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Hellfest 2023 - par Dimegoat

par dimegoat › dimanche 6 août 2023


Style(s) : hardcore / metal

Depuis les Fury Fest 2004-2005, mon histoire avec le Hellfest s’écrivait en pointillé avant de lâcher l’affaire en 2015. Je n’ai pourtant pas hésité une seconde lorsque Nicko m’a proposé d’y participer cette année car j’allais enfin avoir l’opportunité de constater quelle tournure avait pris le festival. Ben Barbaud ne s’en cache pas, le Hellfest ne cessera jamais de grossir, en dehors de la musique, de ses murs et de ce week-end de juin. Du point de vue musical, difficile de faire plus ambitieux, à moins de faire venir Jay-Z, et avant d’évoquer des choses qui fâchent, parlons donc musique car elle était bonne. Les roses avant les épines.

Machine bien rodée, le festival est très bien organisé, avec un planning respecté au poil, une appli bien commode pour rappeler les concerts et suivre les modifications, des stands de nourriture variés, nombreux, rapidement accessibles (de même que les bars) et de qualité à des prix de festival excessifs compte tenu du volume de vente (compter au moins dix balles le moindre plat, en gros, et le demi de Carslberg à 3,30 €).

Pas trop de problème de circulation à part vers les Main ainsi qu’aux tentes Altar-Temple aux heures de pointe et quand il pleut. La proximité de ces dernières scènes avec les toilettes + l’entrée + le merch + un bar n’aide pas trop mais la délocalisation de la Valley en face de la Warzone permet une meilleure répartition des flux. Le seul hic, que j’ai contourné par l’espace VIP, est la sortie du fest qui envoie tout le monde dans un sympathique entonnoir à angle droit. Bouchon garanti à deux heures du mat’. Ce coupe-file est d’ailleurs l’un des seuls vrais avantages du VIP où j’ai passé très peu de temps, si ce n’est pour charger mon téléphone sur les rares prises disponibles (non surveillées) et papoter avec Nicko. Il y avait des gars connus et d’autres moins connus, j’imagine. Et un bassin avec des nénuphars.

Bon, et la musique alors ? Il n’y avait aucun groupe de grindcore et se n’ait pas tolairable. J’ai fait des journées plutôt longues, du matin jusqu’au bout de la nuit, sauf le jeudi où je suis arrivé en retard, ratant Today Is the day et Imperial Triumphant au passage. Cela suppose une discipline de sieste impeccable et une gestion de l’effort et de l’alcoolisation. Se faire quinze heures de festival par jour, ça ne s’improvise pas, surtout à quarante ans. Allez, petit tour des scènes dans un ordre pas du tout chronologique.

  • Mainstages

Là, ça va être rapide. Je n’ai suivi aucun concert des Mainstages sauf un. J’ai hésité toute la journée à aller voir mi-Pantera en concert alors que Dark Angel jouait en Altar et que les Melvins allaient arriver plus tard en Valley. Je voulais tenter « au moins quelques titres pour voir et après j’y vais » mais, finalement, j’ai kiffé tout le concert comme un gros fanboy alors que je n’ai même pas de tatouage CFH. Situé assez loin de la scène mais sur une butte avec vue imprenable, j’ai chanté tous les refrains, headbangué comme un fou. Seul avec mon pote Pierre. Autour de moi, des poteaux télégraphiques en guise de public dont on se demande bien par quel coup du sort ils se sont retrouvés là. Certains me regardaient même en souriant. Lol, il est rigolo le monsieur avec ses cheveux longs à beugler « I’m born again with snakes eyes ». Excuse-moi si je te dérange pendant que tu filmes Walk parce que Phil a dit que c’était un moment important. Putain, c’est si triste que ça le Hellfest ? Pourquoi regarder ce concert et me bloquer l’accès au pit alors que tu pourrais manger une saucisse allongé dans l’herbe, plus loin, là-bas ? Merci ! Le concert n’était pas bon, soyons clairs. Tempo au ralenti, solos garantis zéro-groove de Zakk Wilde, pathos indécent sur les écrans en « hommage » à Vinnie Paul et Dimebag qui n’attendaient que cela, eux, de reformer Pantera…en 2003. Bien joué Philip mais tu as merdé, les frères Abbott sont morts en te maudissant sur dix générations et ça ne doit pas être facile à assumer tous les jours. J’ai participé à ce spectacle affligeant et je l’ai même aimé. Quel scandale.

