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Brutal Assault 2018

par Rastignac › mardi 14 août 2018


Style(s) : ambient / folk / hardcore / indus / jazz / metal / metal extrême / musique électronique

Au-delà des montagnes, niché au milieu de la grande plaine se dresse la forteresse de Josefov. Construite il y a longtemps, ce reste du royaume d'Autriche devait prendre sévèrement racine au vu de la taille des plantes et arbres coupés bien ras que l'on peut voir sur une partie de ses murs. Vous vous demandez comment je sais ça ? Eh bien c'est simple : j'y étais cette semaine. Et qu'est-ce que je pouvais bien foutre là-bas ? Du tourisme amateur de trucs militaires ou de machins abandonnés à la Fort Boyard ? Mais non, je vous donne ma langue au chat : je me suis tout simplement rincé la gorge et la tête au Brutal Assault !

BRUTALITUDE

Brutal quoi ? Brutal Assault ! Comme un assaut, mais en plus brutal. Enfin, c'est surtout un festival de passionnés ayant été créé un peu comme le Fury Fest il y a quelques temps, par des gens qui se sont sortis les doigts pour monter un évènement consacré au hardcore, au death metal et au grindcore avec un esprit bricolo assumé, à l'origine accueillant seulement des groupes tchèques. Avec le temps et le succès des têtes d'affiches internationales se sont ajoutées et même des styles musicaux autres, incorporés à cette recette imparable faite d'ondes mastocs... on pense de suite à vivre une expérience intense à divers niveaux. On a les images de l'Obscene Extreme en tête, l'autre gros festival tchèque : des circles pits infinis, une fiesta pour bonhommes, et du blast et du gore et des mecs à poil. Alors oui, il y a un peu ça. Mais pas seulement, et c'est ce qui fait la richesse de ce festival qui se trouve encore entre le stade de grosse machine dépersonnalisée et feria de gros malades.

Pourquoi aller là-bas alors qu'il y a déjà maintenant plusieurs festivals de musique brutale en France ? Pourquoi se taper plus de dix heures de bagnole, traverser la France et l'Allemagne pour ne pas dormir ou si peu pendant une semaine, le bide blindé de bière et de bouffe plus ou moins vegan ou carnivore ? Parce que les voyages c'est bien, aller dans des endroits inconnus c'est mieux, et écouter du death bourré sous le soleil dans une ambiance où tout le monde a la patate c'est le summum. J'aime les festivals à l'étranger, c'est tout : ça mixe l'utile, l'agréable, l'instructif et un peu de dépaysement dans une ambiance estivale détendue du slip.

Quand on arrive en ville, enfin, dans cette forteresse, on se rend compte que seulement une partie du site est dévolue au festival, le reste est tout simplement habité. De vieilles casernes décrépites recyclées en appartements qui ne payent absolument pas de mine sont jalonnées de restaurants et de bars, et ensuite, au bord de la rivière, sous le cagnard, on dépose nos valises, on monte la tente, on hume ce fumet déjà reconnaissable entre cent, mélange d'effluves d'urine, de binouzes allemandes par paquets de douze, de plastoc et d'excréments, alimenté par les sons de flatulences, égosillements et rots que l'on affectionne tellement, nous les gens qui comatent dans les campings de festival metal. Et après on rentre dans le fin du fin, un grand espace où l'on ne sera jamais coincé, jamais perdu, mais où en même temps on pourra prendre le temps de se poser. Ce festival est blindé de recoins, on peut au choix lire un bouquin dans un transat, taper un boeuf sur du matos hors de prix, boire un café turc sous une tente en fumant une chicha, faire de l'autotamponneuse, ronfler dans le petit coin lounge parsemé de canapés en fins de vie, se regarder des chefs d’œuvre comme le Commando d'Arnold, ou des documentaires ultra confidentiels sur la scène doom de Sheffield, sur les quatre rockeurs de Kaboul, ou d'autres films de genre : Starship Troopers, Suspiria, Sympathy for Mr Vengeance, et bien d'autres. En fait on aurait pu passer ce festoche à regarder des films dans la salle dédiée. Qui faisait office aussi de sweat lodge. Ajoutez à cela une multitude de bars où la pinte d'Urquell ou de Radegast se boira pour 2 balles, des bars à absinthe, à whisky, à thé, à jus de fruit, du resto tenu par des Hayé Krishna au méchoui gore où c'est le boucher de Diablo qui vous sert... la liste est très longue, fait la part belle aux loisirs simples pas tape à l’œil, rah, il y avait tellement de choses à faire, tellement de coins pour glander et se reposer entre les concerts, c'était le paradis du glandouilleur métal bourré ! Traversées de couloirs ténébreux, étalement du corps, achats de biens de consommation grindcore comme des t-shirts de Fuckface ou du festival Fekal Party... tout était putain de bon, la bouffe, la picole, les gens, venus de partout, de tous les âges... remarque en passant : il faudrait faire une étude sur l'âge moyen dans les festivals de métal, j'avais comme l'impression, parfois, qu'on avait tous pris un putain de coup de vieux... la jeunesse se la met ailleurs en masse... donc n'ayez pas peur du jeunisme, il n'était pas là. Enfin, je crois.

