il a fallu que je m’y fasse, oui, ça peut faire ça quand on s’est longtemps baigné, délecté, ébahi au grand-courant du Gong version Allen. Je m’y plais, désormais, dans cette musique, cette facette-là – sans me faire croire que ce serait la même chose parce que le nom, sur les pochettes, est le même. Je me sens bien dans son architecture, j’aime me laisser flotter et dévaler sur ses constructions, ses scintillements me font du bien, m’apaisent et me font sourire, leur halo m’attrape l’œil et le tient éveillé. J’aime cette impression qu’un gamelan rêvé – précis, léger, brumisé, reichien (de Steve, pas de Wilhem), un peu, voir un peu Terry Riley – va s’élever autour, quand entrerons les instruments d'orchestre classique joués comme des steel-drums… Bien-sûr : je retournerai plus tard à You, à la Théière ou aux Œufs d’Anges, à leur intensité, leur dinguerie formidable. Mais… Ça n’empêche rien – l’ici-maintenant du ci-présent aura, d’autres fois, encore son heure.

(Ah… Et Allen et Smyth, alors ? Eh bien… Eux aussi, étaient déjà tout passés, tout de suite, ailleurs. Et j’y retourne aussi. Et on en cause autre part).

Bon
      
Publiée le dimanche 3 janvier 2021

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Aladdin_Sane Envoyez un message privé à Aladdin_Sane

C'est la période de Gong que je préfère. Celle qui commence avec Shamal et se poursuit avec Gazeuse et Expresso II pour bifurquer sur le Pierre Moerlen's Gong (dont j'adore les 2 premiers albums).

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Fütter mein E-Gong ?

avatar nicola Envoyez un message privé à nicola

C’est vrai que Yü-gung tue.

SEN Envoyez un message privé à SEN

@ProgPsychIndus : tout le monde adore "You" de Gong ^^

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Vos commentaires m'ont donné envie de le ressortir, en tout cas... Et je ne déduis rien de ma chro, il est bon, ce disque, du jazz-rock-fusion qui n'est pas du bête assemblage ou placage d'un genre sur l'autre (dans un sens où l'autre). La partie avec les métalophones "reicho-glassique" en plus de la batterie, sur Percolations : Part 1 est particulièrement cool.

Message édité le 25-11-2024 à 14:06 par dioneo