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THE YOUNG GODS - Interview avec Franz Treichler, le 9 Octobre 2009

par Dariev Stands › jeudi 3 décembre 2009


Style(s) : indus / rock

A l'occasion de leur passage au superbe Theatre Denis de Hyères, nous avons pu réaliser une interview de Franz Treichler, chanteur et leader des Young Gods, groupe suisse d'indus/rock, venu pour jouer ce soir en acoustique, que les amateurs connaissent bien. Un Franz détendu et jovial, dispo pour aborder tous les sujets durant une bonne heure... Rarement fait une interview aussi simple et agréable, moi.

Bonjour ! La tournée se passe bien ?

Oui. On fait beaucoup d’allez-retour, pour en moyenne 3 concerts par semaine… essentiellement la France. On arrive un petit peu à la fin de cette période acoustique.

Vous ne pensez pas continuer après ?

On va garder le projet mais on va le mettre de côté. On fait encore quelques dates en en mars, y’a plein d’endroits où on voulait jouer et ou on avait pas pu aller… essentiellement en Suisse. En France, on a fait je crois une quarantaine de dates, c’est beaucoup. On en avait jamais fait autant sur un album. Mais c’est aussi parce qu’il y a plein d’endroits qu’on voulait faire en version électrique mais c’était souvent pas adapté… Là on a vraiment joué dans des toutes petites salles, car ce projet le permettait.

Quel bilan tirer de cet essai complètement acoustique, comment est venue l'idée, différences de public ? etc).

Le bilan est positif, ça nous a permis d’ouvrir notre musique à d’autres gens. Régulièrement quand même, j’ai des commentaires de gens qui ne nous connaissaient pas, qui sont justement venus parce que c’était un peu moins le mur du son, et qui font le chemin inverse : ça leur ouvre la porte pour écouter les autres albums. Ça c’est l’un des points positifs par rapport au bilan, mais il y a aussi au niveau musical : ça a été super intéressant pour nous de faire ça : ça nous a refamiliarisé avec les instruments… Avant les Young Gods j’étais guitariste, j’avais abandonné l’instrument il y a une bonne quizaine d’années pour me concentrer sur le chant… Idem pour Alain avec les samplers et les claviers. Donc là on s’est remis aux guitares, ça développe une autre écoute.. Moi ça m’a aussi beaucoup permis d’avoir plus d’espace pour placer la voix, et ça c’est très agréable. Le registre est plus large, il y a une échelle de dynamique beaucoup plus grande, justement parce qu’il n’y a pas le mur du son. Et ça, c’est l’un des points super positifs de cette expérience.

Au niveau de la genèse du projet, c’est arrivé un petit peu par hasard, c’était à la base une commande d’un magazine Zurichois qui faisait un numéro spécial et qui nous a demandé si on était d’accord de faire un événementiel pour la sortie du numéro… c’était leur idée à la base. On avait quelques morceaux à notre actif, 3-4 maximum, qu’on faisait de temps en temps en rappel ou pour les radios ; et puis on s’est dit : allez, autant en faire 5 ou 6, ça va être sympa... C’est ce qu’on a fait et on s’est pris au jeu. Du coup on a tourné en Suisse, bien avant que l’album sorte, pour une vingtaine de dates en décembre 2006, pour les concerts de fin d’année… Et on s’est dit mais ça serai trop bête de pas avoir une trace de ça, enregistrons les concerts, etc etc, et après ça a fait boule de neige…

Puis après l’album… la tournée de l’album…

Ben quand on a enregistrer les concerts on s’est dit que c’était dommage de pas enregistrer en studio, parce que en concert t’as pa la définition de tous les instruments acoustiques séparés, alors ona fait un essaie en studio et on s’est dit : « ouais ben, sortons un album »… Et entre temps on avait Super Ready à sortir, en 2007, et Knock on wood a été enregistré parallèlement. Fin 2007, après la tournée Super Ready, on a commencé à en préparer la sortie…

Et du coup je me retrouve à aller à votre concert de ce soir avec ma copine, qui n'aime pas l'indus, mais qui a adoré votre album acoustique...