Et la musique alors ? Comment pourrais-je vous résumer tous les kifs que j'ai pu éprouver dans ce festival ? Il y avait tout ce que j'aime : des vieux groupes de death (Sadistic Intent, Broken Hope...), des groupes de goret core (GuineaPig, Inhume... ), des groupes de hardcore punk (H20, Shelter (!), Terror...), des machins technico brutaux (Origin, Nocturnus, Dying Fetus...), des trucs inclassables, du prog et même de la musique électronique, on croise Eric Forrest ou Ross Dolan dans le public, on est entre soi, on est au brutal assault. Je vais quand même vous donner mon ressenti général avant de donner quelques clins d’œil à tous ces groupes : globalement le son était bien massif, les scènes étaient vastes mais on pouvait bien voir de partout, un supplément à payer pour grimper sur un des remparts vous laissait même le luxe de pouvoir écouter tranquillement Behemoth beugler pendant que vous piquiez votre petit roupillon de récupération de la veille... tout s'enchaine nickel, il y a eu quelques problèmes mineurs d’électricité, dès qu'il y avait un retard les gars le communiquaient, bref, à part certains chevauchements impossibles à résoudre tout était, juste. un putain. de panard.

J1 : SI TU T'RESPECTES PAS TOI-MÊME, COMMENT VEUX-TU QU'LES AUTRES Y T'RESPECTENT ?

