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Eivør Pálsdóttir › Krákan
extraits vidéo
informations
Rainbow Studios, Oslo, Norvège, juin 2003
line up
Eivør Pálsdóttir (chant, guitare)
Musiciens additionnels : Eðvarð Lárusson (guitare électrique, guitare sèche), Birgir Bragason (contrebasse, basse, violoncelle), Pétur Grétarsson (batterie.marimbas, percussion, accordéon)
chronique
Les divinités de la musique se penchèrent un jour de juillet 1983 sur les Féroé ; nous étions le 21 et une petite fille du nom de Eivør venait de naître. Il se trouve que le vent avait balayé les nuages révélant l'espace d'un instant l'existence de cette île du bout du monde dont les dieux eux-mêmes avaient oublié la présence. Tout venait de se jouer, la fillette hériterait du don du chant. Les brumes recouvrirent bien vite les reliefs rocheux, les éclats d'écume froide, et les Féroé retournèrent à leur anonymat (les dieux ne jouent pas au football). Dès ses douze ans, l'enfant confirme un talent précoce avec sa voix s'adaptant tant au folk qu'à la pop, au jazz ou même au registre classique. Elle tourne en Italie avec un chœur féroïen, gagne un prix national, rejoint en 1999 une formation rock, Clickhaze, avant de produire son premier album une année plus tard. Cette galette mêle des ballades des Féroé mâtinées d'influences jazzy, le tout corsé d'une légère ambiance mystique. Tout en tournant avec Clickhaze, Eivør prépare son deuxième opus qui s'avérera un grand succès. Il faut dire qu'à l'instar de Björk à laquelle elle sera parfois comparée, surtout de par la proximité géographique, les deux chanteuses n'ayant pas un timbre similaire (la Féroïenne bénéficiant d'une formation classique), la jeune fille est une boulimique d'expériences nouvelles. Elle chante volontiers dans sa langue natale mais également en anglais, en danois, en islandais et collaborera tant avec des big band, que des formations avant-gardistes comme Orka ou jazz comme Yggdrasil, sans oublier sa participation à des opéras, ses propres concerts tant en groupe qu'en version acoustique épurée (elle-même s'accompagne volontiers au bodhran, à la guitare ou l'autoharpe). Elle tournera dans le monde entier, Japon, USA, Irlande, Islande, Allemagne, Pologne, Canada, Scandinavie, etc, glanant récompense sur récompense et tout ça ne semble pas près de s'arrêter. 'Krákan' (le corbeau) représente donc son second disque en solo, un disque mélancolique et crépusculaire, délicat et dépouillé dans ses orchestrations, empruntant au jazz pour les arrangements mais mêlé de touches folk. Enregistré en compagnie de trois musiciens islandais réputés et interprété en féroïen, l'album dégage ce charme apaisant et spatial propice aux rêveries, une forme de langueur mystique où le silence et les sons cohabitent en un fragile mais parfait équilibre. 'Krákan' est enfant de la nuit, une musique à écouter à la lueur du feu dans un vieux cottage près de la mer, un recueil de mélodies lové au creux d'une nature protectrice mais qu'il convient de respecter de peur qu'elle ne devienne menaçante. La voix étant la pièce maîtresse, il importait de trouver le doigté nécessaire pour effleurer les cordes, gratter, les cymbales, laisser gronder imperceptiblement une note électrique...Même si parfois, tout explose le temps d'une minute, que le chant se mue en un cri qui se perd vers les étoiles ('Brostnar borgir')... Oui, malgré sa pochette blanche, la musique de 'Krákan' évoque davantage le reflet nocturne des plumes de son oiseau-totem, un rituel pour l'obscurité, une prière tranquille, délicate et belle pour ressourcer son âme... Eivør, sorcière...
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