  • Altar

En Altar, cette année, beaucoup de thrash et de death, des grands anciens ou jeunes loups. Chacun a joué son rôle : les têtes d’affiche ont assuré, les autres ont tenu leur rang même à onze heures du matin. Après quelques morceaux de Candlemass, l’appel de Ludwig von 88 a été trop fort alors que c’était très bon avec un Längquist bien en voix et un Bewitched qui réchauffe le cœur en début de fest. Arf, les choix cruels de la vie. Je m’étais pourtant juré de ne pas faire de demi-concerts en cas de conflit parce que ce n'est jamais satisfaisant et je garde cette pointe de regret de ne pas être resté devant ce groupe que je n’avais jamais vu et qui avait tout l’air de la bonne surprise malgré le temps qui passe. Par contre, face aux Svinkels je n’ai pas fait la même erreur et suis resté voir Hypocrisy pour ma première fois devant Tägtgren et ne l’ai pas regretté une seconde. Que des tubes, une voix au top malgré l’âge et un énorme charisme du maître de l’Abyss. Dans la pénombre, avec une foule dense mais pas trop compacte, c’était impressionnant de puissance et de classe. Après ce concert, j’ai eu envie d’écouter leurs albums tout le reste du week-end.

Parmi les gros machins de l’Altar, il faut bien entendu mentionner Meshuggah. Son et lumières impeccables, beaucoup trop de monde, beaucoup de fatigue avec ce début à une heure du matin, bien soulé par The Hu qui jouait à côté pendant cette heure d’attente. Le pit s’est agité dès Rational Gaze, deuxième titre du soir, ce qui a permis de faire un peu de place au détriment de quelques jeunes femmes surprises par la soudaineté de l’impact. On se fait encore mal au Hellfest, il faut le dire. Set hyper pro. J’ai trouvé l’ensemble assez froid dans le contact avec les musiciens qui ne sont que des ombres. Cela colle avec la musique mais ça n’empêche pas de dire bonjour, dites-donc. Seul Haake vient se montrer un bon moment en pleine lumière à la fin. Un show impressionnant mais distant et peut-être bien un peu prétentieux.

Gros contraste avec le concert de Voivod qui s’est déroulé plus tôt face à une foule clairsemée alors que c’était plutôt bon mais, bordel, ils pourraient quand même faire un effort. Snake a vraiment l’air bourré alors qu’il ne l’est pas du tout. Ils surjouent les darons du thrash qui ont le 06 de Newsted et qui s’en battent les steaks tout en kiffant leur concert. Ils ne se moquent pas du monde, ils sont juste nature-peinture, comme on dit. Eric Forrest a fait une apparition sur un titre et on a bien regretté que ce ne soit que pour un seul morceau tant il a amené une puissance et une dynamique salvatrice. Dans le genre qui s’en bat les particules, j’appelle aussi Benediction. Même topo, Dave Ingram n’essaye même pas d’avoir l’air charismatique. Il s’amuse, sort des vannes, alors que derrière ça avoine sérieusement.

Belphegor, ce n’était pas la même affaire. Là, c’est sérieux et comme pas mal d’autres groupes sous les tentes, il y avait un outillage invraisemblable sur scène : des crânes, des croix et des machins occultes en plastique qui impressionnaient encore mémé en 2004. Tu as l’impression qu’ils ont tous dévalisé le Dark-Gifi du coin. Chez Belphegor, on pourrait s’en passer car la musique est bonne, avec cette voix rugueuse qui deathise bien l’ensemble.