Il va falloir donc jongler entre la glande et l'écoute active. Les scènes : deux grandes jumelles, une autre un peu plus loin sous une tente, une bien plus petite entre et puis un coin pour les gars qui joueront de l'électronique dans le "lounge brutal". Les déplacements se font tranquillement, peu d'embouteillages, jamais de blocages, on peut voir tout ce qu'on veut. Pas de limites. Pas de casse-burnerie ! Le premier jour c'est celui où l'on prend ses billets, où l'on plante la tente, où l'on est bien content d'être arrivé, où l'on ne va pas râler devant l'esprit tatillon de la sécurité à l'entrée, où l'on va s'extasier sur les marquages à la culotte d'une puce qui servira à tout (payer les douches, payer l'eau, la bière à peine plus chère et beaucoup plus abondante, rentrer, sortir, aller chier dans des chiottes propres...). Et c'est celui où enfin on va écouter des groupes autrement que via des écouteurs. Les premiers : Shelter. Groupe bien connu par les amateurs de mantras hindous, délivrant un hardcore extrêmement positif. Le discours sera dédié. Les mérites aussi, le soleil sourit tel ce sticker "ja bitte / nein danke", les crânes sont rasés, Krishna dans un coin sourit alors que la poussière s'élève et que nous sourions, aussi ! Amen ! Après une balade, je regarde un peu Comeback Kid, hardcore très métallisé avec beaucoup de émo dedans, du émo barbu poilu qui garde sa dignité et ne va pas se foutre torse poil, contrairement au dernier concert donné par Comeback Kid en Tchèquie, nous confie le chanteur pas avare d'anecdotes avilissantes sur lui-même. Ensuite, la Brujeria parce qu'il le faut bien. Je crois reconnaitre le guitariste du Pentagram chilien côté Jardin, et toujours Nick Barker aux futs, les autres... je sais pas. Peu de hits. A part La migra de circonstances, le traditionnel Matando Güeros ou la Marijuana façon Macarena. Absurde, grotesque, mais jouant trop de morceaux du dernier que j'aime moins, Brujeria nous aura insulté une fois de plus de connardos, ça change des enculeurs de maman, motherfuckers ! La première véritable perle arrive quand la nuit tombe avec Helmet que je vois enfin, des années après ce clip extrait de la BO de The Crow... c'est joué au millimètre, Hamilton est un prodige, claque des solos sur la brèche, c'est tendu comme un constipé à bout de nerfs, à vif, y a plus de climatisation, le voisin du dessus fait chier, et ils ont même joué Just Another Victim, OK ? RAAAAAAH. Tout le monde vieillit, certains deviennent plus aigres que d'autres. Je pense que sur ce point Page Hamilton aura toujours une longueur d'avance. Je rate pleins de trucs et me retrouve un peu au pif devant Lvmen. Résumons : je me prends une autre claque, pif et paf ! Lvmen est un groupe tchèque de Prague, qui s'est mis en veille quand son chanteur est mort. Le groupe ressuscitera quelques années plus tard. On pourrait vite persifler "Neurosis", mais en fait non, mais oui il y a des projections derrière la scène, mais non ces morceaux ressemblent plus à du post rock très très tourmenté, très beau et inspiré de la mort, de la putréfaction, des substances hallucinogènes, de la joie de vivre avec deux trois vis dans la tête et j'ai été transporté comme un joli supporter du Roadburn. Ça se jouait en effet sur la scène dite "Oriental", qui verra peu de groupes jouer chaque jour, plutôt estampillés underground, avec styles variés, du black metal au rock gothique. Après ça, je traine comme de coutume et m'écroule devant Gojira. Je ne sais pas pourquoi certains groupes semblent presque s'excuser d'avoir du succès, c'était un peu le cas avec eux, leur modestie les ensevelira sous des gravats d'immeubles en feu détruits par des dinosaures titanesques, foi de Danzig ! Mais sinon ça passe bien pour commencer une simili sieste sur la butte, la "tribune" comme on se le dira, un peu par défaut, gardé par des portes comme dans le métro, avec les gentils CRS qui vont avec. Je m'ennuierai encore un peu plus devant le concert de Paradise Lost : je préfère quand ils restent sur une set list plus récente ou plus homogène, là ils pompaient un peu partout et ça fait montagnes russes quand même. Ou alors j'étais déjà en train de dormir debout. En tout cas on se rentre, les hurlements de Tormentor me faisant penser que je serais bien allé les voir, mais non je veux juste m'allonger, et je suis bien trop loin maintenant !

