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 - au groupe / artiste Deerhoof

DEERHOOF + REVEILLE au Marché Gare, Lyon, le 29 Novembre 2012

par Dariev Stands › mardi 4 décembre 2012


Style(s) : pop / rock / rock alternatif / indie rock / noise rock

J’avais déjà pris ma baffe en Avril dernier, lorsque je les avais vus pour la première fois sur scène, à l’Epicerie Moderne, avec le kaleidoscopique Dustin Wong en première partie. J’avais failli en faire un live-report d’une ligne, qui aurait en gros consisté en « Chroniqueur officiellement en état de choc suite à deux claquasses consécutives, demande congé sabbatique pour se remettre. ».

La créativité pop ET expérimentale tous azimuts des deux groupes couplée au son fracassant de clarté de l’Epicerie Moderne avait totalement eu raison de moi… Pop ET expérimentale oui, car ces deux-là, souvent opposés, n’ont attendu que les mélodies à 3 notes de Satoshi, la chanteuse de Deerhoof, pour se prendre par la main et cabrioler joyeusement ensemble dans un grand chambardement de décibels… Ils n’ont pas l’air d’aller ensemble, comme ça… Un peu comme pour Satoshi et les nerds dégingandés que sont le reste du groupe, finalement. Sauf que ça fait 15 ans que ça dure. 15 ans que Deerhoof tourne constamment, dans la joie et la bonne humeur, et enchaîne album sur album avec une régularité désarmante. C’est peut-être ce qui m’a longtemps tenu loin du groupe, finalement. Un air de facilité un peu insolent, voire inconséquent. Il faut dire que c’est là l’archétype du groupe de scène : joyeux, violent, expressif, perpétuellement déchaîné. Typiquement le genre de groupe sur lequel aurait flashé Kurt Cobain, lui l’ex-fan des Pixies et des japonaises punk-pop de Shonen Knife. Décrire Deerhoof sur scène ? C’est impossible, mais puisque je me sens obligé de ne pas laisser sous silence une telle baffe, aujourd’hui renouvelée, je vais essayer : la batterie, tenue par un malade nommée Greg Saunier, est le premier élément qui heurte. Frénétique, expectorante, quasiment Math-Rock, elle est le battement cardiaque de la musique de Deerhoof, un cœur qui ne vit que par la jouissance d’explosions furieuses, que viennent à son tour percuter non moins jouissivement les deux guitares du groupe, qui semblent elles-aussi jouer saturation à fond, découpant des riffs ultra noise dans la masse sonore impressionnante dégagée. La basse, au milieu de tout ça, est une toute petite basse Hofner (popularisée par McCartney dans les Beatles, qui en faisait un stylet d’orfèvre mélodique), tenue par la non moins minuscule Satoshi, qu’on pourrait facilement croire intimidée ou en retrait face à ce déchaînement de sueurs et de déflagrations (faussement) incontrôlées. Il n’en est rien, mais alors rien, vous n’imaginez même pas. Vous n’imaginez pas avec quel désarmant, ravissant et absolument souverain naturel la pimpante Satoshi égrène ses petites notes bondissantes et ses lignes de chants pétillantes de mélodie et de fraîcheur… Le tout en exerçant moult pas de danse insensés (en fait, le mot exact est ici « aérobic », ce que trahissent ses chatoyantes chaussettes, mais chuut…). On pourrait penser à la configuration de Melt Banana, autre groupe noise (bel et bien japonais, lui) jouant sur le contraste « bruit blanc / voix jaune et mignonette », mais en fait… Rien à voir. Dans Melt Banana, la chanteuse, excitée comme une puce, participe à l’emballement des sens de la musique, elle fait partie intégrante de sa frénésie, et contribue à une seule et même impression de vitesse extrême… Dans Deerhoof, Satoshi semble simplement avoir trouvé sa place la plus parfaite sur cette terre, là, entre ce guitariste aux airs autistes qui cisaille ses riffs alambiqués et ce batteur qui s’acharne littéralement sur ses futs avec une fureur Zach Hill-ienne (ce qui connaissent savent maintenant qu’il faux voir Deerhoof avant de mourir). Oui, elle semble la plus heureuse du monde, et sa danse n’est autre qu’une danse de joie, une danse d’enfant et de carnaval… Telle une cigale, elle est si fort aise de ce raffut explosif qu’elle en chantonne gaiement. Et les 3 autres, vrais gentlemens américains tout contents de pouvoir ne rien réfréner de leur furie, abaissent d’eux-mêmes l’intensité de leur jeu lorsque viennent les couplets et refrains de Satoshi… Car les Américains, on ne le dit pas assez, sont quand ils veulent les plus grands gentlemen de la terre, comme l’attestent les interventions en français approximatif de Greg Saunier, à la voix et au regard aussi doux que ses mains sont intraitables envers son instrument. Allez, je ne vais pas tourner autour du pot pour tenter de retranscrire ce qui ne peut pas l’être, ça pourrait prendre 15 pages tout aussi enflammées que dérisoires face à ce qui est pour moi aujourd’hui un fait acquis et solidement ancré, après ces deux concerts : Deerhoof, sur une scène, est le meilleur groupe du monde.

J’en oublie même de vous parler de Réveille, que j’avais également déjà vu jouer, et qui, dans un registre plus classique quoique clairement identifiable, a livré une prestation très agréable, toute en torpeur mélodique à la New Order, avec une tension de power trio bien plus palpable… Et quelle voix, évidente sans être vulgaire, expressive et rêveuse… De toutes façons ils ont joué à la même affiche que Deerhoof, et rien que pour ça, ce sont d’office des héros du rock’n’roll. Saunier, le Keith Moon de service, saluera d’ailleurs leur performance… Des gentlemen on vous dit. Dustin Wong, que j’avais vu l’an dernier et dont je n’aurai pas parlé et c’est dommage, était un peu hors-catégorie avec ses strates de guitare samplée en mille-feuille, façon Manuel Göttshing pointilliste qui remplirait l’espace jusqu’à atteindre un point d’extase psychédélique et d’insoutenable beauté, limpide et fugace. Il m’avait, lui aussi, mis une sacré baffe. Qu’on se le dise, avec des groupes comme ça on a pas le temps de Deerhoof qu’ils vous coupent le souffle dès l’entame, et c’est reparti comme en 91.

Mots clés : deerhoof reveille marché gare lyon

Dernière mise à jour du document : mardi 4 décembre 2012

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