Rayon death-thrash pas encore vieux, il y avait du bon. Vektor a tout défoncé avec une maîtrise et une bonhomie qui me donne envie de relancer leurs albums qui ne m’avaient jamais accroché. Schizophrenia l’a joué old-school avec du thrash-death AOC traditionnaliste bloqué en 1989, combo moustache-mulet-Reebok et une reprise de Slayer. En hommes de goût, ce fut Necrophiliac et je sais qu’ils jouent parfois Maze of Torment mais Morbid Angel a perdu à l’applaudimètre. Toujours dans le rugueux. Les Français de Venefixion, arrivés sur scène avec tout plein de mercurochrome sur leurs fringues et leurs poitrines velues ont déployé de bon matin un death à l’ancienne autopsiesque bien savoureux. Les vrais Gutsiens connaissent le CV des bonhommes qui ne sont pas nés de la dernière pluie donc je vous laisse gloser en commentaires.

Il y avait aussi du death technique avec les patrons Gorod qui montrent que l’on peut faire un concert précis, dans la bonne humeur typique du genre, mais non sans charisme. Du monde, des titres dantesques calés au poil, Gorod a tout pété. Comme d’hab. Allez, pour fêter ça, un petit tour dans le four du merch pour se mettre un t-shirt The Orb dans la popoche en passant. Cuisson à cœur. Pestifer a eu un peu de mal à exister en début de matinée. Le groupe n’est pas neuf mais ça patine au niveau de la prestation scénique qui manque de maturité, le chanteur semblant un peu tourner en rond et manquer d’imagination entre les morceaux avec des remarques qui fleurent bon la fête du lycée. Un vrai groupe de gentils musiciens qui devraient mettre moins de déodorant, muscler un peu le jeu en milieu de terrain et casser quelques tibias, hein, allez, hop hop hop !

On termine avec la grosse gerboulade qu’offrait l’Altar. Aborted m’a fait l’effet de Benighted l’autre fois à Bordeaux. C’est très bourrin mais pas si violent. Très carré, très pro mais ça manque de tension. Par contre, ceux qui savent mettre de la tension, c’est Full of Hell. Selon le contexte, la fatigue, Full of Hell, c’est comme regarder le réacteur fondu de Tchernobyl, ça pique un peu. Au Brutal Assault, je m’étais enfui de terreur mais là, dans l’aprèm, au calme, c’est passé sans trop d’encombre et j’ai pu apprécier la violence de leur musique qui te vide bien l’estomac. Dylan Walker est bel et bien la réincarnation de feu John Morrow d’Iron Monkey. Enfin, spéciale dédicace à Nostromo qui a fait du Nostromo que l’on aime et c’était bonnard de les voir devant une salle bien remplie, complice et motivée après les deux concerts disons, intimistes, que j’ai pu faire depuis leur réformation.

  • Temple

La Temple est un peu le refuge du mauvais goût. La popularité de certains trucs folkish me laisse perplexe mais il faut de tout pour faire un monde, y compris des goûts de chiotte. Alors, j’ai noté avoir vu Dark Funeral mais je ne m’en souviens déjà plus et ne suis plus certain d’y avoir assisté donc je m’excuse auprès des familles. Hetroertzen, c’est un peu pareil mais c’était le matin donc c’est moins grave. Je suis retourné voir sur Youtube et ça m’est revenu. Beaucoup de décorum, encore, y aurait-il quelque chose à cacher ? Hierophant aussi ne lésine pas sur le maquillage pour leur war deathmetal blackened ce-que-tu-veux qui m’a bien scotché, sauf que j’ai appris après coup que ce groupe vient du hardcore vaguement « post ». Leur virage death date de quelques années mais le délire fringues trve evil, maquillage dégueu et grimaces, c’est nouveau. Marrant. Allez, deuxième tour au merch, on ventile et on boit frais.