Les parents, les copines… hier soir quelqu’un nous a encore dit « c’est la première fois que je viens vous voir, ma copine n’est pas tellement rock d’habitude » etc… elle était ravie, donc tant mieux : ça ouvre la porte et après on verra ce que ça donne. Je te dirait que c’est un projet qu’on aimerai garder mais plutôt … ciblé. Parce qu’on a vraiment bien tourné, donc on a maintenant envie de mélanger ce qu’on appris avec ce projet avec quelque chose de plus rock, de plus électronique aussi… et d’intégrer l’acoustique de manière plus ciblée.

Par rapport à cette histoire de langage… D’où vous viens cette indécision qu’on retrouve tout au long de votre carrière ? Vous refusez de choisir une langue en particulier et de vous y tenir… Vous naviguez entre le français et l’anglais. J’ai été étonné par exemple de pas trouver de morceau en allemand, à part sur le tribute à Kurt Weil. Et puis il y a aussi le titre de votre dernier album, Super Ready/Fragmenté, c’est très schizophrénique comme titre…

C’est assez simple. Au début, ça ne m’était pas naturel de chanter autre chose que du français car non seulement je ne maîtrisais pas très bien l’anglais, mais je m’adressai à mon entourage proche, vu que je débutais. Ça ne me venait pas à l’idée de chanter en anglais les premiers concerts qu’on faisait. Donc les premiers albums sont en français. j’avais aussi envie de développer un langage en français, langue que je maîtrise mieux, et qui est peut être plus difficile que l’anglais, puisque la tradition musicale anglophone nous a beaucoup influencé…, j’ai grandi avec. Et puis les références du début des années 80 dans la tradition française étaient beaucoup plus proches de la variété, donc le français était plus difficile, mais ça m’a justement donné envie d’essayer. Mais globalement tu écris dans la langue dans laquelle tu penses. Donc les 2 premiers albums sont écris en français. L’allemand, c’est venu avec le troisième (Plays Kurt Weil) parce que c’était des chansons qui étaient déjà écrites en allemand. L’Allemand pour moi c’est la langue la plus difficile. J’ai un peu voyagé et je maîtrise mieux l’Anglais que l’Allemand. Mais c’est une langue que j’aime bien et c’est vrai qu’en Suisse on apprend l’Allemand classique à l’école, mais ce qu’on parle couramment c’est un dialecte suisse allemanique qui change de département en département, qui est très difficile à comprendre pour les Allemands. Donc paradoxalement on apprend l’Allemand sans pouvoir vraiment le parler. Mais pour Plays Kurt Weil c’était facile : pas besoin de pondre des textes en Allemand… Car c’est pas un truc qui me vient à l’esprit, même si j’aime bien l’Allemand pour certains mots, c’est une langue qui a sa propre subtilité. Mais je ne me vois pas écrire en allemand. Je pense qui j’habitais en Allemagne ça serait une autre histoire. Car après ces 3 premiers albums, on a commencé à beaucoup tourner à l’étranger. On est pas mal restés en Angleterre, puis aux USA, et du coup ça devenait quelque chose de très exotique de chanter exclusivement en français ou en allemand devant un public anglophone. Petit à petit, en étant sur place, les idées me sont venues en Anglais. Mes idées de chansons viennent de choses assez quotidiennes, ça peut-être quelque chose que j’ai entendu dans une conversation, ou à la télé… Dans un environnement anglophone, après 2 3 mois, je commençai aussi à penser en Anglais… Donc, pour TV Sky, le quatrième album, j’avais envie de faire quelque chose de plus ouvert sur l’international, que les gens puissent capter quelques mots n’importe où dans le monde, puis s’identifier. Ça nous a aussi ouvert une porte par rapport à des pays comme l’Australie, où on n’aurait jamais pu aller si on était restés à chanter en français… Faut aussi remettre ça dans le contexte des années 80-90… Maintenant il y a des groupes comme Rammstein, par exemple, même si à l’époque Neubauten faisait quand même des tournées sérieuses aux USA et au Japon en chantant en allemand. Mais … c’est du cas par cas. Tu vois, par exemple, nous, on n’a jamais eu de problème en Angleterre avec le fait de chanter en français. On a toujours eu un sacré public, surtout au début, ça ne posait aucun problème.

Et aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis c’était un peu plus dur effectivement de chanter en français, on se rendait compte qu’il y avait vraiment une distance.