J2 : ICH HEISSE RASTIGNAC

Je suis réveillé 1h43 plus tard par toutes sortes de sons et lumières. Il me faudra deux jours pour vraiment m'acclimater au camping, à l'éclairage type Mirador de l'Enfer en plein sur les tentes pour faire genre on vous surveille et à la chaleur bien épaisse. Je me faufile pour prendre une de mes premières douches dignes d'un morceau de goregrind et uggggh, on traine dans cette ville caserne toute décrépite avant la reprise du combat... heureusement que ce festival existe se dit-on naïvement, comme un touriste qui a oublié combien son bled est dix fois plus chiant le mois d'août ! Mais quand même, il règne dans ce coin une atmosphère de décrépitude, de semi abandon qui même dans les zones les plus désolées de France je n'ai pu voir encore (mais ça ne saurait tarder ahah !). Donc, la musiiiiqueuh : du DEATH METAL. On se faufile facilement devant Broken Hope. Le guitariste, un peu sosie de Jack Black va nous mettre de la purée en prise rapide dans les oreilles, et enfin je pourrai headbanguer de manière digne pour la première fois : pas possible devant Shelter ou Paradise Lost, désolé, pour des raisons différentes (trop happy, trop sad). J'aime beaucoup Broken Hope, c'est le cas typique de petit groupe de gras qu'on se ressort de temps en temps pour se dire que le temps passe et que tout trépasse : beaucoup trop de disto, règne de la clé de fa, guttural, déglingué, très efficace. A noter que Ross Dolan d'Immolation et Jeremy Wagner le seul survivant du Broken Hope originel se retrouveront pour tchatcher underground dans notre lounge à canapés gris / marrons préféré : vous voyez que ce festival est multicarte ! J'irai ensuite errer en écoutant vaguement le black ou death de Diabolical et le copier/coller de Comeback Kid ou Converge effectué par Counterparts, en me disant que c'est bien de jongler entre hardcore et death metal mais que ça serait mieux s'il s'agissait de came adapté à ma rate... la vague va remonter avec Exhorder. Super thrash uber qualität type Exodus, fun, dextre, à fond la caisse, détendu du fion. A voir s'ils passent chez vous et que vous êtes adeptes de ce genre de metal coloré où le groove a bel et bien son importance. Groove, son, lumière : ce que H2O vont ensuite m'apporter. J'écoute ce groupe dans mon coin depuis bien longtemps : il s'agit ici de hardcore punk extrêmement lumineux, positif et en même temps très énergétique et ancré dans une réalité qui est loin d'être bisounours, ce qui est pour moi le mélange parfait quand on veut parler du monde. Je suis toujours touché par des approches comme celles des vieux de Fugazi ou Shelter parce que ça touche quelque chose d'universel et très puissant. Alors danser la lambada, pardon, circle piter entre vieux en compagnie du chanteur ayant dix ans de plus que moi ça m'a redonné un putain de coup de fouet de la jouvence qui nique les poumons ! Finito la clopa ! Vive la fête ! Vive H2O ! Après ces émotions je me coltinerai encore une fois une baffe monumentale avec Blood Incantation, le groupe de death du moment à voir en live. La qualité de composition, la simplicité de ces gars qui se la jouent "mec d'à côté aux cheveux longs" et leur capacité, comme leur nom l'indique, à invoquer un souffle grandiloquent ne m'a pas laissé indifférent, ça c'est sûr. Je saute ensuite Mortiis (mon côté goblinophobe ?), je baille une nouvelle fois devant Green Carnation et son rock de dimanche matin en Norvège où tout est beau mais où on est un peu triste quand même pour encore une fois m'étaler comme une merde sur la "tribune" surplombant les