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Volume! La revue des musiques populaires - n°5 (fév. 2006) : Les scènes Metal

par Rastignac › samedi 15 août 2020


Style(s) : metal / metal extrême

Écrire sur la musique, c'est bien, mais écrire sur ceux qui écoutent de la musique ? C'est mieux, c'est bath ? La recherche, la sociologie, la musicologie, c'est utile ? Écouter de la musique est-il indispensable pour devenir et demeurer un "honnête homme" ?


Y a-t-il un peu de sens dans ce monde ? Ou est-ce à tout jamais une espèce d'entité insondable dont on perd le contour à chaque tentative où l'on tente de le comprendre ? C'est souvent les questions que je me pose à propos des sciences, de leurs méthodes et résultats, de l'approche de la réalité, qui va extraire un peu de sa substantifique moelle pour nous donner du grain à moudre, pour reprendre nos préjugés, notre ignorance, notre capacité à voir pas plus loin que le bout du nez ou de notre terre plate. Ici, sur les quelques webzines non-morts que vous pouvez encore consulter sur votre flicodébilophone ou votre ordinatovampire, on peut arriver à se poser cette question du sens même de la médiatisation, de la médiation, de la pédagogie, du compte-rendu de ce qu'on a pu comprendre de tel ou tel groupe ou mouvement musical. Eh bien sachez que c'est aussi le boulot de certains chercheurs en SHS, travaillant sur ce qu'on appelle les Music Studies, dont les ramifications peuvent être aussi labyrinthiques que le delta du Mekong. Ici, un numéro d'une revue donc de SHS sur les musiques dites "actuelles", numéro qui va se pencher sur l'acier, euh non, le métal, enfin vous voyez. Cette revue dont vous pouvez avoir des aperçus en ligne consacrera quelques numéros sur la réception de la musique dite "métallique" - ce petit compte-rendu va traiter d'un de ces numéros qui date de 2006.

Alors, évidemment, je ne suis pas du milieu universitaire donc, s'il y a un oiseau de cet univers là qui lit ma chiée de mots et s'en retrouve tout révulsé par les contre-sens voire non-sens que j'ai pu y semer, il ne faut pas qu'il s'en fasse, je ne viendrai pas lui casser les genoux ni invoquer des entités malfaisantes pour hanter ses nuits - oh et puis allez, je me dédouane direct : désolé pour toute connerie qui sera semée ici ! Ceci sera donc un aperçu brut de lecture plus ou moins de traviole d'une de ces études où scientifiques, sociologues, ethnologues, musicologues se penchent sur le metaawwwl, sans prétention, et sans non plus me prendre le fion, donc ça va pas finasser ! Oh !


Les revues de SHS sont souvent extrêmement hétéroclites : ce n'est pas quelque chose qu'on lit de bout en bout, on va piocher un article, voire un extrait d'article, ou une bibliographie, on va foutre ça en note de bas de page ailleurs, on va écrire sa thèse comme Zodiac qui envoie des messages à la presse avec des bouts de coupures de presse. Enfin je crois que Zodiac faisait ça.

BREF. Après un rapide petit détour sur ce que sont les music studies, leur histoire très fraiche, très récente, après avoir pris le temps de dire que le hard rock ou le metal ont été (et sont sans doute encore aujourd'hui) méprisés par "l'élite de la Musique qui Est de la MUsique et pas de la SoUPe", nous assisterons à un panorama forcément partiel de ce qu'est être "un métalleux" quelque part dans le monde. La perle de ces travaux, pour moi, est une étude à base d'entretiens qu'on imagine semi-directifs, une immersion dans la scène death metal d'un bled dans l'Ohio aux Etats-Unis, avec un chercheur qui va suivre donc une sorte d'image d'Epinal du métalleux manard, la foi chevillée au corps, qui va tout faire, les flyers, le tape trading, la promo, les répétitions, les concerts, le merch, etc. en utilisant l'huile de coude, et en instaurant une image du death metalleux comme engin de catharsis et non de chougnerie ou de provocation politisée (ce que le sujet de l'étude nomme "scène hardcore punk") - eh ben, je sais pas vous, mais moi en lisant ce travail qui date déjà des années 1990 j'ai vu véritablement la genèse de ce statut du métalleux occidental dont la pratique, la vie quotidienne et même la spiritualité ou la vie intérieure vont être imbibés par une sorte d'individualisme forcené, beuglant devant les foules des insanités parlant de morts et de blasphème tout en, sur son maigre temps libre, cultivant ce qu'on appelle vulgairement "la scène" d'un coin dont personne ne parle, sortant des disques que peu de gens vont écouter, et laissant donc un maigre héritage qui sera considéré donc comme nul par la majorité de la plèbe, mais vue comme au pire une curiosité intéressante, au mieux comme l'un des assemblages de ce qu'on appelle "le culte" et qui sera aujourd'hui mis en vente par des labels comme Dark Descent ou Nuclear War Now!.

