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COMITY - interview avec Thomas (chant)

par Saïmone › lundi 5 septembre 2005

5 mois pour retranscrire une interview, c'est long ! On est feignant ou on ne l'est pas. D'autant plus inexcusable qu'un entretien de longue durée avec le très sympathique Thomas, ça vaut son pesant de cacahuètes. En attendant d'écouter les nouveaux titres pour leur futur EP, vous pourrez vous délecter de cette discussion pas piquée des hannetons (j'ai toujours rêvé d'utiliser cette expression…).

On commence par une question classique: avez-vous préparé une suite au premier album ?

Thomas : On a préparé un nouvel album qui sera enregistré d'ici décembre. On doit le sortir avant avril normalement. On pourra pas le faire je pense. Sinon on vient d'enregistrer un EP 2 titres, qui va servir pour 2 choses: d'abord on va rééditer l'album aux Etats-Unis, sur un petit label là bas, et on rajoutera les deux titres. On va pas faire ça en Europe, parce que les gens qui ont acheté l'album ont pas forcément envie de le racheter pour les nouveaux titres, alors on sortira peut être les 2 titres en vynils, dès qu'on aura le temps suffisant pour le faire. L'album, on doit en être à la moitié de la composition à peu près. On ne sait pas encore comment tout ça va s'orienter.

Sera-t-il dans le ton du premier album ?

Thomas : On a essayé d'évoluer un minimum. Pour la première fois, on a réfléchit avant d'écrire les choses, alors qu'avant, on faisait ça…

A l'arrache ?

Thomas : Pas forcément à l'arrache, mais plus instinctif si tu veux. Maintenant, on essaye de penser le truc plus globalement. Avant, on pensait riff par riff. C'est-à-dire que sur les nouveaux morceaux, on a essayé d'opposer les deux morceaux, un qui est plus coulant, sans trop de changement de tempos, plus rock, tandis que le 2e est totalement frustré, il démarre jamais.

Totalement structuré ?

Thomas : Pas forcément déstructuré, sans démarrage si tu veux. Ca démarre jamais là où tu t'y attends. Alors que le premier morceau c'est complètement relâché, il n'y a pas de frustration. Je ne sais pas si on a réussit. C'est là qu'on a voulu changer, parce qu'avant c'était… ouais, peut être plus à l'arrache.

Il y avait un projet d'interaction avec le concept de l'album sur internet. Est-ce toujours d'actualité ?

Thomas : Oui, il y est !

Ah ? J'ai pas réussi à trouver…

Thomas : En fait c'est une page cachée sur site. Il suffit d'aller sur la rubrique merchandising et de cliquer sur la pochette de l'album. Là, faut taper le code que tu trouves sur le 2e titre de l'album. Et là t'arrives sur une page où le concept est expliqué, sur une plage d'ambiance.

Est-ce que tu te sens proche de la scène hardcore ou grind ?

Thomas : Ouais, ouais, bien sûr. Enfin, on a pas forcément choisi d'être dedans quoi. A la base on a commencé par du punk. Mais à un moment tu commences à te faire chier, t'as envie d'aller plus loin, faire les choses différemment. Mais bon tes contacts sont dans cette scène là, tu fais partie "de la scène hardcore" ou tu tournes le dos. C'est pas pour ça qu'on est hardcore ou grind. Nos connaissances sont là, plus que du metal.

Vous avez joué avec Converge à Paris en janvier (pour un concert anthologique). C'est un rêve qui se réalise ?

Thomas : Nous on l'a pas prit comme ça. On pas tous particulièrement fans de Converge dans le groupe, mais c'est une entité de la scène hardcore évolutive, c'est un des premiers groupes a avoir cassé les barrières. Et nous on se retrouve un peu dans le même cas de figure. Le concert en soit, c'était avant tout pour l'affiche. Leur manière de faire ne nous a pas particulièrement influencé, mais plutôt leur vision globale de la musique. C'est pas un aboutissement, car on peut pas dire qu'un concert soit un aboutissement.

Comment fais-tu pour écrire les paroles ?

