Articles

Vous êtes ici › ArticlesConcerts › Asobi Seksu, le 31 octobre 2007, au Korova, Liverpool

Ce document est lié :
 - au groupe / artiste Asobi Seksu

Asobi Seksu, le 31 octobre 2007, au Korova, Liverpool

par Dariev Stands › mercredi 7 novembre 2007

Le Korova, haut lieu de la coolitude et de la contre culture à mèche Liverpudlienne, est l’un de ces endroits auquel on aura probablement jamais droit au pays de Rastignac. Bien qu’ils arborent fièrement une déco arty/70’s/baroque-chic, avec une douzaine de télés orange tout droit sorties d’un épisode de Star Trek ainsi qu’une tete de taureau et deux faisans empaillés, le tout accroché au plafond, les tauliers, plus connus sous le nom de Ladytron (cf chro de proggy… et oui le club est à eux), n’ont aucune velléité rétro, et ont ouvert avec ce désormais mythique club un des lieux le plus typiquement anglais de la ville. On y trouve en proportion quasi égale le mauvais goût sophistiqué (alors que les boites françaises sont de mauvais goût sans avoir tenté la sophistication une seule seconde), et l’amabilité étonnante dont sont capables les anglais… Il ne manquerait plus que la pluie et le fog sur le dancefloor… Bref, si vous faites un tour chez les fab, faites un saut au Korova, surtout le dimanche soir… On y entend le disquaire situé trente mètres plus loin passer des raretés psychés/barrées des années 60 assez ahurissantes. Mais en ce mercredi d’halloween, ce n’est pas le propos qui m’amène à vous faire la pub éhontée de ce club (si ça avait été en France, vous auriez eu droit à beaucoup plus d’exclamations de ma part).

Premières parties

Col on Col + The Sound Movement + Scanners

chronique

Non, là, je veux vous parler d’Asobi Seksu, merveilleux petit groupe shoegazing (rien à voir avec le petit revival qu’on voit poindre en ce moment, on parlerait plutôt de Dreampop, en fait) new-yorkais, dont je devrais vous chanter les louanges en chronique un des quatre. Les 3 gars (+ une fille), jouaient donc ce soir-là au Korova, et je trépignais d’impatience depuis un moment à l’idée de voir ça. Pensez donc, 5£ pour 4 groupes, il y avait de quoi se ruer sur les tickets, vu le prix moyens des concerts au pays des poissons-frites. Ce que je tentai de faire, en vain. En effet, le Korova avait décidé de ne vendre ses tickets que sur Internet ! Politique assez étrange s’il en est, surtout que décrocher autre chose qu’une carte de retrait ici relève de la gageure (en gros, être riche ou bien résidant depuis 3 ans sur le sol anglais). Impossible, donc, de payer sur internet pour moi. Par chance, la minuscule salle du Korova (la fosse et la scène réunies font un peu plus que mon salon… qui n’est pas très grand) n’était pas pleine. L’ambiance n’en était que plus chaleureuse : Tout le monde se parle, peut assister au soundcheck des musiciens sans problème...

Le concert démarre avec Col and Col (pour Colin et Colette), sympathique couple à la dégaine tim burtonienne, auteur d’un folk éthéré assez charmant… Rien à voir avec les Dresden Dolls ici, malgré le bagout du chanteur-guitariste, un brin hystérique sur les bords. Les deux cols s’échangent leurs instruments (piano et guitare) au court d’un set trop court mais néanmoins brillant, quoique ponctué de cafouillis techniques bien cocasses, comme le laptop qui se met en veille avec l’écomiseur d’écran XP… On apprendra de la bouche de Col qu’ils n’avaient pas répétés pour le concert ! Sans leur indéniable talent, gageons que les Cols auraient pu passer pour des bleus. Le groupe suivant, les trois australiens – de Melbourne - de The Sound Movement, ne déçoit pas. Outre la bassiste déguisée comme une japonaise d’Akihabara, dans un genre de costume Sailor Moon blanc immaculé, ils se caractérisent par un genre de Shoegazing rêveur et bien trippant comme il faut. Les premiers morceaux, instrumentaux, en imposent direct et forment un tourbillon rapidement hypnotique qui captivera durant toute la durée du set. A cela vient se greffer la voix du chanteur/guitariste, qui s’avèrera insignifiante, mais juste assez discrète pour ne pas interrompre le trip. Un groupe qui gagnerait à devenir complètement instrumental, encore qu’ils le soient pratiquement déjà. Puis vient Scanners, déjà arrivé un cran au dessus en termes de notoriété, en atteste le stand de merchandising, présent à coté de celui d’Asobi Seksu. Deux gars, deux filles, et une sérieuse envie d’en découdre. La chanteuse, aux airs de Patti Smith et de Joey Ramone (On pourrait aussi dire Feist ou Jonathan Richman), assure vraiment, et procure une présence scénique incroyable à l’ensemble. Quand l’intensité, elle était présente aussi au rendez-vous, toujours grâce la frontwoman. Manque peut-être un soupçon d’originalité, dans ces synthés excités et ces bouffées d’adrénaline à la fin des morceaux ? En tout cas, ils n’ont pas l’air de vouloir s’arrêter avant de se faire entendre, ce qui devrait logiquement leur arriver, vu la motivation montrée ce soir et le style pratiqué.

J’en viens au clou de cette soirée : Asobi Seksu ! Dont la musique gagne sérieusement en décibels et en intensité en live, mais bizarrement, perd en accessibilité. Il faut dire que leur musique nécessite une concentration totale, histoire de capter les mélodies angéliques de la chanteuse en sous-couche derrière l’amas de grattes, effets, synthés, maracas, tambourins et autres… Concentration rendue difficile par un public quelque fois un peu « bonjour j’ai 15 ans, je connais pas ce groupe, mais je reste au premier rang pour me mettre du faux sang sur la gueule en cassant les couilles parce que c’est Halloween ». Qu’a cela ne tienne, le concert fut épique. Comme dit plus haut, les Asobi Seksu deviennent vraiment méchants sur scène, provocants tremblements de terre et avalanches a force d’énergie libérée à l’infini. Loin de regarder leurs pompes, ils s’en donnent à cœur joie. Le batteur se déchaîne ina dave grohl style, le gratteux, en parfait petit kevin shields, chante comme le maître et semble exulter à chaque instant… C’est ça, après tout, le shoegazing : carte blanche au bruit dans un cadre pop. Car la frêle chanteuse (sacré petit bout de femme, loin de la vamp lascive suggérée par les géniales pochettes), est là pour tirer tout cet ouragan vers la mélodie, à sa façon très personnelle… Si au début, on a du mal à reconnaître les morceaux, on se retrouve très vite complètement parti, flottant avec eux dans une bulle de son pur (la voix étant ici plutôt un instrument à part entière.) Difficile de s’y retrouver parfois, mais la désorientation fait aussi le charme de cette musique. Après avoir joué les meilleurs moments de « Citrus », les new-yorkais clôturent cette soirée à un peu plus d’une heure du matin en reprenant magnifiquement « Then He Kissed Me » des Crystals, avec plus de fureur noisy que jamais. Merci, Asobi Seksu, merci Kevin Shields, merci le Korova, merci la Reine d’Angleterre, à vous les studios.

asobi seksu

Mots clés : asobi seksu korova scanners sound movement col on col shoegazing dreampop liverpool

Dernière mise à jour du document : mercredi 9 avril 2008

Si vous étiez membre, vous pourriez réagir à cet article sur notre forum : devenez membre