D'autres informations intéressantes sont à glaner dans ce recueil d'articles : qu'une "Metallica Studies" existe, que des spécialistes du genre travaillent en France, que le Black Metal taïwanais est par essence nationaliste (ou régionaliste ?), enfin, on en arrive à avoir des réponses ou : à des images récurrentes sur ce qu'est le métal, ou à des question qu'on ne s'était jamais posées. Et c'est là que je trouve que les SHS, c'est fort, on dirait du judo (Pierre Carles disait même que c'était un sport de combat, mais bon, ça commence à être un peu galvaudée comme expression). (La chronique d'album "est un sport de combat" genre). ("Les commentaires youtube sont un sport de combat" style).


Autre article, enfin, interview marquante dans ce recueil, celle de Marc Touché, musicien et sociologue français racontant sa rencontre et sa vie avec la musique amplifiée, sale, bruyante. Quelques perles d'auditeur, comme la description de ce concert de Deep Purple "assis dans un fauteuil", de ce concert de Black Sabbath "on entendait plus le moteur de l'Ami 6 sur le chemin du retour", sur cette sensation d'appartenir à une sorte d'élite car on apprécie des concerts de grindcore sans partir en courant en se bouchant les oreilles... tous ces instantanés parleront à ceux qui ont voulu s'acoquiner avec le chaos et la fureur, et qui ont pris goût à cela, et se sont peut-être sentis dépourvus quand ils n'en avaient plus besoin, ou dégoûtés de voir même ces affects extrêmes transformés en paquets de lessive...


Enfin, par ces instantanés de scènes à l'étranger, au Maroc, en Chine, aux Etats-Unis, en France ou en Espagne, on retrouve dans ce recueil et, j'imagine, dans d'autres études de ce genre, cette approche que ce gus avait eu dans ce documentaire sur les scènes du monde entier "Global Metal" - où il allait interviewer des métalleux de tous les continents. Les clichés sur ce qu'est "un marocain" ou "un syrien", ou bien un "philippin" ou "un australien" jouent beaucoup sur ce qu'on imagine être ou ne pas être dans ces pays. Par exemple, et c'est ce qui est expliqué sur ce petit article sur le métal au Maroc, il semble inimaginable, même chez certains musiciens d'origine marocaine vivant en France, qu'au Maroc il y ait des métalleux, qui jouent de cette musique et l'écoute à longueur de temps. Tout ça pour rejoindre encore une fois en quoi les SHS peuvent nous décrasser la conscience, à savoir nos préjugés, nos bouts de lorgnette, notre connerie congénitale pour résumer, parfois même pour se désécarquiller les yeux sur nos propres voisins de notre propre petit village de gaulois dégénérés. Et ça, j'aime.

Allez, je conclue : évidemment, vous aurez dans ce type de publication du jargon qui vous sera hermétique si vous n'avez pas fricoté avec Goffman, Bourdieu ou Foucault (allez au pif), ou avec du Levi Strauss ou du Marcel Mauss ou avec, en gros, de l'anthropologie, de la sociologie. Mais passé l'introduction théorique qui pose les balises de ce champs de recherche pour les initiés, la nature même de ces enquêtes de terrain basées sur des observations et des entretiens feront que c'est tout à fait lisible pour n'importe quel clampin comme votre serviteur. Encore une fois, ça ne se lit pas d'une traite, faut piocher, c'est le format qui veut ça, mais vu le nombre de numéros, et vu le spectre de leurs interventions - le métal est loin d'être le seul genre ausculté dans cette collection - ben je me suis dit que ça pourrait intéresser, allez... toi ? Toi ? Ou Toi ? Enfin, "c'est vous qui voyez" !

Creusons :

http://journals.openedition.org/volume/

Le dossier est coordonné par Gérôme Guibert et Fabien Hein :

https://www.irma.asso.fr/Fabien-Hein

http://www.univ-paris3.fr/m-guibert-gerome-90080.kjsp

Harris Berger est l'auteur de l'article sur le death metalleux de l'Ohio qui est :

https://www.metal-archives.com/artists/Dann_Saladin/32178

membre notamment de Blood Coven

J'ai oublié de parler d'un joli article dans ce recueil qui parle des liens entre le revival volkish 19emo-romantique à la finnoise alias le Kalevala, qui a lourdement inspiré des groupes comme Ensiferum, Amorphis (le tales des 100 lacs ça vient de là), Moonsorrow, Korpilklaani, Insomnium, etc. Le Kalevala, sorte de best-of pot pourri de la tradition orale, poétique de là-bas est une sorte de création/recréation/compilation par Elias Lönnrot au milieu du XIXe. Cette sorte de tradition rebootée sauce romantique a ensuite été intégré dans l'enseignement primaire (en musique - avec apprentissage du kantele - et en littérature au moins, si j'ai bien compris), dans les écoles finlandaises, dans les années 1980, correspondant peu ou prou à l'enfance/adolescence des mecs jouant dans les groupes cités plus haut.

Pour ceux que ça intéresse :

https://journals.openedition.org/volume/498#xd_co_f=ZjZiODhjODQtMjg3Yy00MmE4LTlkZDYtNmJkZjI4MWNlNDYz~


Mots clés : sociologie, ethnologie, musicologie, metal et metal studies

Dernière mise à jour du document : samedi 15 août 2020

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