deux scènes principales, ronflant en m'écoutant encore une fois Dying Fetus en concert. Je pourrais les comparer à Unsane : quoi qu'il arrive, quel que soit notre état d'esprit, notre concentration, on est jamais déçu par Dying Fetus. Ces mecs sont d'un professionnalisme qui laisseraient babas les plus compétents agents des services de sécurité présidentiel. Et je sais de quoi je parle ! J'ai lu le Canard enchainé sur la route ! Je laisse tomber Myrkur qui n'est pas mon truc du tout (j'aime pas la folk blackounée à rune, jurisprudence Wardruna), je vais voir Grave Pleasures sur la scène Oriental pour voir, pensant vaguement que ça serait du sludge. Ben voilà, puni de n'avoir pas lu les chro-chros de guts. Grave Pleasures joue un rock gothique très entrainant mais un peu hors sujet dans ce festival... vraiment éloigné de l'ambiance générale, et de toute façon c'est moyennement ma came ce type de musique - à noter qu'ils ont leur lot de fans en Tchéquie, ça beuglait sec les refrains autour de moi ! Je laisse donc tomber et vais m'écrouler sur un sofa en face du cinoche qui passait je ne sais quoi. Je m'endors en bavant et commence à faire des rêves mi-éveillés chelous : j'ai l'impression de me balader dans la salle, d'être plusieurs personnes en même temps, puis tout s'efface, puis agglomération, puis désintégration au son de voix mixées, mises en boucle, sans parole, juste de la voix dans le vide, comme dans une cathédrale version fractale. En me levant péniblement, voyant l'angoisse des gens autour de moi, animé par la soif de binouze je me barre. Et qu'est ce que j'entends ? En fait il s'agissait tout simplement d'Attila Csihar et son projet Void ov Voices. J'ai donc participé à un rituel dark ambient imprégné de sieste et ce fut une des plus agréables expériences de ce festival. Sans rire ! Vous avez donc compris que je suis cramé, les heures de bagnoles et de non sommeil consécutifs à la canicule de la semaine passée et aux hurlements de mes congénères en périodes de rut n'amenant pas à une forme olympienne, mais tel Jupiter je vais quand même continuer à ronfler, cette fois dans l'herbe de la tribune avec en face de moi Laibach qui va jouer un set très rigolo, dansant et hypnotique, faits d'injonctions au public moquant celle habituelles des groupes demandant à la foule de faire des choses ("HANDS UP ! Haut les mains je vous dis ! ho !"), avec des projections je vous raconte pas la teneur en champignons et cette voix suave susurrant des horreurs apocalyptiques. Belle reprise de One Vision de Queen, je l'ai eu dans la tête toute la semaine. EIN MENSCH EIN ZIEL EIN WEISUNG. Tout simplement. Je suis tellement bien à trainer que je ne me lève plus. J'aurais pu regarder Pillorian mais je ne voulais plus me lever, ça n'aide pas ! Donc Converge couché, c'est bien aussi, même si, encore une fois, toute la production post You Fail Me m'emmerde, malgré le jeu de scène à la Woody Woodpecker de J. Bannon. C'est propre, c'est bien joué, et ils finissent par Concubine, voilà ! La suite ! Marduk. Ben eux j'aime moyen, et depuis encore bien plus longtemps, mais je reste par curiosité, on m'a tellement vanté leur puissance en concert. Ben je trouve que Laibach leur foutent la misère à ce niveau là. Jouer sur les codes de l'armée ou du totalitarisme, c'est bien, mais bien le faire, c'est mieux, et là c'est foutrement linéaire, moche et cette manière de chanter comme le gars de Pain of Salvation un genoux à terre ne m'impressionne pas ! Sur ces pensées positives, je vais ramper jusqu'à ma tente pour dormir 1h23. Étonnant, non ?!