Je vous demande ça car franchement quand j’ai entendu parler de vous pour la première fois, vers la fin des années 90, je croyais dur comme fer que vous étiez ricains. C’était l’époque de Matrix, avec la fameuse BO, et j’associai l’indus à l’Amérique… J’ai été très surpris de me rendre compte que vous étiez Suisses ! Et alors quand j’ai acheté le 33 tours de L’eau rouge, j’ai vu les paroles en français à coté des paroles en anglais dans l’insert, et mon réflexe a été de me dire « tiens, ils sont sympas ces gens-là, ils ont mis une traduction pour les francophones ! ». Et quand j’ai mis l’album, je suis tombé des nues, c’était chanté en français ! Quel regard portez vous sur vos anciens albums, et l’Eau Rouge en particulier, et duquel êtes vous le plus fiers ?

Non mais moi je suis très fier de tout le parcours, si on veut surtout parler de fierté… c’est ça. Je suis content… il n’y a pas d’album en particulier, non…. (silence) Non, je sais pas, il y a une espèce d’urgence que j’aime beaucoup dans le premier… Ils ont tous un truc, leur truc. Je crois qu’Only Heaven est réussi car on recherchait quelque chose de plus en plus organique, le premier est très organique aussi, car on avait un excellent batteur live, qui n’a joué que sur celui-là. L’Eau Rouge est très programmé. Il est très mis en place, c’est pour ça qu’il a un son aussi tranchant. Idem pour Kurt Weil. Ensuite on a commencé à procéder différemment avec les batteries… Les machines aussi, sont devenues toujours plus flexibles, à l’époque de TV Sky. Non, je les aime tous… Il y aussi Second Nature, qui est passé un peu plus inaperçu, qui est très électronique…

Vous avez un peu commencé à surprendre à ce moment-là…

En fait un des buts qu’on a toujours eu inconsciemment c’était d’essayer autre chose dès qu’on commençait à avoir une formule. Tu vois le sampling au début c’était vraiment la découverte, donc tout était intéressant, c’est pour ça que sur les 2-3 premiers albums, chaque chanson est un petit monde sonore en soi, tu avais un morceau plutôt classique, ou heavy metal, ou Charlotte, qui est très cabaret… Tout était mélangé d’un morceau à l’autre, chaque titre était un monde en soi. C’est pour ça qu’avec TV Sky, on s’est dit un peu «  on va faire un album avec une unité de son ». Pas un concept album, mais un album plus rock années 70, avec une touche des années 90 au niveau de la production. Après, avec Only Heaven, on a essayé d’aller encore plus loin dans le côté céleste, planant, mais quand même très rock… Et après les guitares étaient presque devenues aussi un cliché, donc on s’est dit « essayons de faire un album ou y’a très très peu de guitares », et puis c’était aussi l’époque ou tous les logiciels, et les plug-ins apparaissaient, tout ça…

A la même époque que Radiohead d’ailleurs… Paradigme.

Voilà. Les choses devenaient plus électroniques, donc on a essayé de se débrouiller avec ça. Après, il y a eu un album ambient, car on avait cette envie de sortir du langage, du texte. Puis retour au rock avec Super Ready. J’aime beaucoup cet album, je le trouve très rock mais très riche au niveau des idées. Puis après l’acoustique… Mais j’ai pas d’album préféré, honnêtement.

Est-ce qu’un artiste en particulier vous a inspirés pour ce virage acoustique ? Votre démarche m’a fait penser à celle d’un autre groupe connus habituellement pour être assez électrique et bruyant, c’est Oxbow…

Euh, avec Eugene….

Robinson.

Alors je ne savais qu’ils avaient fait ça, c’est quoi le disque ?

Ah, je sais plus, c’est Oxbow Love Orchestra, un truc comme ça, c’est pas Oxbow tout court, ça rentre pas dans leur discographie officielle, pour eux. Ils ont un peu pris des pincettes. (rires) Mais on a eu un peu la même réaction qu’avec vous : « quoi, eux, avec tout le boucan qu’ils font ? »

Ça m’intéresse, en tout cas… Alors qui nous aurait inspiré pour faire ça ?… Je ne sais pas.

Vous n’avez pas de modèles en ce qui concerne l’acoustique, par exemple ?

