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Deftones › Diamond Eyes

cd • 11 titres • 41:21 min

  • 1Diamond Eyes03:08
  • 2Royal03:32
  • 3CMND/CTRL02:24
  • 4You've Seen the Butcher03:31
  • 5Beauty School04:44
  • 6Prince03:36
  • 7Rocket Skates04:12
  • 8Sextape04:01
  • 9Risk03:38
  • 10976-EVIL04:32
  • 11This Place is Death03:48

informations

Enregistré à The Pass, Los Angeles, CA et North Amerycan Studios, North Hollywood, CA. Produit par Nick Raskulinecz.

line up

Stephen Carpenter (cordes), Abe Cunningham (batterie), Frank Delgado (claviers, samples), Chino Moreno (chant, guitare), Sergio Vega (basse)

chronique

metal alternatif / rock / metal alternatif mélancolinoisy

En cas de crise majeure, se plonger dans le travail. Ne pas relever la tête, au cas où la submersion guetterait d'un peu trop près. La traumatisme, ça se traite la tête dans le guidon. Pas histoire d'oublier, l'oubli c'est bon pour les morts, et tout le monde est bien vivant, encore. Histoire de penser à autre chose. Se forcer à penser à autre chose. Alors évidemment, du coup, remettre la machine en route n'est pas toujours aisé. Ca patine, ça dérape, ça s'embourbe un peu, les pensées, les sentiments, tout ça est d'une grande confusion. Pas évident de reprendre un rythme. Le temps, toujours le temps. Aussi impitoyable que nécessaire. Un temps à occuper, à découper en parcelles à remplir comme on peut. Est-ce pour ça que le premier album que les Deftones enregistrent après l'accident terrible de Chi a du mal à décoller ? Qu'il rentre dans le mou sans fioriture, sans regarder en arrière, qu'il se presse de vouloir se mettre en branle au plus vite, au risque d'un démarrage en automatique, un peu saoulé de volontarisme ? C'est l'impression qu'il donne. Pas eu le temps de digérer, il fallait y retourner, pour simplement continuer à vivre. Sans trahir, les bandes d'"Eros" dont remisées de côté le temps que Chi aille mieux, parce qu'il ira mieux n'est-ce pas ? Pas le temps de réfléchir au pire. On espère sans y penser. Penser au pire ne sert jamais à rien, et surtout pas à l'éviter. Ne penser à rien et balancer du son, vite, tout de suite, avec un nouveau bassiste qui prend sa place, discret. La sienne, pas celle de Chi. Faire du Deftones. Ils savent faire, ils font ça depuis près de vingt ans maintenant. C'est toujours un peu la même chose, Deftones, parce qu'ils ont un son à eux. C'est rare un son à soi. Même quand une partie de soi est ailleurs, qu'elle ne reviendra peut-être plus. Rester debout en ayant perdu une partie de soi. Ils savent faire les Deftones. Faut juste un peu de temps pour se remettre dans le bain. Un morceau ou deux. Ou trois. Tout y est pourtant, sans la moindre velléité de geindre sur son sort. C'est juste un peu appliqué, parce que les Deftones sont les artisans de leur propre formule. Faut faire vite et bien. Quel besoin de décrire pour la millième fois le son des Deftones ? Cette pesanteur orageuse, ce chant mi-suave mi-arraché, cette frappe au groove improbable et colérique. Jamais trop su où les coller finalement ces Deftones. Du post-metal-cold-wave à relents de hip-hop de cracker-slacker-skater dépressif ? Non mais les labels, les tags, toujours aussi impuissants à décrire la musique, finalement. Ecoutez comme ça rugit les riffs, comme les textures se chargent d'électricité statique, plus que jamais. C'est familier. Presque trop, même si c'est toujours beau, les Deftones. Une sensation d'atavique mal-être. Et puis au bout d'un moment, ça reprend. Presque tout seul. Comme un matin on se réveille et l'absence pèse un peu moins lourde. Un tout petit peu. Mais y a quelque chose qui fonctionne vraiment à nouveau. "You've Seen the Butcher", tout là haut, dans les nuages, qui tombe comme une pluie à la voix de rouille, une suspension dans l'air qui roule comme un tonnerre de mauvais aloi, qui vient enfin réveiller l'âme du groupe. Oui, la vie reprend. Tant qu'on n'est pas mort, faut pas trop s'en faire. Alors ça s'enchaine d'un coup, les Deftones, les grands Deftones, ces mélodies aux détours merveilleux, ces coups de lattes, ces baisers, la voix de Chino qui s'évertue à faire mentir le temps, "Beauty School" et son refrain qui cajole dans l'oeil du cyclone. Parce que ça tient de la secousse, les deux morceaux suivants en attestent, remués par une paire Cunninghan/Carpenter qui ne desserrent pas les dents, Chino au gré des courants, balançant après force hurlements un de ses "wooo" enveloppé dans les ondulations électroniques de Delgado, plus inquiétantes peut-être encore qu'à l'accoutumé. Ca se permet même de pondre la ballade qui fera bien sur les radios, la somme toute très peu sexuelle "Sextape". Back to business en quelque sorte. Même si le risque de s'essouffler guette à tout moment, parce que malgré tout, ça abîme, le manque, l'angoisse, tout ça. Alors les Deftones font du Deftones jusqu'au bout, et plutôt bien. Sans forcément de génie, mais ça fait plus de quinze ans et un bassiste dans le coma. Travailler pour survivre, en attendant mieux, ça donnera toujours quelque chose, comme ce "976-EVIL" du meilleur cru. Et sans se répandre, rester cryptique comme forme de dignité. Même "This Place is Death", contrairement à ce que son titre augure et à la mélancolie qui en suinte, pas évident que l'ombre de Chi plane là-dessus, la tension y est plutôt sensuelle. Insaisissable ces Deftones. Et par là même, admirables.

