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Lou Reed › Rock and Roll Heart

cd • 12 titres • 37:42 min

  • 1I Believe In Love
  • 2Banging On My Drum
  • 3Follow The Leader
  • 4You Wear It So Well
  • 5Ladies Pay
  • 6Rock And Roll Heart
  • 7Chooser And The Chosen
  • 8Senselessly Cruel
  • 9Claim To Fame
  • 10Vicious Circle
  • 11A Sheltered Life
  • 12Temporary Thing

informations

line up

Lou Reed (chant, guitare, piano), Marty Fogel (saxophone), Michael Fonfara (piano, orgue, clavinet, synthétiseur) Bruce Yaw (basse), Michael Suchorsky (batterie)

Musiciens additionnels : Garland Jeffreys (chœurs sur "You Wear It So Well")

chronique

rock / lazy glam

Cette croûte a le charme d'un gros pet de rock star embourgeoisée et vautrée dans ses draps de simili-soie, sa monolithique arnaque réussie et le sourire satisfait de l'escroc aux lèvres, mais voici peut-être le seul Lou Reed qui, tout en étant l'un des plus mauvais, est aussi l'un des plus attachants. Impossible de croire que c'est le même mec qui a enregistré Metal Machine Music juste avant, et pourtant... les deux partagent une certaine idée de l'escroquerie avec charisme, ce qui est évidemment un pléonasme. Dites-vous que cette note ambivalente répond à un feeling très putassier-délavé, prenez-la comme celle que j'ai collée à Death of a Ladies' Man de Cohen, autre juif se laissant soniquement aller à ses penchants businessman-du-Sentier, en costard usé et refourgueur de camelote, ou amateur de cameltoe formé par le spandex d'une vulgaire cougar américaine. Même si le disque de Reed cocotte moins le chanel frelaté, il sent plus le slobard, la chambre pas aérée. La différence surtout c'est que sur celui-ci, le son est moisi, flappi. C'est une croûte, une vraie, si on met de côté "Temporary Thing", dont je cause plus bas. Mais... finalement, soyons honnêtes : ce connard de new-yorkais qu'était papa Reed était plus l'homme de beautés de morceaux épars que d'albums, finalement. Ouais, même Berlin, que je chéris comme une vieille rombière dépressive, mais maquillé comme un camion volé, la faute à Bob Ezrin. Rock'n'roll Heart ne mérite pas vraiment sa mauvaise réputation. Il mérite son statut d'album balancé par-dessus la jambe, de sous-produit reedien, de Berlin qui n'a pas d'ambition, et c'est tant mieux parce que les ambitions d'un héroïnomane intello restent forcément assez près du plancher. Ou plutôt de la moquette. De la moquette d'une chambre d'hôtel low-cost, voilà. L'album ringard du tocard. Oui : "I Believe In Love", c'est de la soupe, et "Banging On My Drum" du Lou Reed de saloon parfaitement jetable, et oui, l'intro de "Follow the Leader" donne envie de gueuler "amis de l'homme en noir, bonsoir", v'là la chanson de tocard de citadin aussi, qui reste aussi moche et odorante que du Alan Vega croisé Genesis P-Orridge : au début ça pourrait passer FM funky, mais vocalement ça part vite en eau d'boudin, d'ailleurs on imagine bien Reed peloter les siens entre deux chansons. Le salaud. En fait ce skeud est celui où notre demie-pédale glamouze gainée de cuir et veulement planquée derrière ses lunettes aviator décoche une dernière fois la carte groove putasse sans lâcher la dramaturgie d'artiste drogué... Mais sans le côté arty, juste le côté studio des années 70 tapissé de moquette sale, avec ce Lou aussi raffiné que Michel Sardou qui chante plus que jamais comme une vieille catin, avec des groupies dans les coins sombres qui grillent leurs clopes. New York style. C'est pas du Springsteen avec son E Street Band, c'est la version crapule, rouflaquette-moquette. Bien sûr il y a du mou, de la chique, de la guimauve, du caca. On parle de Reed, le mec a jamais été foutu de faire un seul album irréprochable. On reprend le piano qui faisait la dramaturgie de Berlin, contribuait à la beauté de "Perfect Day"... Et qu'obtient-on avec Rock'n'roll Heart ? Avec le temps je l'admets : un Berlin en version gigolo qui se regarde pas pondre un chef d'oeuvre désanchanté. Le final "Temporary Thing" n'est globalement qu'une resucée du style dramatique de Reed, mais ce titre est un des plus grands morceaux de Lou Reed. Faut s'être levé un jour après une grosse cuite, tout comateux et la gueule en bois, un midi gris, pour piger en quoi se titre troue en beauté, comme tous les grands morceaux de Lou Reed ça s'écoute nauséeux, comme Renton avachi dans son quotidien de merde. Et "You Wear It So Well" et "Ladies Pay" sont un peu dans la même veine, c'est le piano ça, chez Reed ça donne tout de suite un côté obsédant... Mais tous les morceaux excepté "Temporary Thing", seul titre classe, sentent la vieille moquette. Tout dans cet album n'est qu'autocaricature. Et pourtant cette poisse glam lui donne un cachet certain, à ce disque de loser.