Pas besoin de tout ce merdier chez Belenos qui pose son black solennel pagan sans rien sur la figure ni sur la scène, sans vielle à roue ardéchoise ni trompette mongole. Cette sobriété nous montre qu’un autre monde est possible sous la tente. J’attendais beaucoup de voir enfin les fameux Gorgoroth et suis parti au bout de trois morceaux, frappé du syndrome, déjà vu ci-dessus, du bourrin non violent. Mais comme je ne veux pas me fâcher avec Nicko, je vais dire que c’était hyper bien et que leurs clous étaient très brillants. On termine avec ce jeune groupe de vieux, autrement dit Vallenfyre a.k.a. cette fois-ci Strigoi. C’est passé comme une lettre à la poste, sur le moment. Du death doomesque, on n’en voit pas tant que ça et Mackintosh connaît la chanson (même s’il avait manifestement les paroles écrites sur des feuilles planquées derrière les retours).

  • Warzone

A la Warzone, c’est Noël tous les jours. Que du bon ou presque, à défaut d’originalité, en brassant beaucoup de styles. Le public marcel-casquette a révisé ses katas et est prêt à en découdre. Si tu voulais du pit de dingue, c’est là qu’il fallait venir. Pas facile de faire un report de cette scène tant les groupes sont différents, à commencer par Ludwig von 88 qui m’a valu la première transpiration du week-end (et sans doute le premier coup de mou après une demi-journée de boulot puis une autre de bagnole). J’ai chanté toutes les paroles, comme d’habitude et on s’est bien amusé là-bas devant. Toujours dans le punk pas trop hardcore : Rancid. Je connais très mal mais c’était impeccable. Du bon punk que l’on croirait de Birmingham alors que c’est californien. Je sais tout le mal que l’on dit d’eux mais c’est assez injuste, en live en tout cas, avec cette pointe mélodique dosée au poil et des vocalistes qui sentent la street et la bière chaude. Dans le genre mélodique pas au poil, The Ghost Inside, dernier concert du fest face à Spliknot qui ne m’a guère emballé. Certains refrains sont dégueulasses (et dignes de Slipknot, tiens).

Heureusement il y avait aussi du hardcore bien chanmé, et même du beatdown super bas-du-front avec les Suisses de Paleface. Je les ai laissés me masser le cortex, tranquillement assis sur mon postérieur. Chanteur peroxydé toujours, avec Stray From the Path qui développe un hardcore rappé assez convaincant et presque pas cringe. Pas mal de bla-bla entre les morceaux, circle pit et compagnie mais on a bien rigolé. Pro-Pain, ça m’a soulé, un peu pataud, alors que si on voulait du méchant, il y avait End. On était sous la pluie et le type n’a cessé de dire qu’on était des baiseurs de maman et qu’il fallait arrêter de le foutre en rogne. Ce n’est pas très sympa mais ils tournent avec Full of Hell, ça a dû leur couper quelques connexions neuronales. J’exagère, allez, il a fini par nous dire que c’était gentil d’être là à mosher sous la flotte, tous ces MF words étaient sans doute pour les babtous fragiles de la Valley.

Violence encore mais pas tout à fait la même : Zulu, metalcore/powerviolence infusé aux samples soul et au militantisme noir. Groupe constitué de très jeunes noirs, donc, de L.A., ils ont bien cassé la Warzone malgré les gimmicks un peu éculés de la PV. Note que le guitariste a un tatouage ET un pendentif Van Halen ET un t-shirt Wasp. Et ça, c’était cool. Ils ont dû jouer quinze minutes sur le créneau de trente et ça, c’est aussi très cool. J’ai dit que ce groupe était cool ?