Bon
      
Publiée le samedi 30 mai 2015

chronique

La violence de la lumière. L'ultra-violence du blanc immaculé. Chromé. Laqué. Cute est la haine... et donc nous voici devant la chou-hate. Animal nocturne sur la pochette, fond noir sans fond : des contrastes violents. Un son frontal, en béton armé et en barres de titane, Stephen Carpenter-à-terre. L'espoir en lame d'acier... Métal glacé pour l'épreuve de vérité. "Time will see us realign", chante de sa voix la plus albino-synthétique et gel-douchesque Chino Moreno, sur ce premier morceau éponyme à la saveur mentholée et autotunée (y a cet arrière-goût de futur prématuré), ambiance mi-chewing-gum mi-cendrier froid. Urgence en stase. Si ça ça sent pas les questionnements sur le parking, en sortie de visite au bassiste comateux... L'espoir de voir revivre un ami, mort-vivant. Du côté des vivants qui meurent : le mouvement, frénétique, mécanique, buté contre la dure et froide réalité. Ponctué par d'exceptionnelles manifestations de la nouvelle recrue Sergio Vega (Quicksand), comme cette ligne de basse chaloupée de la retorse "Prince"... Peu de choses chaleureuses ici, que des blafardes, et pourtant bien congestionnées. Et un album rock-metal a priori plutôt en plastique et antipathique... qui gagne tellement aux réécoutes. Effrayant. Je n'en attendais rien depuis tout ce temps... Tout ce qui faisait que je refusais cet album - raideur manifeste, mécanismes, mélodies de téléphonie - est ce qui fait sa force aujourd'hui. Ce disque est une de leur énigmes - mais celle-ci a des griffes acérées et ne prend pas juste la pose comme un animal empaillé. C'est un sphinx qui tabasse.