Non, mais il y a des choses que j’aime bien, par exemple Cocorosie ou Joanna Newsom, ce genre de foldingues ! Mais c’est pas la même démarche non plus. Je suis pas très très songwriter à la base, mais c’est vrai que c’est plutôt le son qui me fascine et qui me donne des idées vocales. Avec les morceaux qui existaient, faire ce chemin-là, ça fait ressortir la qualité de chansons qu’il y avait dans certains titres, justement, alors que pour d’autres c’était très difficile de les faire en acoustique. On a essayé sur certains morceaux, on y est pas arrivés.

En tout cas, certains titres passent vraiment très bien…

Our House, par exemple, c’est une version très différente, mais l’essence même du truc est là. Mais c’est vrai que c’est bien loin de l’original (rires).

Ça peut paraître étonnant que vous repreniez Freedom de Richie Havens… Je sais qu’on vous a déjà posé cette question, alors je vais la poser différemment : S’il y a une chanson reliée à un lieu et un moment donné de l’histoire, c’est bien celle-là. Quel sens vous lui donnez en 2009, dans le contexte actuel, et que représente Woodstock pour vous ?

Woodstock.. Moi je suis né en 61 donc j’avais 8 ans quand le festival s’est passé, mais j’ai vu le film vers mes 12 ans, et je me rappelle que mon frère avait amené le vynile, et c’est quelque chose qui m’a marqué… Cette espèce d’anticonformisme, le fait de voir que c’est possible de vivre autrement… Ce genre de références, quand t’as 10, 11 ou 12 ans, voir que y’a autre chose qui est possible, moi ça m’a marqué. Je pense que c’est une des raisons sérieuses (même si il y en a d’autres) qui m’ont donné envie de faire de la musique. Le fait de voir tous ces gens sur scène, l’implication qu’ils ont dans leur musique, et aussi les hippies : cet espèce d’engouement, de rassemblement… y’a un truc politique, y’a de la concertation, de la prise de conscience… Pour moi c’était vraiment l’ouverture, par rapport à mon environnement proche, qui était une petite ville suisse très catholique. Donc la musique des années 60, début 70, de cette période-là, ça m’a beaucoup ouvert l’esprit. Donc Freedom symbolise un petit peu ça. C’est clair que c’est comme une espèce de chant de rassemblement, la liberté… On a envie de se péter la gueule, on se pète la gueule… Tout le monde se respecte, s’assume… Il y a eu très très peu de violences, je crois qu’il y a eu un mort, écrasé ou tombé de la scène… Tu vois, c’est quasiment incroyable, vu le nombre de personnes… Après, quant à ta question sur le contexte actuel… Je pense que c’est quelque chose qu’il ne faut pas oublier, c’est un repère quand même, et pour nous c’était une manière d’y rendre hommage. On aime cette chanson, qui a été improvisée sur la scène de woodstock, et on trouvait qu’elle résumait bien les valeurs de cet évènement… ça a été important pour moi quand j’étais jeune, la culture hippie, tout ça… même si en Europe ça a pas mal dérivé après quand on a eu les babas cools (rires)… Quant à savoir comment on a eu l’idée de reprendre Freedom, c’est venu d’une commande de la ville de Genève pour la fête de la musique, on a joué dans un grand parc, et on s’est dit que ça collait tout à fait à l’évènement, puisqu’il y a l’idée de concert gratuit aussi… Depuis on a monté un projet Woodstock, où on reprend et remixe en concert des chansons du festival, on le fait de temps en temps depuis. Mais c'est pas juste des reprises, on modifie pas mal les morceaux, seul « Freedom » est repris à peu près de la même façons, pour les autres, on remixe par-dessus... C’est un projet un peu dada… c’est une relecture en forme d’hommage. On montre qu’on aime beaucoup ça, mais il y a aussi des remixes techno de Ten Years After, où tu vois Alvin Lee à l’écran mais la musique est différente, il y a du mash-up… Pleins de cas de figure. On le refait le 05 décembre à Paris, à la Cité de la Musique de la Vilette, d’ailleurs. Et il y aura Richie Havens avec son trio… ça sera une sorte d’anniversaire, pour les 40 ans, avec une version vue par le maestro lui-même et puis par… on va pas dire des petits jeunes (rires), mais une vision plus contemporaine de la chose. Voilà, je ne sais pas si j’ai bien répondu à ta question…

Oui.