Mais la grosse claquasse surprise, la voici la voilà, ce fut Eyes, groupe de hardcore danois qui se retrouve propulsé sur la Warzone pour cause d’annulation de Mindforce, alors qu’ils devaient jouer sur la minuscule Hellstage où on passe plutôt des groupes rigolos comme Vinrouge (génies !) et autres machins exotiques. Punaise, la chance qu’on a eue parce que, sérieusement, qui bouge son cul à la Hellstage en journée ? C’était incroyable. Je sortais du concert de Crowbar qui avait enfin réussi à faire venir un peu de pluie après des heures de cagnard atroce. Tout le monde a eu un coup de frais et une furieuse envie de mosher sur ce hardcore tel qu’on le faisait au tournant du siècle et que j’aime beaucoup beaucoup beaucoup. Charisme complètement pété des jeunes musiciens qui paraissent tout droit sortis d’une B.D. alterno, mention spéciale au vocaliste qui, avec son bermuda court et sa chemise longue, sort sans forcer des beuglantes cathartiques en tirant des grimaces et des poses pas possibles. Un vrai Charlie Chaplin, le mec. Sinon, tu as le grand balaise, le nerd à lunettes, le gars aux cheveux longs. Toute la panoplie du lycée. Bien sûr, ils ont vécu leur meilleure vie durant ce concert inattendu mais encore fallait-il l’assurer et porter ses cojones. Non, sans déconner, si tu aimes le hardcore, il y a un bandcamp tout chaud qui t’attend. De très loin ma meilleure découverte du festival.

  • Valley

La Valley, c’est un peu la scène de la sieste, celle où tu viens te poser dans le coin opposé, là-haut à droite, histoire de récupérer tout en ayant vue sur la scène et l’écran. L’herbe est encore clairsemée avec toujours un caillou pour te rogner les côtes mais avec le temps, ça devrait s’améliorer. Bien entendu, quand il pleut c’est désert puisque tout le monde s’est réfugié sous les tentes. En plus, on ne peut pas mosher pour évaporer un peu, ce n’est pas le style de la maison.

J’ai donc fait de très bonnes siestes et détendu mes articulations sur Bongripper (massif), Weedeater (toujours aussi déglingué), Greg Puciato (toujours plus pop), King Buffalo (m’en souviens plus), Earthless (à défaut de Hendrix) et The Obsessed (Wino, oui, non).

Il faut admettre que je ne suis pas le meilleur client du style Roadburn en live. Chez moi, ok, mais en concert j’ai envie de bouger et de transpirer comme un Kevin hyperactif. Mais pour le tourner dans le bon sens, le concert d’Earthless fut de loin mon préféré du groupe. Allongé dans l’herbe, même cramée au soleil, c’est cent fois mieux que dans une salle où tu ne sais même pas ce que tu fais debout. Pourquoi tous ces concerts de trucs lents et/ou calmes doivent-ils être écoutés debout ? ça n’a aucun sens.

Monster Magnet, je suis resté quelques titres parce que je m’ennuyais et ce n’était plus l’heure de la sieste. Beaucoup de gens ont salué ce concert donc il devait être très bon. Je laisserai donc Raven me réexpliquer gentiment pourquoi je devrais y jeter une nouvelle oreille, n’est-ce pas ? Empire State Bastard, Nicko en parlera mieux que moi, lui que j’ai retrouvé là-bas « par hasard » (l’appeau à Gutsien Dave Lombardo est à la batterie), stoïque sous la pluie, tel un bénédictin de metal sur qui les éléments n’ont aucune emprise, sans besoin d’un poncho de festivalier fragile. Putain, c’était presque plus beau que ce concert de musique, disons pattonienne, avec Lombardo qui a fait des PAINS. Oui madame, ça a patiné dans la semoule une fois ou deux et ça aussi, c’était incroyable. Peut-être va-t-il falloir arrêter de se disperser, señor Lombardo, que l’on ne voit désormais jamais deux fois avec le même groupe.

