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INTERVIEW: Doug Clark

par Twilight › dimanche 21 octobre 2018

Trop peu de gens le savent mais Doug Clark compte parmi les pionniers du deathrock; avec son groupe Mighty Sphincter, il en repoussé les limites loin dans l'extrême tant visuellement que musicalement. Aujourd'hui, à l'heure d'achever la boucle avec ce projet et de le poursuivre sous une nouvelle incarnation, Chapelle des Morts, il revient pour nous sur sa carrière et ses inspirations. J'en suis extrêmement honoré car il ne donne en principe pas d'interviews et s'est prêté au jeu avec beaucoup de gentillesse et de sincérité.

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Salut Doug. Tout d’abord, merci beaucoup d’accepter cette interview. On dirait que ces derniers temps ont été pas mal consacrés à fouiller dans ton passé avec la réédition de The Brainz, ton projet de rééditer tout le catalogue de Mighty Sphincter et le Lp avec les Exterminators...Comment te sens-tu par rapport à tout ça ? Nostalgique ? Excité ?

Hé bien, ce que tu vois comme de la nostalgie est en réalité le fait pour moi d’assumer la responsabilité de la musique que j’ai écrite par le passé, en regagner les droits d’auteur et le marché. Je me suis fait la promesse d’achever ce processus douloureux avant d’avancer avec mes nouvelles compositions. Ca n’aurait pas de sens d’écrire plus de musique si tout ce que j’ai composé par le passé se trouve disséminé dans l’obscurité, sans que je n’en possède les droits ni ne me fasse le moindre argent dessus. Donc, j’ai achevé ce processus et je peux maintenant avancer avec mon nouveau groupe. Oui, c’est excitant pour moi de voir les disques que j’ai faits ressortir et bien marcher. Le LP des Exterminators est une tuerie, c’est tellement génial d’écouter la musique que j’ai écrite et jouée quand j’avais 14 ou 15 ans, c’est super de l’entendre revenir dans sa véritable forme avec une qualité sonore de haut vol. J’ai mixé ce LP et me suis occupé de presque l’entier de sa production. J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à enregistrer ‘Darkest angel’, l’ultime Mighty Sphincter. Sur ce disque, j’ai joué de tous les instruments sauf la batterie, j’ai chanté, écrit toute la musique et les paroles, je l’ai produit et mixé. C’est de loin la meilleure sortie de Mighty Sphincter.

A quel moment as-tu senti que la musique serait le point central de ta vie ? Viens-tu d’un milieu de musiciens ?

Bien que j’aie passé beaucoup de temps à jouer, enseigner, écrire et interpréter avec ma guitare, ainsi qu’en studio à produire et faire des disques, je ne considère pas la musique comme le centre de ma vie. Peut-être que magie serait plus exact. La musique est ce qui propulse la magie que j’accomplis. C’est ce qui, je crois, la rend différente de celle des autres groupes gothiques; c’est pour de vrai et ne cherche pas à sonner sombre pour la pose. C’est juste ce qui me vient naturellement. Je n’ai pas suivi de formation, je suis autodidacte; j’ai eu des guitares et en ai joué toute ma vie, je ne me souviens pas d’une seule période où ça n’a pas été le cas. Quoiqu’il en soit, j’ai suivi des leçons avec Jimi Hendrix en rêve quand j’étais très jeune; je me souvenais de tout ce qu’il m’avait enseigné. Cela a duré des années. J’ai soufflé les amis et ma famille de par ma manière d’apprendre à jouer Hendrix note pour note. Ils n’en revenaient que j’apprenne tout cela en rêve, comme si c’était la réalité avec Hendrix lui-même. Je peux ressentir son esprit quand j’enregistre ou tourne des vidéos. Je lui ai dédié l’album ‘Kingdom of heaven’ enregistré en 1987.

Quels sont les groupes qui t’inspirent ? Es-tu un grand collectionneur de disques ?

En fait, j’ai grandi dans une maison avec plus d’un millier de disques à écouter, tout ce que tu peux imaginer des 70’s mais j’ai délibérément évité d’apprendre à jouer ce qui se rapporte à la période. J’ai plutôt travaillé à approfondir et créer mon propre style qui serait différent de celui de n’importe qui, avec un son identifiable dès les premières notes. Je pense que s’il y a bien une seule chose que j’ai réussie, c’est cela. Je ne pourrais pas vraiment te dire qui sont mes influences, ça vient d’ailleurs, d’un quelque part sombre et mystérieux et rempli de magie, d’enchantements, une source infinie d’inspiration. Pour moi, il y a bien plus à tirer de l’obscurité et ses mystères que de la clarté du jour. Cette musique me vient d’un au-delà, je la capture et la restitue avant qu’elle ne disparaisse. Pour résumer, elle n’est en rien inspirée par d’autres musiques que j’aurais entendues, elle est plutôt constituée de sons que je capture dans un sombre et magnifique vortex que nous ne pouvons ni voir ni toucher, seulement entendre et visualiser dans notre esprit. Tout ça arrive quand je joue de la guitare.