Thomas : J'attends que la musique soit finie, et on va parler de tout ça ensemble, comment on peut gérer les choses, et faire des trucs différents. Je vais utiliser certains mots, certains thèmes qui vont toujours revenir, mais dans des cas de figures différents. Ce sont les mêmes métaphores qui reviennent même si le sujet est différent. Tu pourras aller voir sur le site. Ca vient naturellement. Beaucoup de gens pensent qu'on se prend beaucoup la tête dessus…

C'est vrai, mais vu que votre musique est complètement dingue, on imagine les paroles…

Thomas : C'est vrai que les gens qui ont lu les paroles ont pas forcément compris le thème général, mais c'est pas un problème. Tant que tout le monde dans le groupe y trouve son compte. Le texte doit refléter ce qu'il y a dans la musique. Les gens qui n'aiment pas la musique ne vont pas forcément capter l'allure générale du texte. Et après j'me fais plaisir. C'est personnel avant tout.

Pourquoi avez-vous mis un sample de "La pianiste" sur le 4e titre de votre album ?

Thomas : C'est la première fois qu'on me la pose celle-là ! On va bien s'entendre tout les deux (rire). Haneke est un de mes réalisateurs préférés, c'est le meilleur réalisateur qu'il y a en ce moment je pense. En fait, ça reflétait tout ce qu'il y avait dans le texte, même si je n'ai pas écrit par rapport au film. C'est ce qu'il y a de développé dans tout les textes de l'album, le rapport entre la musique et l'émotion, le délire… on a un peu la même façon de faire, même si c'est du cinéma, tu peux retrouver les mêmes schémas, même si lui il a un talent incroyable.

Je suppose que tu as adoré "Funny Games"…

Thomas : Ouais, peut être moins, car c'est une parodie.

Ouais il est marrant, enfin marrant je ne sais pas si c'est le mot…

Thomas : Si si il est très drôle. Je suis fan de tout ce qu'il a fait, même s'il peut finir par être très cliché en tant que réalisateur…

C'est-à-dire que je n'ai pas vu son dernier…

Thomas : Je l'ai vu, il est spécial. Il s'enferme dans ce qu'il sait faire. C'est plus global. Moi, j'aime bien quand il s'attaque directement à un personnage, il ne développe pas les autres, c'est encore plus froid, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire... Tu ne sais pas pourquoi ni comment. C'est pas l'explication qu'est importante, c'est comment toi tu vas le ressentir au final, un peu comme pour notre musique.

C'est vrai que le résultat est excellent…

Thomas : Tu vois personne avait encore grillé le truc, en même temps je ne sais pas s'il y a grand monde qui aime ses films. Enfin bref, je trouve que ça reflète tout ce qu'on a envie de faire, pas du cinéma, mais tu vois quoi…

Ouais (rire). Haneke est un peu aussi un réalisateur "interdit". J'en arrive à te demander ce que tu penses de Gaspard Noé…

Thomas : Ce que je n'aime pas dans l'art, c'est les trucs gratuits. C'est facile de faire quelque chose de laid, il joue vachement sur les clichés. Tu peux ne pas avoir aimé le film, et ne pas l'avoir compris. C'est une fois après l'avoir vu en interview que j'ai commencé à beaucoup moins aimé ce qu'il faisait. Il dit que dans "Irreversible", ce qui est important c'est le message, alors que le message, il est bidon. Il dit que le cinéma c'est fait pour expliquer la vie aux gens, il se pose en prophète, et juste pour dire ça… Inutile, choquant pour être choquant. Genre Pasolini, mais derrière le mec il a écrit des bouquins de 200 pages. Pour moi on peut parler de tout, mais il faut que ça soit censé. Après, le talent je ne suis pas sûr que ça existe, c'est plus une question de travail. Et je pense pas que Noé mérite vraiment sa place. Toi comme moi on peut faire un "Irréversible" avec quelques moyens.

Et "Seul contre tous"…

Thomas : C'est drôle. C'est un peu gratuit. En fait je l'ai vu après "Irréversible", et si je l'avais vu avant, je l'aurais sans doute plus apprécié. Et la fin, sur l'innocence, bon… Le message est commun. Il est un peu bourgeois dans sa manière de faire. Des messages pas très élaborés avec des méthodes un peu branlette… Choquer sans justifier. Je ne suis pas trop fan du monsieur.