J3 : JE TE SURVIVRAI

Oui, camping de mes rêves, stalag de mes cauchemars, je te survivrai, ein brennen der glut, ein gott, ein leitbild en somme, je me sens surpuissant ! Testez vos limites : si à partir d'un certain âge vous vous posez des questions sur votre résistance psycho physique à la fatigue, allez camper dans un festoche de musiques brutales. Eh bien j'y suis arrivé, et ça m'a sacrément regonflé cette estime de soi dont on parle si souvent dans Femmes Actuelles. Bon, trêve de plaisanteries, allons mosher sous la pluie avec Cutterred Flesh, groupe de brutal death comme à chaque petit déjeuner, encore de très bonne facture, jouant devant quelques pauvres hères : le groupe est carré, dégueulasse, j'aime. Je vais ensuite regarder de loin E-Force. E-Force c'est Eric Forrest qui reprend des morceaux de quand il s'appelait E-Force et qu'il jouait dans Voivod. Bon, je sais qu'il y a des fans de ces deux albums, mais je n'en suis pas. Je ne me suis pas tatoué de fourmi mécanique sur l'épaule comme E-Force moi ! Le gars est encore très très en voix par contre, je le verrais bien dans un vrai groupe de death trash ou grindcore, il a une présence certaine aussi ! Dommage de rester sur le passé comme ça, à mon humble avis. Ensuite Hypnos enchainera, jouant un death "moderne" habillé de masques de médecins antipeste, bof, je trouve pas que ça m'en remue une pour toucher l'autre comme dirais Jacques, contrairement au combo Inhume / Sadistic Intent qui suivra. Inhume est groupe hollandais de deathgrind, c'est vraiment pas fin, mais qu'est ce que c'est bon à regarder ! Deux chanteurs, ça change tout, Dédé et Tonton Lolo sur scène, pas un poil sur le caillou, à nous parler (de manière gutturale bien sûr) d'éviscérations diverses ou de crashs d'avions. Les gars donnent tout pour montrer qu'ils sont au septième ciel ici, ça m'a bien revigoré. Ensuite, sur l'autre Main Stage Sadistic Intent, quasi préhistorique groupe de death metal très très evil, américain, cuir, clou, et efficacité. Impossible de ne pas headbanguer pendant une heure. Première fois que je les vois, je sens intimement que j'ai eu de la chance de les croiser sur mon chemin. Death metal comme il faut, j'ai envie de dire. S'ensuivra une longue errance où la fatigue, et un certain besoin de faire une pause de silence m'emmèneront dans la salle de cinoche pour regarder ce docu sur la scène doom anglaise, avec interviews et suivi sur le côté DIY du doom stoner ou sludge actuel. Bon c'est très très local, même s'il y a des interviews de Bill Ward ou Kirk Windstein qui prennent un peu de hauteur pour parler du genre, mais finalement ça se laisse regarder, notamment pour écouter le fabuleux patron de head shop et batteur du groupe de sludge Kurokuma, groupe qui a quasiment ouvert le festival, et que j'aurai l'occasion ensuite de croiser dans le public avec sa dégaine toute droit sortie du film Clerks. Bond dans le temps pour se retrouver à regarder la fin de Pestilence sur une scène principale. Je ne sais pourquoi, je n'ai pas été touché par leur musique... ça pourrait être juste une histoire de contexte, c'est bien le problème des gros festivals, c'est comme un gros musée, les espaces réduits entre concerts ne peuvent pas forcément permettre de tout bien apprécier à sa juste valeur. Et puis les guitares sans tête jouée avec un micro-casque me font toujours peur (jurisprudence Esoteric). Je zappe plein de trucs que j'aurais dû voir (Eskhaton, Azarath, Terror, Misery Index qui jouent tous en même temps) pour arriver dans les affres des chevauchements. En plus des groupes juste cités, d'autres se retrouveront ensuite dans le même peloton mais pas au même endroit : comment choisir entre At the Gates, Wrathprayer et Aluk Todolo ? Je vais donc piocher un peu dans les trois. Deux me décevront un peu : Wrathprayer qui n'atteindra jamais le niveau de mandale rituelle que j'avais pu recevoir avec Blood Incantation sur la même scène, Aluk Todolo que je ne comprends simplement pas, je ne comprends pas leurs histoires, je ne sais si ce sont des jams ou des morceaux construits qui veulent aller au bout de quelque chose, je suis désorienté, et je m'ennuie. Et At the Gates ? Ben j'aurais dû rester devant eux tout le long en fait. J'ai vu le début, la fin, c'était beau, triste, énergique, professionnel. Rien à dire, à part que l'hésitation fait bien mal les choses. Le dilemme des chevauchements continue avec Ministry dont je vais regarder mollement le début pour être gavé de trumperies assez rapidement, Dragged Into Sunlight et Misthyrming. Je pioche pour les islandais, les ayant plusieurs fois ratés auparavant, et je fus encore déçu : le son n'était absolument pas adapté à leur musique. Tout était rendu façon bave de chat, toute l'énergie a fait flop, et l'ennui monte encore. Pfff... Cette fin de soirée finira petit à petit en déconfiture, je me trainerai à dormir devant Behemoth et sa débauche creuse de Satan M'Amour chorégraphiée comme une cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques. Je regarderai d'une manière un peu plus amusée le set de Carpathian Forest qui en rajoutait dans le grotesque, le troll, en parlant en allemand au public, en mimant Lemmy en disant qu'ils venaient de Norvège et qu'il jouait le rock and roll, avec cette voix de grenouille castrée, et cette manie de reprendre n'importe comment du Cure. Dead Congregation joueront ensuite bien trop tard pour que je puisse être assez fort et concentré sur leur musique. Je me met en boule, pleure, et roule tel un tonneau sur la pente qui donne sur le camping pour faire un sommeil sans rêves de 2H47. Grasse matinée quoi !