J’ai aussi enfin vu Crowbar ! Kirk était vraiment en vacances et a déroulé les tubes sans forcer en début d’après-midi. Comme je sais que tu ne lis pas ce report interminable en entier, jeune Gutsien, je peux redire ici qu’il a même fait tomber la pluie sur nos visages meurtris par le soleil grâce au pouvoir du voodoo louisianais et des tonnes de viande sacrifiées dans les paillottes du festival. Sur le fond, c’était bien mais pas top, comme un concert de Crowbar que tu vois vingt ans trop tard. Des classiques, bonne ambiance, Kirk qui fait des blagues sur sa vue qui baisse et sa barbe qui s’allonge. Voilà, il fait le job mais ça ne sent plus trop le souffre, comme les derniers concerts de Eyehategod. Melvins a été mon dernier vrai concert du fest et c’était juste parfait. Ils ne changent pas et ne changeront jamais. Toujours un bon plan.

En revanche, et ce sera le mot de la fin, il faut qu’on parle d’un truc. Botch était là. Personne ne connaissait ou presque mais je me suis trouvé un co-fan pour communier devant. C’était grand. Son PARFAIT dès la première seconde, ce qui est un miracle en festival. Exécution PARFAITE avec seulement quatre mecs et une seule guitare, c’est toujours aussi bluffant. Ils ont joué Afghamistan et j’ai cru m’effondrer de bonheur et de mélancolie mêlées. Tout en tension résolue pile au bon moment, ils nous ont achevés avec Hives et montré que les quinze trains d’avance qu’ils avaient, personne ne les a remontés. J’attendais avec tellement d’impatience le revival du hardcore que j’aime avec des jeunes loups comme Eyes et des grands anciens comme Botch. On y est, bordel, on y est !

Voilà pour le volet musical et les roses distribuées par un Dime en poncho casquette. Maintenant, sortez les gants, ça va piquer. Parce qu’au Hellfest, la vraie tête d’affiche, ce n’est pas Bruce Dickinson ou Buzz Osborne mais le Hellfest lui-même.

  • Allez, viens râler

Les groupes viennent promouvoir le festival et non l’inverse. Le Sanctuary, énorme bâtiment néo-gréco-satano-facho dédié au merch du festival dont la file d’attente délirante ne désemplit pas avant rupture des stocks, laisse sans voix. Le merch des groupes est relégué sur le côté, dans une petite tente suffocante où il vaut mieux savoir ce que tu veux afin de ne pas décéder avant la sortie. Pas un centimètre de libre entre les t-shirts dans cet espace réduit dont la moitié est occupée de manière permanente par les têtes d’affiche de la Mainstage. Dehors, le festivalier lambda s’en moque puisqu’il est sapé Hellfest des pieds à la tête et le festivalier lambda-sup a le tatouage du logo encré quelque part. Yeah, la grande famille du metal, marquée comme le bétail. J’en connais qui ont bien cerné le besoin grégaire de l’homo sapiens en général et du métalleux en particulier. Ils ont bâti un « kult » autour du festival, un sentiment d’appartenance à un évènement, à un groupe, à une cause. Laquelle ? Bonne question. Lemmy ? Le metalleux ne vaut pas mieux que le chrétien, avec ses idoles, ses reliques et sa vénération de la Croix. Et une certaine pensée unique.

Faussement alternatif, le festival est l’expression d’un conformisme capitaliste décomplexé et de nombreux festivaliers approuvent, achètent leur billet derechef et font trois heures de queue au Sanctuary plutôt que d’aller voir des concerts. La presse locale est aussi dithyrambique mais parle gros sous plutôt que musique, rappelant que le festival est d’abord un robinet à millions pour Clisson. Désormais, ce n’est plus Christine Boutin qui lui court après mais le procureur de la République, gage d'une certaine réussite. Mais, après tout, si le metal a permis à autant de gens d’exprimer tous les tabous et interdits possibles, il l’a toujours fait dans un enrobage uniforme de t-shirt noirs fabriqués au Bangladesh et de maquillages testés sur des singes. À peine né, déjà dévoyé, tu connais le sort réservé à tous les mouvements alternatifs.