Morbide ? Tragique ? Diamond Eyes ne l'est pas en lui-même non, comme dit plus haut, cet album a priori juste simple et hyperdirect - rock - a plein de mélodies lumineuses, il ne la joue pas "dark" et "monde de merde". Il avance comme un bon soldat, un bon vivant même, avec son saudade-neo de gros skater trentenaire. Mais en filigrane, dans toute sa dureté, son aspect brut de décoffrage, il traduit très bien leur angoisse du moment : s'arrêter, hors de question. Alors l'album a cette teinte sonore, sonique, extrêmement obtuse. Combative. "Combat" était sur Saturday Night Wrist, oui - mais le combat se joue ici, dans le pit, là où on pogote... Neo-metal jusqu'à la mort. Deftones ne sont pas venus conter fleurette et se caresser les tétons en pensant à une ex, mais surtout rouer de coups la sono. Et à ce jeu Diamond Eyes met une belle petite branlée à Around the Fur. Cet album est brutal. Matériel. Radical à sa façon, jusque dans cet amour de la série B cher à Chino ("976-Evil"). Beau, aussi, comme une dissection à vif des sentiments. C'est presque du Deftones dans son plus simple appareil, cueilli en studio, à la sortie de l'hosto. Il faut continuer à vivre, pas le choix, et les sensations sont démultipliées, avec un goût de métal dans la bouche. Goût de challenge vain. Goût de lumière amère... La tôle au petit matin, les ombres rigides, les guitares découpées à la machette. Et cette humeur de nerfs à vifs se retranscrivant dans les hurlements de Chino, les plus acides de sa carrière, tant et si bien qu'il ressemble par moments à un croisement de Steve Austin et de la Marilyn Tognoli de "Soave" ("Royal" et son final monstrueux, "Rocket Skates" et sa fureur albinos, poussée jusqu'aux sirènes ronflantes de Delgado, le claviériste de l'abstract, la touche d'origan ou d'aneth dans la sauce). Les tripes à l'air ont rarement autant eu l'air de copeaux de ferraille. Diamond Eyes n'a pas tant d'ambiance que de son, contrairement aux deux albums qui l'entourent... et c'est sa force : une matière qui nous frappe. C'est un mec qui aime la production autant que le making-of des disques, qui m'a dit de le reconsidérer. Il a bien fait. Damodafocalisé, j'ai vu la lumière, et elle m'a réveillé. Merci à lui. Je me suis aussi dit merci à moi-même, d'avoir acheté le disque à sa sortie, à l'aveugle.

La férocement louvoyante "You've Seen The Butcher" est un de leurs morceaux les plus organiques et intimes, et redoutables, comme son riff-thme... Rampant, sévèrement souple, jusqu'à la saturation des guitares en météores broyés. Intime. Brutalement minimalistiquement sensuel, comme du post-hardcore de qualité ou du... Godflesh ! Le côté très patibulaire dès son motif basique et animal, en power-chords (enfin je sais pas si c'en est mais c'est ça pour moi), une force rampante et sûre d'elle, et déjà une lueur futuriste de Koi No Yokan... mais froide, clinique même - déjà du Ohms avant dix ans de prescience, un de leurs grands morceaux incognito. La suivante "Beauty School" la joue plus Red Hot, option mélodie cucul-la-kawai de téléphonie mobile... Le reste du disque est en bloc. Brut et pas (que) comme le déo des prolos (ou ce média de blaireaux tant qu'on y est). Sous un angle nu-metal c'est effectivement un de leurs plus brutaux : ça pogote dans un container froid... Le hurlement atroce de Chino sur "Royal", sorte d'"Elite" adulte, un de ses plus hallucinants, les "JUST BECAUSE I CAN" de "CMND/CTRL" et son riff aussi bourrin-béton que du Helmet revisité par Justin Broadrick (on a ici envie d'abréger son nom en "brick" mais le "road" est pourtant essentiel) : et si Diamond Eyes était simplement le Deftones le plus violent, le plus dur ? Pas le Sans-Titre ou le Private Music, en fait... ni leur séminal Adrenaline qu'ils semblent par moment rejouer ("Risk"), mais cette bête chouette !

Un album rigide... et plein de vie, de lumière (le diamant et elle c'est une longue affaire), mais dur au mal, comme les cymbales de Cunningham qui vous fouettent les sens sans cesse. Y a pas à chier : ce disque est un brutal paradoxe. Et donc du pur Deftones. Il n'a RIEN de charmeur, d'érotique, ou si peu... et il secoue pourtant à chaque seconde, dans chaque recoin, comme si les choses devaient être nettes... Lumière ingrate, peaux veineuses, cernes grises, envies de rien sinon bouger. Ici on joue. Ici on tue. Le sacro-saint baggy a pris des airs de blouse blanche. Ici on avance, tête baissée, sans se dire où on va, sans savoir car il n'y a rien que cette nuit noire à perte de vue : le néant. Celui derrière la chouette si tu l'avais pas vu, ducon. Il est tout autour de toi, quand joue Diam's Eyes... Car cette pochette, elle est pas si bête. Que nous dit l'Inter-Net au sujet de cette symbolique (chroniqueur sérieux cherche cherche) : ? "Au Japon, la chouette (« Fukurou » là-bas) est un porte-bonheur qui protège de la souffrance et de la difficulté."... "pour les Roumains, le cri de la chouette annonce le décès proche de quelqu'un vivant dans le voisinage."... Merci, Web... En 2010 je ne voyais que cette chouette. Le premier rencard ne s'est en effet pas fini sous la couette : Diamond Eyes m'avait paru trop froid et trop fade. Métronomique, efficace, mais ne laissant aucune trace. Un peu comme les déodorants magiques 48 heures là, dont certains refrains ici pourraient faire la pub... Quinze années plus tard, je le vois dans toute sa force, sa fausse simplicité, sa violence camphrée. Et achève une chro encore trop longue (CMB), ouais, mais personne ne vous a posé un flingue sur la tempe non plus, hein... contrairement au destin, sur celle de Deftones.