J4 : ON EST PAS DES FAUX METAL

No no no no, on est pas des filletteeuhhh ! On bouffe petit déjeuner anglais ! Bière à 10 heures ! Guineapig à 11 ! GRUIIIK, mosh à deux à l'heure, comme un fumet d'Obscene Extreme, j'ai kiffé, comme tous les premiers groupes de 10 heures du matin que j'ai vu là-bas. Ensuite Coffins. Encore une fois je m'emmerde devant Coffins. Je trouve ça tout plat, tout chiant, allez on va donc... rien glander ! Je verrai juste un bout de Plini, groupe de jazz metal instrumental avec des guitares sans tête (angoisse), mais c'est juste que j'attendais devant pour voir Integrity. Depuis l'intégration de l'ex guitariste de Pulling Teeth, je trouve qu'ils ont encore gagné en présence sur scène, le gars joue super propre, et puis voilà, c'est du Integrity donc il y aura trois anciens dans le public qui feront un peu de KDS, quatre autres qui reprendront les couplets en hurlant, et puis tout le monde qui restera un peu figé pendant les moments les plus glauques et il y en eut quelques uns... Sous le soleil, les fils de Satan ne se reconnaissent pas forcément en leur prêtre ou prophète ou Cassandre, mais bon, ça s'est bien casé dans mon agenda. Ensuite on se tâte : cela vaut-il le coup de regarder un groupe comme Origin ? C'est tellement n'importe quoi dans le style guinness book des groupes qui jouent le plus vite possible ! Ben en fait ce sera terriblement efficace, un peu indigeste certes, mais à regarder shredder et jouer de la batterie comme ça, on se retrouve vite la mâchoire pendante en se demandant si c'est possible. Et le chanteur a une présence et un humour qui font mégamouche. Ils iront même jusqu'à inviter un air bassiste dans le public vu que celui du groupe fut, selon le chanteur, "perdu avec les bagages par la compagnie aérienne". Ensuite je regarde mollement Unleashed depuis mon nid d'oiseau, quelle grande corne ! Il doit en avoir de la bière là-dedans ! L'après-midi sera très anthologique, avec Messiah, ce drôle de thrash un peu biscornu joué par des anciens, et puis Nocturnus AD (me demandez pas l'historique du groupe, ça demanderait un report en tant que tel). Quelques remarques quand même : c'est dur d'avoir l'air evil sur un synthé quand on joue dans un groupe de death. Et puis rien de mieux que de dire qu'on a co-écrit une chanson de Morbid Angel pour faire se soulever la foule. Arf. Sinon, les classiques furent joués, et notre Mike Browning préféré nous dira par deux fois qu'ils sortiront prochainement un album chez Profund Lore, histoire qu'on n'ait pas pigé. Je nagerai ensuite dans un océan de zombification graduelle, me trainant jusqu'à ma butte tchèque à somnoler devant Belphegor, black metal bien peinturluré et qui se veut méchant, pour ensuite vivre l'épreuve d'écouter Pain of Salvation, le type même de groupe de metal prog qui n'arrive pas, pour mes oreilles, à jouer simplement de la musique émotionnelle sans que ça passe pour les atermoiements d'un collectionneur de légos devant cette pièce qui manque pour finir son bateau de pirate. Je suis un peu trop dur, mais Marillion par exemple j'aime un peu, mais cépadumétal, là le mélange des genres ne colle pas du tout, on dirait un canevas à moitié terminé, et très larmoyant. Bref. Ensuite je vais me coltiner le pire concert du festival : Sepultura, qui fêtait les vingt ans de la présence de Derrick Green au chant. Qu'est ce que j'ai trouvé ces morceaux chiants... le chanteur est tellement statique, les morceaux tellement simplistes tout en se voulant "complexes" et "riches"... je ne vois là qu'un groupe qui a capitalisé sur son nom en servant de la soupe aux masses, de gré ou de force, et ça m'a fait souffler, souffler ! Arrrrh ! Et c'est pas les deux trois reprises de morceaux un peu plus anciens qui changera quoi que ce soit, le plus antique repris restant Arise. Bah. Bon, de toute façon j'étais pas là pour eux mais pour Danzig. Lui, je ne m'attendais pas à le voir un jour en concert, je pensais qu'il avait définitivement disparu dans un tourbillon de fumée, sortant de chez lui un jour de grand soleil, s'évaporant d'un coup. Mais en fait non, il a sorti un disque, et tourne encore ! Mais sous certaines conditions : faut pas filmer, faut pas photographier, sinon il annule le concert, ce que je dis à mon voisin qui évidemment sort son bout de plastique de merde au bout de deux minutes. Et il ne sera pas le seul : j'ai angoissé pendant une heure à l'idée que le concert ne s'arrête parce qu'un connard non-comprenant voudra absolument enregistrer sa vidéo pourrie pour la foutre sur YouMerde afin de prouver que c'est un tocard de plus dans l'océan d'immondices qui traverse quotidiennement le monde réel et celui beaucoup plus fucké d'internet. Putain. Mais bon, Danzig nous dit que c'est la première fois qu'il joue en République Tchèque, que c'est les trente ans du groupe, et que, ma foi, il est putain de content d'être devant une putain de fucking bonne audience dans cette putain de nuit putain motherfuckers ! Donc déroulage de classiques après quelques nouveaux morceaux qui m'ont bien plu (notamment le nocturne et hard rock "Devil on Hwy 9"), pour conclure évidemment sur l'habituel "Mother" que tout le public demande depuis une heure. Vieux gars, bien grincheux, musique conservée dans l'alcool, bonheur qui se lit sur les visages tout autour de moi quand je me retourne, toutes générations confondues. Et là je dépose les armes. J'aurais pu voir Full of Hell et Aura Noir, mais ce n'était pas possible physiquement, d'autant plus qu'il fallait se ramener dans nos peinâtes le lendemain absolument. Route que nous fîmes en une traite, allez, à peu près dix/douze heures entre Clermont et Jaromer si vous vous posiez la question. Et aujourd'hui ?