Il faut bien que les groupes rassemblent, vendent, tournent et que les festoches rentrent dans leurs frais et soient récompensés d’un investissement physique, mental et financier qu’il est facile de critiquer de son hamac. Néanmoins, il n’est pas très sain d’exciter de manière aussi intense et éhontée les pulsions consuméristes du festivalier moyen. Le curseur de l’exploitation de l’imagerie Hell à toutes les sauces pour vendre des casquettes et faire vivre le Super U, où tu peux acheter ta Hell-confiture en tête de gondole, est poussé très loin et rejette ceux qui cherchent une expérience singulière, une ambiance, un esprit et qui finissent par se dire : « le Hellfest, c’est les autres ». On perd ce sentiment d’être ailleurs, hors du quotidien, avec quelques cinglés qui aiment les musiques bizarres. Plus rien ne dépasse et tu peux tout à fait y croiser Monique de la compta ou ton voisin fan de U2 qui va cracher ses heures sup au Sanctuary.

Les rares démonstrations extramusicales sont anecdotiques ou d’une beauferie inimaginable, surtout après les polémiques dont le festival s’est un peu lavé les mains. Sérieusement, encore des filles en bikini qui crachent du feu en 2023 ? Cela vaut bien le coup de fonder la Hellwatch censée surveiller et prévenir les agressions sexistes et sexuelles (je les ai croisés, une fois, #metoowashing). Tout cela, alors même que la proportion de femmes dans le public est clairement à la hausse, seul remède contre les représentations biaisées sur le genre dans la musique. Ailleurs, dans un certain festival en République tchèque il y avait, déjà, beaucoup de femmes, mais aussi des expos photos, un ciné avec des films bizarres, un club avec des canapés profonds et du dark ambient. Un parfum d’underground malgré les impératifs commerciaux. À Clisson, on attend juste une nouvelle statue à plusieurs millions. Rends l’argent !

Dans cet évènement plus du tout subversif qui banalise une imagerie metal ringarde comme Marine Le Pen a banalisé le FN, l’amateur éclectique de musique extrême trouvera quand même son bonheur avec un panel de groupes petits et gros qui agrémentent un excellent week-end. Eh oui, du point de vue musical, faisant fi de tout le contexte, c’est vraiment la fête et il n’y a pas beaucoup d’évènements où tu peux déguster un jeune groupe de blackened death au petit déj’, mosher dans le pit à 13 h et te caler une sieste devant du stoner à 15 h. Cela dit, même en sachant m’accommoder des défauts du festival, je n’y avais pas remis les pieds depuis de nombreuses années en raison du problème majeur de la pression sur la billetterie et de la hausse galopante du prix du billet fondé, en partie, sur le cachet des groupes. Si tu viens pour les Mainstages et que tu campes devant à partir du milieu d’après-midi, un pass à 340 euros demeure un bon plan. En revanche, si tu viens pour Melvins ou Today Is the Day, c’est totalement disproportionné. Imagine, tu viens en couple avec tes deux gamins (demi-tarif de…6 à 16 ans) pour leur faire découvrir The Obsessed, en bon boomer que tu es, c’est 1 000 balles, rien que pour les places.

La hausse des tarifs concerne tous les festivals mais le Hellfest se situait dans une branche tarifaire déjà haute. Ce problème est connu et s’aggravera encore, sauf à réduire le niveau de notoriété des groupes donc des entreprises de management qui s’enrichissent sur leur dos et sur celui des festivaliers. C’est un choix politique qu’ils ne feront sans doute pas et, si l’on est mécontent ou fauché ou les deux, d’autres festivals existent en France et en Europe et le Hellfest ne te regrettera pas.

Mots clés : Hellfest, Festival et Concerts

Dernière mise à jour du document : dimanche 6 août 2023

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