Raconte-nous un peu plus l’histoire de Mighty Sphincter. J’ai parfois l’impression que vous avez poussé l’esprit d’Alice Copper jusqu’à l’extrême...

Je n’ai pas le temps de te raconter toute l’histoire du groupe, il faudrait que j’écrive un livre, ce que je ferais un jour. Je peux cependant te dire que j’avais sa création en tête quand j’avais 13 ans et était encore à l’école. Nous étions des monstres de troisième main (thrift shop en anglais) ressemblant à de sinistres faucheuses zombies en sac de femmes, suintant le sang dans un halo de brouillard sentant le cooky tout chaud, nous donnant comme des dingues sur nos guitares et notre batterie avec un stroboscope qui rendait tous nos mouvements effrayants. Et avec cette vision d’apparaître des années plus tard dans toute notre terrifiante gloire et de terroriser les spectateurs avec délice. Non, ce n’est pas pousser l’esprit d’Alice Cooper à l’extrême, c’est quelque chose de bien différent. Ce que je fais est réellement magique et non feint mais j’ai vécu pas loin de chez Vince (Alice Cooper) dans les 70’s et je suis allé à la même école dont je me suis fait virer pour avoir été le premier élève punk à Phoenix à une époque où on n’en parlait pas encore et où c’était inacceptable et pour avoir tenu la guitare dans les Exterminators, le premier groupe punk de la ville avec les Consumers. Ah ah, Don Bolles et Rob Grave de 45 Grave venaient me chercher pour répéter à la sortie de l’école avant que je ne me fasse virer. C’était une époque très marrante.

Avez-vous beaucoup tourné avec le groupe ?

Oui, nous avons beaucoup tourné dans les 80’s, parfois dans un vieux bus scolaire pourri repeint dans une sorte de vert salamandre dégueulasse, comme pour mieux inciter les agents de sécurité à nous faire chier ou se faire sortir à tout moment par un crétin de flic pendant que notre génie de chauffeur portait une tête de monstre en latex, verte elle aussi, nos esprits bien altérés par la drogue, tout ça pour rendre la voyage plus marrant. Nous avons aussi tourné dans une Cadillac Eldorado bleu métallique avec une remorque de transport: elle avait un sound system Quad, un bar à l’intérieur, des vitres teintées et un nuage de ce que l’on qualifie aujourd’hui de marijuana médicale qui remplissait toue l’atmosphère dès qu’on ouvrait les portes. Nous avons également voyagé avec un Chevy BLK 4 à roues motrices avec une remorque. Elle avait un énorme crâne de vache avec de grandes cornes attaché à l’avant. C’est lors d’une de ces tournées alors que nous étions en route pour un show durant Mardi Gras à la Nouvelle Orléans que s’est amorcée la chute de Mighty Sphincter, ce qui m’a fait perdre un contrat avec EMI Records. Notre batteur G Hynes a pensé que ce serait une bonne idée d’amener une demi-livre de marijuana pour la vendre pendant qu’on vendait notre propre merchandising à la Nouvelle-Orléans. C’est pas facile d’arriver là mais bien sûr, c’était une idée stupide. Quand le groupe a atteint El Paso au Texas, nous avons été arrêtés à un point de fouille, les chiens ont flairé l’herbe et nous avons tous été arrêtés. Hynes ne voulait pas admettre qu’elle était à lui, du coup, on risquait tous une peine de prison. Pendant que nous étions en cellule, on est venu me chercher. Ils m’ont dit qu’ils étaient certains que j’étais le chef de l’équipe. Mais l’un d’eux m’a révélé qu’il avait trouvé une boîte avec les disques de mon groupe (le LP ‘Kingdom of heaven’) et qu’il aimait beaucoup ce que nous faisions . Du coup, on nous a laissé partir. A la fin de la tournée, notre chanteur et notre batteur se sont foutus sur la gueule méchamment, bousillant ainsi quatre ans de dur labeur et la possibilité d’une signature avec EMI par crainte de devoir tourner encore et se bastonner; voilà pourquoi Mighty Sphincter a raté l’occasion d’une plus large reconnaissance qu’il aurait méritée. J’ai depuis relancé le groupe plusieurs fois avec des nouveaux vinyls, des nouveaux cds, des t- shirts et des concerts au cours des trente dernières années depuis ce regrettable et coûteux désastre de 1987. Mais oui, nous avons beaucoup tourné. Maintenant, je m’arrange pour que les tournées soient sûres, dans des bus neufs ou des camions sans drogue avec conduite sécurisée...

