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Deftones › Ohms
informations
Produit par Terry Date
line up
Stephen Carpenter (guitare), Abe Cunningham (batterie), Frank Delgado (claviers, samples), Chino Moreno (chant, guitare), Sergio Vega (basse)
chronique
Réémergence des mutilés obstinés Deftones, l'année de la grosse grippe. Diagnostic ? Grip certain. RDV au skatepark à minuit, sous le grand pont, parfum de mort et de tension. Def cernés, mais épais. Trapus, vigoureux. Leur spleen moite souligné par un sinistre halo de synthétiseurs, Delgado-Rimmel sous le regard désabusé. Après avoir grand ouvert les fenêtres de la piaule et laissé son spleen respirer au large, avec le mal-aimé Gore, Deftones switche en mode vision nocturne et tabasse ta race ... Enfin ça, c'est l'effet de la torve "Genesis", qui avec ces airs racailles, balaie direct mes histoires d'envol un peu nunuches sur la chro du précédent (même si on entend des mouettes plus loin dans le disque), en replongeant Deftones au cœur de la ville froide.
Ohms est urbain, ouais. Deftones arpente ce qu'il reste de l'avenue Nineties avec les yeux désolés du survivant, noyés dans l'albédo du béton invasif. Il est aussi la saveur un peu "futuriste" d'un "cyber-Deftones", et celle de ces graffitis délavés, de quand il y avait plein de groupes qui faisaient de l'"indus", et des gros pixels, qui font des serpents à angles droits sur les cellulaires... Des pixels froids qui éclairent d'une lueur familière et singulière le mammifère nocturne Deftones, cette grosse bête suave qui rumine encore ses angoisses... Celles de Chino L'Amoroso, blotti dans la doudoune en rocaille de ce gros son heavy-groove archi-rôdé, maraudeur. Du charpentier Stephen faisant feu de tout métal, jusqu'à flinguer l'ambiance sur le final en se permettant la coquetterie douteuse d'évoquer du trivial Baroness (on peut arrêter l'album avant, sauf si on aime vraiment le surf). Ohms est "cold", Ohms est "core", Ohms est "neo", "gaze", "hip-hop", il pogote sans se faire prier (Chino bondit dans la stéréo comme le jeune qu'il n'est plus), Ohms est même un peu meshuggien ici ou là, et Ohms rêve en digital... Et son effet aux premières écoutes a pour moi été comparable à Koi No Yokan autant qu'au sans titre de 2003. Frais, mais aussi... Massif. Dense. Intense. Et puis comme chaque Deftones parle à un autre dans cette discographie ultra-cohérente, et que chacun a sa teinte : celle de Ohms est lugubre. Je la perçois en bleu-de-gris. Autant le son de ses guitares, que son joli interlude au synthétiseur ambiance Heat ou Blade Runner. Tout ça fait sens, et d'ailleurs il y a comme une odeur de kérosène dans l'air vicié... Ohms est Deftones zonant dans les débris du passé, comme un être mi-Kaneda mi-Tetsuo rôdant dans l'agglomération aux géométriques écrasantes. Revenant, dans ce tapage des souvenirs bouillonnants, aux ambiances de presque tous leurs albums... Respirant, quand il se l'autorise, en regardant la skyline clignotante, avant de re-sombrer dans sa carcasse chromée-rouillée. Ressassant ses mélodies, encore, évidentes, autant que floues, dégoulinant du Chino et du Stephen, qui semblent n'être toutes que des resucées de ce qu'ils ont fait ici ou là, compactée dans le riffing au gel "fixation extra forte", la sensation d'un Around the Fur plus mûr... Trop facile ?.. Et puis non, mieux que ça... Plus coriace... Ohms fait du pur Deftones. Mais tout en reformulant de façon subtile le code Deftones. Donnant un Deftones compact, tangible, à la mélancolie plus hivernale. "Ceremony", "Urantia", "The Spell of Mathematics", "Pompeji" et "Headless" : toutes celles-ci sont à compter dans l'élite du répertoire deftonesien. Et pourtant malgré ma bonne première impression, j'ai lutté, entre l'incertitude de tenir un vrai Deftones de garde, et le magnétisme vénéneux de ses échos. Même cru tenir un Diamond Eyes II, c'est à dire un Deftones qui passe au contrôle technique mais sortira à peu près jamais du garage... Deftones fan-service, finition carbone à jantes hallu ? "It's just an illusion". Tout n'est pas aussi simple, nous parlons de Deftones, pas d'un banal groupe FM. Plutôt FNM, d'ailleurs. N'oublions pas le vieux tropisme Faith No More, dans la génération neo, et celui-ci infuse encore profond, jusque dans le emceeing au talkie-walkie post-pattonien ("Radiant City" ou "Headless") dont Chino use mais n'abuse pas, avec distinction, tout comme il vous balance à la gueule des tympans ces défigurations à l'acide de sa voix laiteuse, jusqu'aux cris de chat cramé. Enlaidissements crispés contrebalançant toujours sa féminité écœurante, mais tellement plus fine que bien des miauleuses du beau sexe...
Et là, arrivé au point d'abrutissement aux miaou-miaous du Chouino, après je ne sais pas combien de réécoutes maladives à minuit, un constat à l'arrière-goût de paradoxe et d'immuable me saute à la gorge du neurone critique : Ohms aurait pu sortir tel quel en 2000, en se fondant parfaitement dans leur discographie... Et pourtant, ce disque colle tellement avec le feeling 2020, blême, à ressasser encore sa morosité devant l'écran jusqu'à avoir l'impression d'être ce robot pourrissant, mais qui cherche toujours à grailler sa part de beauté.
Ohms en regorge, autant que de malaise.
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- born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo
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Bien cold celui-ci... Mais toujours Miami Vice en force aussi. Magique. Irréel. Nocturne.
- born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo
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Ce soulsmaster, quel bel Ohms !
- soulsmaster › Envoyez un message privé à soulsmaster
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Putain déjà la troisième rotation consécutive pour ce con d'Ohms, sortez couvert car le ciel est gris et incertain comme cette pochette qui regarde ailleurs, l'air de pas y toucher, pour t'induire en erreur sur le risque de prendre une saucée. Peine perdue, impossible de passer entre les goutes.
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Raven
› Envoyez un message privé à Raven
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Tu mets dans le mille, Soulsy, avec ton Minitel... jsuis jaloux de pas l'avoir casé en chro ! 3615 Chino. Ambiance superbe oui, Def-du-futur, qui porte les traces de l'ébauche top quali Koi No Yokan dans ce côté SF-tones.
(Et ouais pour la longueur en bouche du Diamond Eyes bien sûr, attaque fadasse mais montée prodigieuse et finale cold-hardcore, wouhouhouh)
- born to gulo › Envoyez un message privé à born to gulo
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Perso une shortlist de 3 avec eux, c'est devenu compliqué, une dinguerie. Ptit Poney garde sa place à part mais de justesse devant Deftones, et derrière... entre Gore, Ohms et PM c'est bagarre, tendance masterclass.