Auriez-vous envie de faire la BO d'un film ?

Thomas : On nous avait proposé et ça a pas pu se faire. Pour un film X en fait (rire). Et on a refusé pour les mêmes raisons que Noé. Ca aurait fait tourner notre nom, mais on veut pas être catégorisé "groupe de films boules". Mais ce serait l'aboutissement, car on est plus inspiré par le cinéma et la peinture, avec des changements comme les mouvements de caméras… Tu vois David Lynch, comme tout le monde je ne comprends rien à ce qu'il fait, mais c'est pas le problème, c'est une question de ressenti, avec des plans alambiqués… Faut pas se cloîtrer dans la musique. C'est ça qu'est intéressant. Une fois que tu arrives là où tu voulais, faut se lancer des défis.

Bon, question bateau : t'écoutes quoi en ce moment ?

Thomas : J'écoute de la musique tout le temps, j'suis un vrai karaoké, j'peux pas laisser plus de 2 morceaux par albums.

Oui je sais ce que c'est (rire)

Thomas : Là dans le camion, c'était Bongzilla. En ce moment j'suis bien dans le lourd, le lent, tout ce qui est Southern Lord… J'ai un projet parallèle où ce n'est que ça, on a pas de nom, mais on cherche un truc super cliché. En ce moment y a plein de trucs "à la Dillinger", ça me gonfle. Savoir que le mec sait faire 30 gammes en 1 minutes. En ce moment la scène hardcore patauge un peu.

On sent quand même l'évolution, Converge, Neurosis, etc… mais c'est normal on est toujours influencé…

Thomas : J'suis tout à fait d'accord, on va pas renier les choses, mais c'est une question de démarche. Mais je pense pas qu'on soit sur le même terrain que Ion Dissonance ou DEP. On a pas les mêmes objectifs. Je ne sais pas comment les gens le sentent…

Disons qu'on sent l'influence, mais vous jouez plus sur l'émotion, l'atmosphère…

Thomas : Oui, on joue plus sur l'atmosphérique, mais on peut faire des trucs super rapides et émotionnels en même temps. Mais ça ne nous intéresse pas forcément. Après on peut prendre plaisir à écouter Ion Dissonance ou Red Chord… c'est dans la surenchère de DEP. C'est bien mais musicalement c'est pas ultra intéressant. On nous classe dedans, mais on s'en fout. C'est pas notre état d'esprit, mais c'est pas un problème, c'est déjà un miracle que les gens écoutent ce que l'on fait (rire).

J'ai trouvé quelques influences Patton, sur le premier EP notamment…

Thomas : Je pense qu'on a les mêmes influences que Patton, plutôt qu'on est influencé par lui. Nos influences c'est John Zorn et King Crimson.

Ah Zorn… en solo ou en groupe ?

Thomas : Tout ce qu'il a fait, même s'il a fait des choses plus accessibles que d'autres (rire). C'est notre première influence, mais maintenant c'est peut être plus digéré. Lui son crédo c'est la folie. Nous c'est ce qu'on voudrait faire plus tard. Tu vois je te parlais de technique, ce serait partir en départ en folie, changer tout le temps de plans… Après Patton devrait se renouveler un peu (rire). Il a au moins amené un peu de jazz dans le metal. Si t'as les premiers, ça ne sert à rien de choper les derniers. C'est comme DEP. Maintenant on se rend compte que DEP ont amené beaucoup de King Crimson dans le metal.

Quelques news sinon ?

Thomas : On va sortir le EP en France, qui servira sur la réédition de l'album aux USA, qui sortira en octobre. On évitera de le faire tourner en France pour pas que les gens aient à racheter l'album pour des nouveaux titres. On sortira le EP tout seul. L'album pour 2005, 2 tournées, Europe du Nord mi Octobre, et USA d'ici Mars pour un mois.

Ok ça le fait, merci beaucoup !

Thomas : Merci à toi, c'est cool.

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Dernière mise à jour du document : lundi 5 septembre 2005

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