Et qu’en est-il de Chapelle des Morts ? Est-ce que c’est définitivement fini avec Mighty Sphincter ? Quels sont les projets avec ce nouveau groupe ? Allez-vous continuer de travailler avec Slope Records ?

Hé bien, Chapelle des Morts, c’est en fait Mighty Sphincter avec un nouveau nom...C’est l’évolution de Mighty Sphincter avec un nom français que j’ai crée pour le marché européen.?Je suis actuellement en train d’écrire et d’arranger de nouveaux morceaux avec le groupe, de même que nous nous préparons à enregistrer un single deux titres et nous cherchons un nouveau label, idéalement en Europe où ma musique est toujours restée d’actualité et populaire ces dernières années. Donc, oui, Mighty Sphincter, c’est terminé mais le groupe a les mêmes membres et joue tous les classiques de MS en concert; le nouveau son est plus lourd et se penche plus sur les réalités de l’horreur et son apparence. C’est l’étape suivante pour Mighty Sphincter mais un cran au dessus. Nous avons juste terminé le nouveau single avec Jeremy Parker (récompensé d’un Grammy Award) et produit par Cris Kirkwood. Ca sonne d’enfer !

J’ai récemment lu une interview de Dave Vanian (The Damned) où il expliquait qu’une part de sa fascination pour les vampires provient du fait qu’ils vivent pour toujours avec cette possibilité de mener différentes carrières. Est-ce que tu ressens la même chose par rapport au vampirisme ?

C’est plutôt agréable de se voir poser la même question qu’à Dave Vanian mais de toute manière, là où je diffère de lui, c’est que pour moi il ne s’agit pas de fascination mais bel et bien d’un mode de vie que je vis chaque jour et ai vécu toute ma vie. Je suis un vampire dans la vie réelle, je l’ai toujours été et le serai toujours. Je vois le monde d’une manière totalement unique qui n’appartient qu’à moi seul. Je vois bien la fascination, l’attrait sexuel, l’envie, de ne vivre que la nuit avec des pouvoir magiques et ne jamais expérimenter une mort humaine. Oui, pour beaucoup, ça semble fascinant...Jusqu’à ce que tu réfléchisses un peu et que tu réalises que tu verras tous ceux que tu aimes et tes amis, tes proches, les gens que tu as connus toute ta vie, disparaitre progressivement pour ne jamais revenir. Un jour, tu regardes autour de toi et tu es seul avec personne dont tu te souviennes de cette vie que tu continues de vivre dans une sorte d’étrange affliction sans âge qui implique la tristesse de regarder périr tous ceux que tu aimes et que tu ne reverras jamais. Rappelle-toi que c’est avant tout une malédiction...Impliquant pas mal d’aspects qui n’ont finalement rien de fascinant ni d’agréables mais sont plutôt douloureux et pesants. Concernant les carrières multiples, je n’y crois pas. Si tel était était le cas tu aurais une population de vampires connue, ce qui n’est pas le cas. Je sais bien qu’un vampire peut fortement influencer et changer une personne mais cela ne signifie en aucun cas qu’ils sont vecteurs de vampirisme et deviendront vampires; cela signifie seulement qu’ils ont eu une rencontre avec un vrai vampire, ce qui est rare. Cela a pu les influencer d’une certaine manière, les poussant à changer et à vouloir paraître différents, à préférer l’obscurité à la lumière du jour. Mais cela ne fait pas d’eux un vampire, ce vecteur immortel de cet état étrange et de ce désir de sang. Ce que je ressens à propos du vampirisme est ce que je ressens chaque jour, ce qui serait quelque chose de plutôt complexe à t’expliquer mais simplement un autre jour et une autre nuit pour moi. Si tu pouvais être là, tu le verrais par toi-même et tu comprendrais ce que je veux dire. La possibilité de rencontrer un véritable vampire au cours de ta vie est proche de l’impossible. A ma connaissance, il n’y a eu que 13 cas documentés de vampirisme réel depuis 1844...Donc je peux te dire qu’il n’y a pas de porteurs, et je ne connais personne en dehors de moi qui vive ainsi. J’ai appris au fur et à mesure des décennies à faire de cette malédiction une bénédiction. Je ne puis te dire ce que ceux avant moi ont pu accomplir et je ne veux pas le savoir...