LA CONCLUSION. LA CONCLUSION. PUTAIN, CONCLUE LA CONCLUSION !

"Voyage, voyage, plus loin que la nuit et le jour". Nous fîmes une halte à l'aller à Schwäbisch Hall en Allemagne, nous trainâmes à Jaromer arrivé là-bas, j'ai goûté à tout ce que je pouvais goûter, et j'ai encore fait des découvertes. Et surtout j'ai vécu pour la première fois le Brutal Assault. Alors, je vais y aller directo : si vous en avez marre des trop gros festivals, et que vous en avez plein le fion d'être obligé d'être compressé comme à Tokyo dans le métro à l'heure de pointe parce que Johnny Depp est en tête d'affiche, osez les plus petits festivals, à plus petite envergure, un peu plus loin, beaucoup moins cher, des festivals à taille humaine, tenu par des gens nonchalants et en même temps très pro, dans un contexte de solidarité métal et de camaraderie tranquille comme j'en ai rarement vu. Y a des paquets et des mégapaquets de gens qui font la morale à longueur de journée sur la prétendue incapacité de certaines communautés liées par la musique à vivre ensemble sans passer pour des gros cons individualistes, suiveurs de mode. Ce festival, comme bien d'autres prouve le contraire : "la passion avant la mode" comme dirait H2O, la passion avant la consommation à la con, cette passion je l'ai encore une fois vue, et encore une fois vécue entouré de gens réels, avec plein de gonzesses, plein de vieux, quelques jeunes et même des enfants et vivre ça encore une fois, si vous saviez comme ça fait du bien. Horns Up les gens !

Mots clés : brutal assault, metal, metal, metal, hardcore punk, grindcore, gruik, biere, tchequie, frites, tofu, toilettes chimiques, cinema, commando et humanite riante

Dernière mise à jour du document : jeudi 16 août 2018

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