Moyen
      
Publiée le mercredi 13 mai 2015

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notes

Note moyenne        5 votes

commentaires

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avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Ah ah, oui, ne te fais pas de souci, je serai franc et direct ! Sans charger gratuitement, simplement en disant... Ce qu'il m'en semble.

nowyouknow Envoyez un message privé à nowyouknow

Je te vois venir. Ne t'abstiens pas de défoncer The Bells si tel est ton sentiment, vas y franco. Je n'ai jamais pris la peine de postuler pour chroniquer bien que ça m'ait été suggéré par un chroniqueur à une époque lointaine mais la contre chro sera là d'une manière ou d'une autre

Message édité le 11-01-2026 à 19:16 par nowyouknow

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Sans compter que jusqu'aux années... Je ne sais pas trop, mi 80 voire 90, l'état du mec lui-même (de santé, mentale comme physique) était la plupart du temps tout sauf stable, ce qui rendait ses déclarations d'autant moins fiables ! Ça et le désir d'emmerder les gens - enfin, c'est aussi un paramètre à prendre en compte.

Bref ! La suite en chroniques quand je pourrai, j'espère bientôt donc ! (Spoiler alert : rien de ce que j'en dirai ne se voudra de la provoc pour le coup... Je préviens, qu'on ne me dise pas que).

Message édité le 11-01-2026 à 12:53 par dioneo

nowyouknow Envoyez un message privé à nowyouknow

Perso à part cet album la deuxième moitié des 70's est impec mais bon ce que j'en dis.. Oui toujours à prendre avec du recul ce qu'il dit. Je l'ai lu défoncer Dylan - ça suintait la frustration - pour plus tard admettre qu'il suivait chaque sortie, citer des morceaux précis... Et Sally tu l'écoutes d'autres l'ont fait à sa place : si distance avec l'œuvre il y a elle est ultérieure et justement illustrée par ces propos..

Message édité le 11-01-2026 à 11:12 par nowyouknow

avatar Dioneo Envoyez un message privé à Dioneo

Oui remarque, des "coups de mou" tu n'as pas tort, il y en a sans doute un peu sur toute la longueur de sa disco... Mais disons qu'à l'époque dont on parle, j'ai l'impression que "l'inconstance devient un peu plus constante", quoi...

Quant à MMM encore une fois : c'est un disque "purement noise", qui ne cherche pas une forme achevée, des développements musicaux au sens classique ou pop ou même jazz... Donc quand je dis "abouti" c'est au sens où il y pousse l'idée de départ jusqu'au bout ! Et encore une fois, j'entends parfaitement qu'on puisse ne pas aimer ça ou trouver ça "vain"... Mais c'est une autre question, quoi, ça n'enlève pas son côté hum, disons "intègre" à la chose. (Et je crois que je m'en fous un peu dans ce cas précis de ce que lui-même a pu en dire par la suite - c'est à dire un peu tout et son contraire, du fameux "quiconque va jusqu'à la face D est plus con que moi" aux fois où au contraire il a dit en être fier... Le truc a son existence propre, pour moi, qui échappe encore plus au discours même de son auteur que le reste de son ouvrage...).

Message édité le 11-01-2026 à 10:16 par dioneo