Bon
      
Publiée le samedi 20 septembre 2025

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Cera Envoyez un message privé à Cera

je dois bien admettre que j'ai fini par etre conquis par ce groupe. par exemple, celui ci n'est plus du tout plat et mielleux a mes oreilles. j'y entends des mélodies captivantes, et de "vrais" émotions véhiculées, tout l'inverses de mon ressenti initial donc.

born to gulo Envoyez un message privé à born to gulo

Dinguerie comment il est tiède, surtout ; plutôt que froid.

avatar Raven Envoyez un message privé à Raven

Plus Sparte que smart ouais. C'est pas SNW c'est un gros pogoteur le hibou Ruffin, le neo est là bien près de chez toi comme chez les batucadeurs de Slipknot, en bourrinage... J'ai déjà une accroche de chro possible : Chouette and Bleed.

Damodafoca Envoyez un message privé à Damodafoca

Oui je radote mais la notion "d'ado" n'est valable que chez moi certainement. La filiation avec le post hardcore a toujours été là (quoique peut être pas sur le tout premier) mais là je trouve que le lien s'affirme. Mais surtout celle du space rock.

Concernant les vidéos, je crois que j'en aime quasi aucune chez eux, à part Bored qui avait ce coté squat et jeunesse qui fonctionnait bien à l'époque. Allez, si on tire un peu, le back to school sort au moment ou je suis au lycée donc j'ai trouvé ça cool, et je garde une certain tendresse pour cette vidéo neuneu.

Idem donc, j'adhère complètement à cette idée de cycle (par 3 pour moi) mais du coup je crains que le suivant soit une douche tiède à la sorti. On verra en 2028. Et c'est assez fun ces discussions croisées sur l'ensemble de la disco, clairement.

Par contre, je ne cherche absolument pas à vendre ce disque - c'est au groupe de le faire. Mais je trouve ça intéressant de se confronter aux préférences de chacun surtout qu'on sera a peu près tous d'accord pour dire qu'il n'y a pas de faiblesse réelle, et qu'il n'y a rien qui ressemble plus à un album des Deftones qu'un autre album des Deftones.

En revanche je dois admettre que depuis Diamond Eyes, le groupe a su me recaptiver, mais que c'est aussi depuis cet album que les "singles" ou les morceaux teaser ne me séduisent plus. A chaque annonce, je me dis 'on verra l'album, c'est du pure Deftones sans surprise", et que c'est l'écoute prolongé de chaque album qui chez moi leur donne leur force.

soulsmaster Envoyez un message privé à soulsmaster

Nan bah je peux comprendre hein, mais de là à penser que la chouette fait concurrence au Corback, il n'y a qu'un pas, que je ne franchirai pas par respect pour le monde animal. Il n'empêche que rien que pour Diamond Eyes, Royal, Risk, Rocket Skate, on a déjà une belle sélection de morceaux parmi les meilleurs du groupe. Et c'est pas Ruffin qui me fera dire le contraire.

En fait je crois qu'il n'y pas d'albums mineurs dans la Disco Deftones Mobile comme je peux parfois l'entendre. Je reste persuadé que tout n'est qu'affaire de cycles chez eux, au sein desquels chacun ira de son classement perso. Même le dernier, qui comme je l'espère inaugure une nouvelle période malgré mes difficultés à l'assimiler, donnera du sens à leurs potentiels prochains disques. Deftones c'est une histoire de temps long, qui trouve sa cohésion dans ses imperfections comme dans ses fulgurances.

En tout cas c'est avec plaisir que je constate l'effervescence autour du groupe grâce à leur nouvelle livraison. C'est extrêmement appréciable car il permet de relancer les discussions sur l'ensemble de leurs albums, cela donne lieu à des échanges particulièrement intéressants.

Message édité le 15-09-2025 à 22:00 par soulsmaster