Attend, non en fait j’ai pas répondu à tout : par rapport au contexte actuel, moi, je pense que la chanson à encore un sens. Je ne fais pas partie de ces gens qui ont un cynisme par rapport à ça. Parce que c’est vrai qu’on en a entendu tellement sur Mai 68, qui finalement n’aurait en rien du tout changé le monde… C’est un espèce de cynisme avec lequel je ne suis pas du tout d’accord. Je pense que s’il n’y avait pas eu ces évènements de 68/69, on n’en serait pas là on en est maintenant. On aurait encore moins de libertés. Les gens oublient que c’est grâce à cette période-là qu’on a pu faire beaucoup de progrès. C’étaient des pionniers, et je pense que c’est important maintenant de revoir ce film. D’abord parce que c’est un beau film, c’est quand même Scorcese qui a fait le montage. Et Au delà de l’interprétation musicale, ce qui est très très beau de voir ce sont les tranches de vies du festival. Par moments il y a des zooms arrière où tu vois la foule, cette espèce de tableau pointilliste… Et puis il y a un truc bizarre qu’on remarque dans ce festival : il n’y a pas une seule pub, pas un seul sponsor, rien du tout, ça fait du bien, tu vois ce que je veux dire… Tout est encore à l’état vierge. Bon, c’est une anecdote, mais c’est quand même bien de le souligner.

Toujours dans les projets parralèles, étant un groupe un peu à part, avez vous des collaborations en vue ?

Pas spécialement, il y a Serge de Noir Désir, avec qui on s'entend très bien avec qui j'aimerai beaucoup collaborer... Avec tout le groupe, même. on les a connus en 89, et on s'est beaucoup beaucoup croisés depuis, sur des tournées, etc... Régulièrement. En français, il y a aussi Bashung, j'aurai vraiment aimé pouvoir collaborer avec lui, ça devait se faire sur son album Novice, où il avait invité Blixa Bargeld, et finalement on était pas disponibles... Bon, et puis évidemment il y a pleins de groupes étrangers qu'on admire, sans forcément avoir envie de collaborer : Radiohead, par exemple, j'achète sans regarder... Idem pour Neubauten.

Parce que, au final, vous êtes pas forcément très entourés, au niveau de la scène suisse, quand on y pense, est-ce que c'est un atout ou un inconvénient de venir de la-bas ?

Eh bien... Je dirai que c'est plutôt un avantage, car la Suisse est vraiment au centre, on est à la fois proches de l'Italie, de l'Allemagne, de la France... Et puis il y a aussi une relative aisance financière, qui permet de créer plus facilement, mais en dehors de ça, y'a pas vraiment un son suisse, je dirai que justement notre particularité, c'est d'avoir des groupes qui mélangent les styles. Bien sur il y a les anciens, comme Celtic Frost, qui déjà ont apporté des éléments étrangers au métal, puis certains groupes récents qu'on aime beaucoup... Sinner DC, Knut...C'est très éclaté, il n'y a vraiment pas de scène particulière... Yello, aussi, je sais pas si tu connais, c'est un groupe pop assez ancien mais très inclassable...

Oui, je connais. Il y avait Alboth, aussi... Du coup, est ce que vous vous sentez seuls, musicalement ?

On a jamais fait partie d'une scène, mais on se sent quand même proches de Neubauten, dont a fait les premières parties à nos débuts... Le fait qu'ils soient là a compté pour nous.

Et au passage, avez vous des chouchous dans la scène indus ?

En fait on est pas mal resté sur l'indus de cette époque-là, même si on a suivi les carrières de ces artistes jusqu'à maintenant... On aime beaucoup Foetus, en plus on le connait bien; et puis encore une fois, Neubauten, qu'on a toujours suivi, les derniers albums sont super d'ailleurs.

Donc là, le futur pour vous, c'est retourner en studio pour le prochain album ?