Tu as l’air de t’intéresser au patrimoine qui t’entoure: la Nouvelle Orléans, Salem, les maisons coloniales, les vieux cimetières, tous ces trucs. Qu’est-ce qui t’attire tellement dans ce genre d’endroits ? Sont-ils nécessaires à ton inspiration pour écrire ?

Question intéressante. En fait, ils sont les ‘pièges atmosphériques’ où mon esprit de vampire se sent bien et peut créer et communiquer. Car la Nouvelle Orléans est un influence majeure pour Chapelle des Morts tant elle regorge de toutes ces vieilles demeures mystiques et hantées, intactes dans leur gloire délabrée, ces cimetières et tombes entourées de vieilles grilles en fer forgé sombre et rouillé, sous des vieux chênes de plus de 500 ans avec de la mousse espagnole coulant dans le vent qui chuchote avec des cris fantomatiques au loin. Voici toutes les choses qui créent l’inspiration pour ma musique. La Nouvelle Orléans a bien sûr appartenu jadis à la France avant que Napoléon ne la vende durant l’achat de la Louisiane et ce sont bien les seules connections avec l’Europe à l’intérieur des USA et comme j’ai vécu ici durant tant d’années, sa culture, son art culinaire et sa manière de vivre font partie intégrante de moi, donc on pourrait dire que je suis Créole et le nom Chapelle des Morts me semble parfaitement convenir pour la continuité et l’évolution de Mighty Sphincter. En réalité, tout ce dont j’ai besoin pour m’inspirer, c’est le son de ma guitare que j’ai développé et perfectionné pour obtenir mes accords fantomatiques et mes sonorités hantées. J’utilise une combinaison d’effets vintage et un rack pour le delay, des amplis Marshall, un pick up Gibson SG. Tout ça dans une chambre à la lueur de bougies noires, voilà finalement ce dont j’ai besoin pour me connecter à quelque endroit sombre et mystérieux de l’au-delà où je peux capturer mes mélodies. Ces endroits et ces visions hantées sont donc utiles pour ajouter l’atmosphère macabre aux paroles mais nullement nécessaires pour l’écriture de la musique elle-même.

Est-ce que la littérature est également une influence ? Si oui, quels sont tes auteurs favoris ?

La littérature n’est pas une influence, c’est une une source de savoir où puiser lorsque j’écris les textes. J’ai énormément lu sur l’occultisme, le paranormal, le vaudou, la sorcellerie, et j’en passe, de même que la psychologie, la philosophie. Ceci combiné avec ma vie de vampire et mes expériences paranormales rendent ma musique et mes textes très réalistes et magiquement implantés dans la réalité plutôt que de forcer pour sonner sombres à tout prix. Si je devais choisir un auteur favori, je n’en pas réellement mais j’admire le travail de Ann Rice et ses descriptions de la Nouvelle Orléans.

Avec quels artistes souhaiterais-tu collaborer si une bonne (ou mauvaise) fée exauçait ton voeux.

Je n’en vois aucun, sincèrement. J’apprécie de travailler avec mes amis du groupe dans lequel je suis actuellement.

Et pour terminer, quel est ton secret pour rester si classe et inspiré ? Du sang de vierge ?

Hé bien, j’apprécie le compliment. Je crois que je suis capable de m’échapper dans les tréfonds de mon esprits et et découvrir les secrets des mystères qui nous entourent et nous déstabilisent. En tant que gens lambda nous ne comprenons au mieux que 8% du monde qui nous entoure, ce n’est pas beaucoup. J’aime à penser, du moins je le crois, que j’en sais plus, bien plus. Quant au sang, au fur et à mesure que les décennies passent, tu n’en as plus besoin comme élément de longévité et d’existence, si tu es un vampire. A ce moment, c’est du domaine de la magie et de ce que nous ne sommes pas capables de comprendre, je n’en ai donc plus besoin en tant que tel et le sang d'une vierge ne fournirait aucune inspiration, je suis désolé de le dire, rien de plus que de siroter le chagrin effrayé de la tristesse!

Merci infiniment, le dernier mot t’appartient...

Mon dernier mot est que j’ai été honoré de répondre à ces questions et que je suis heureux de l’intérêt que tu portes à ma musique. Je me réjouis beaucoup de pouvoir visiter l’Europe pour la première fois en amenant mon groupe avec moi afin de pouvoir jouer dans autant d’endroits et de clubs que possible...Je suis impatient de sortir, jouer et rencontrer de nouveaux amis. Merci beaucoup.

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Dernière mise à jour du document : dimanche 21 octobre 2018

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