Vous êtes ici › ArticlesConcerts › Sophia Djebel Rose / Elizabeth Vogler / Lusya - Chez Raymonde, Clermont-Ferrand, 07/03/2026

Sophia Djebel Rose / Elizabeth Vogler / Lusya - Chez Raymonde, Clermont-Ferrand, 07/03/2026

par Rastignac › jeudi 12 mars 2026


Style(s) : ambient / gothique / indus / noise / ovni inclassable / spoken word / lecture / poésie / dark ambient / field recordings / dark folk

Raymond, tu m'avais manqué. Aujourd'hui c'est chez Raymonde que je te retrouve ! Dans à peu près le même quartier... Seras-tu à la hauteur de mes basses exigences ? Vous le découvrerez bientôt dans ce nouvel épisode de la série "Rasti émerge de sa cambrousse pour se trainer dans une ville moyenne ayant vocation à demeurer capitale régionale. Pour toujours" !

titre de l'image

Evidemment, il me faut de la motivation. C'est donc grâce à une subtile réclame que je me suis dit : "allez, secoue-toi les puces, sors ta fidèle Nissan Micra (RIP Ford Fiesta), et va donc voir ce que devient Raymond(e)(2, le retour)". Nouveau lieu, dans à peu près le même quartier, pas du même côté d'un des axes d'entrée de Clermont-Ferrand : attendez-vous donc encore à vous balader dans une zone mi-urbanisée, mi-industrielle, un tantinet moche et désolée. Une salle un peu plus grande, avec je trouve beaucoup plus de documentation sur les murs, sur les tables, et une atmosphère générale reflétant encore plus les équivalents de squats scandinaves ou allemands où j'ai trainé mes guêtres, avec un côté prescriptif assez curieux - il m'était par exemple interdit d'aller dans un bar local où je n'ai jamais mis les pieds, de pisser debout ou de mosher comme un con, ce qui est pourtant une spécialité du public clermontois, un des moins raffiné de l'hexagone, pas le plus avare des "à pooooil" et autres "hhhhhheeeyyy" ou remarques sur l'accent suisse, ou belge, ou parisien, à redemander sister fucker à Mike Williams alors qu'ils l'ont déjà jouée une fois (voire deux?) quinze minutes avant. Ce soir c'est peinard vu la musique bien planante et occulte que l'on va écouter. Le public est très éclectique, de tous les âges, de toutes les "scènes" et ça j'aime aussi, j'ai de moins en moins cette sensation de me retrouver toujours avec les mêmes bobines vieillissantes, on se sent un peu moins à l'étroit. Une programmation de qualité ce soir, avec des artistes underground, gutsiens dans le sens originel du terme : expérimental, sombre.

En entrée, Elizabeth Vogler. Elle s'installe pile à côté de moi, donc voilà, je suis sous les spotlights, mais ce n'est pas moi qui chante. A l'aide d'une sorte d'harmonium, elle va entamer son set de lugubro-entêtantes litanies de notes, où elle va nous chanter dixit du "n'importe quoi", ponctué de béarnais, ce sera donc, je crois, mon deuxième concert en yahourt de ma vie, après celui d'Obituary il y a longtemps... pas le même style par contre, des chants comme des plaintes, comme des régressions aussi parfois vers une enfance criante... la chanteuse bougera pour aller s'installer de l'autre côté, sur la scène "principale", je suis donc un témoin plus caché de ses chansons ponctuées de dark ambient dronée, avec des morceaux de field recordings inclus, chiens aboyants sous la lune comme dans "Musick to Play in the Dark" de qui vous savez. Elle ira traverser encore une fois la salle pour finir son set d'un autre solo vocal où je serai une dernière fois assis à ses pieds sous le projecteur, comme l'impression d'être le danseur des Happy Mondays mais en statique. Comme un croisement inédit de Leon Thomas, David Eugene Edwards, le Béarn, le yahourt et comme un remix de toutes les mélopées de tous les pays d'Europe Centrale, le Moyen-Orient, la planète Mars, Diamanda Galás, un peu Meredith Monk, un peu Nusrat Fateh Ali Kahn, un peu ce que vous voulez, ce moment hors des communs fut très plaisant à suivre, d'ailleurs l'artiste fut réjouie de son concert et ce fut très réjouissant de la voir si réjouie. Je suis donc remonté comme une pendule, mais un fieffé barman que je ne nommerai pas a ravi le SEUL LP en vente par Elizabeth Vogler. Encore un objet que je n'aurai pas à la maison, malgré un encombrement domestique croissant qui devrait me vacciner d'acheter des choses rondes en plastique.

En plat de résistance, la musique complètement dingue, nocturne, enfumée, badtrip jusqu'au bout des ongles de Sophia Djebel Rose. Seule sur scène, possédée par le son, du traficotage intense des ondes, une guitare, un autre harmonium (?), enfin un instrument à soufflet qui fait des grosses basses, des bruits, de la réverbération dans tous les sens, de la fumée, tout est super carré, hypnotique, la voix épaissit une musique complètement opaque, on entend vaguement des mots qu'on reconnait, "costume doré", des ombres, des souvenirs, la nuit, quasiment pas de pause, aucune communication avec le public à part le son, les basses, les cris, les chants, les psalmodies, une danse des micros, les mains qui effectuent des gestes qu'on imagine vite comme une rafale de mauvais yeux balancés de partout. Bad Vibrations à mort, donc forcément : génial. Et une performance physique qui m'a épuisé, alors que j'étais vautré sur une chaise de bar qui a failli me faire chuter, la bouche pendante comme un boxeur qui regarde Mike Tyson bouffer l'oreille de Holyfield.

Je suis évidemment épuisette et je snobe le dessert et ne verrai donc pas le set de Lusya. On doit se rentrer au loin, après la plaine, au-delà des usines, dans mon bouchonnois à moi. Les oreilles pleines de chauve-souris, qu'il est bon d'aller se vautrer pour faire des cauchemars pendant 4h13, les yeux fatigués par le peu de fumée de clopes inhalée - ça aussi c'est très nouveau au Raymond, étant le seul lieu qui a empêché Eyehategod de terminer leur traditionnelle cigarette de fin de set tellement l'air était épais. Tout change, rien ne bouge, dans la fange c'est moi qui voit rouge. En somme. Un peu.

Ordre Creux :

https://www.facebook.com/p/LOrdre-Creux-61588112411408/

Raymonde Barre :

https://www.raymondbar.net/

Sophia Djebel Rose :

https://sophiadjebelrose.bandcamp.com/album/sophia-djebel-rose

Elizabeth Vogler :

https://billotontraeger.bandcamp.com/album/elizabeth-vogler-au-nom-deus-asos

Lusya :

https://lusya.bandcamp.com/album/excavation

Mots clés : Sophia Djebel Rose, Elizabeth Vogler, Lusya, Chez Raymonde, Clermont-Ferrand et ordre creux

Dernière mise à jour du document : vendredi 13 mars 2026

Si vous étiez membre, vous pourriez réagir à cet article sur notre forum : devenez membre