Oui, c'est vraiment notre objectif pour 2010... Dans ce processus pour le prochain album, on va essayer de se recentrer, de faire un disque de pur Young Gods, point barre. On va laisser tomber les collaborations pendant 6-8 mois. On a une proposition pour faire un truc avec Kurtstuder, un groupe de suisses français barjos qui viennent de la scène free-jazz expérimental… On a bien envie de dire oui, ça pourrait être assez marrant. De temps en temps, pour des projets qui ne sont pas trop lourds en termes de temps, on le fait. On a fait une musique de film cette année aussi… ça dépend. Mais là c’est vrai qu’on a envie de se recentrer : finir notre album, et puis après, éventuellement, faire des collaborations.

Vous savez déjà quelle couleur aura l’album, ou c’est top secret ?

Oui, ça va être un peu plus hybride. Il y aura un retour au sampling, au rock, donc aux machines, mais mélangés avec les instruments acoustiques. Ça sera plus varié, je dirai , que Super Ready. Voilà, en gros, la direction.

Justement, en parlant du futur, après une si longue carrière, reste-il des thèmes porteurs pour la suite ?

Des thèmes porteurs… Je pense que c’est un peu toujours les mêmes. Mais c’est vrai qu’ils évoluent avec l’age, qu’il y a moins de… comment dire…

Ou pour tourner la question différemment, vous sentez-vous apaisés ?

Je pense qu’avec le temps tu apprend simplement à dealer avec tes contradictions… Apaisés, je ne sais pas. Y’a des moments ou tu deale mieux que d’autres, bien sur, mais grosso modo, le fait de vivre ce que j’avais envie de vivre, ça m’a mis en confiance par rapport à mes limites. Avant j’étais plus dans la tourmente, j’étais beaucoup plus autiste. Je pense à l’époque des 3 premiers albums. Rien que le fait de tourner avec des gens, de passer des heures dans un minibus, ça m’a terriblement socialisé… T’es obligé d’arrondir tes angles. Avec le temps tu t’acceptes tel que tu es, même s’il y a des côtés de toi que t’aimerai changer et que t’y arrives pas… Mais il y a moins de drame. C’est par périodes, et je remarque aussi ça dans la musique : dans les 2 ou 3 premiers albums il y a cette urgence et cette jeunesse, que j’adore, mais c’est vrai qu’il y a peut être aussi un côté théâtral et dramatique qu’il y a moins maintenant. Et ça me conviens car c’est plus en accord avec ce que je suis maintenant. Ça correspond et puis c’est comme ça. Certains peuvent préférer le côté « opératique », des chansons comme L’Amourir, très intenses, et que je trouve réussies, mais qui seraient plus difficiles à jouer maintenant car j’ai évolué différemment. Il y a plus de distance, ce qui ne veut pas dire moins d’implication. Je pense que c’est une histoire de caractère… Mais il ce qui est bien avec les gods, c'est qu’il y a toujours un truc qui vient des tripes, des tripes et du cœur. C’est un mélange de tripes, de recherche d’un langage qui parle directement à ça… Une poésie qui vient du mélange des sons et des mots… Et avec ça, tu peux aller très loin, même si c’est pas facile à maîtriser, même après 24 ans d’expérience. T’as toujours besoin de remettre les compteurs à zéro à chaque fois que tu recommences. Et c’est tant mieux, car il n’y a pas de formule. Pour trouver une bonne chanson t’es obligé de tâtonner, tu sais pas trop d’où ça vient. Parfois ça passe, certains moments sont beaucoup plus laborieux… Mais tu vis avec… Avec le recul ce que je trouve intéressant, c’est l’expérience humaine en soi. D’avoir fait un sacré bout de chemin avec des partenaires, des amis. Evoluer à plusieurs, s’adapter au situations… Par exemple Bernard et Alain ont des familles aujourd’hui, avec des enfants. Moi j’ai pas d’enfant, mais eux ont aussi d’autres priorités. L’un a une fille de 13 ans, l’autre 4 et 6 ans, donc tout est différent, tu peux plus te tirer pendant 3 mois et aller squatter en Angleterre comme on a fait à nos débuts (rires)… Mais ça se passe.

Au final, qu'est ce qui vous manque encore dans la carrière du groupe ? on pourrait croire que vous êtes comblés...

Un nouvel album, je vois rien d'autre...

Eh bien on va suivre ça de près ! A toute à l'heure pour le concert !

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Dernière mise à jour du document : jeudi 3 décembre 2009

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