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 - au groupe / artiste Shellac

SHELLAC + Allroh - La Vapeur, Dijon, 03/10/10

par Raven › mardi 5 octobre 2010


Style(s) : rock

Shellac ne fait que deux dates en France.

Même en adorant Big Black parce que le rock'n'roll c'est mieux que le rock tout court (on dit même "rock minimal" figures-toi), les jeunes comme moi arrivés après la guerre savent aussi que Big Black appartient au passé, et que rater Shellac serait une erreur, dans mon cas doublement puisque je les avais jamais vus. Une erreur surtout pour la simple et bonne raison que ce groupe - si pas sensationnel ni choquant ou outrageux ou outre-éjaculatoire ou que sais-je comme peuvent l'être bien des formations produites par le gars à lunettes rondes dont j'ai oublié le nom - est une véritable bête de scène, sans concurrent dans leur style puisqu'eux seuls le pratiquent, nue, crue et sans le moindre artifice, capable de te faire croire l'espace d'une heure que le son émis par une guitare une basse et une batterie ne peut être mieux agencé que par ces 3 cons de Chicago. Bref, le rock, sans fond de teint, avec cet humour moitié-subversif moitié-insolite (et surtout très con) qui fait toute la différence et qui est indispensable. Le trio qui mérite son nom dans le milieu, d'un professionnalisme qui me ferait presque aimer le terme. Les papas quoi.

Même si ici le secteur choisi reste un mystère (Dijon, Lyon et basta), pour une fois je peux dire aux Parisiens "nananèreu", et à la horde Nextclues itou, pour toutes les frustrations que ces vilains m'ont fait subir... ce qui fait du secteur choisi un secteur choisi avec une très bonne intuition. Le fait que le concert se passe dans cette région de poivrots écervelés qui est la mienne me rappelle aussi qu'un groupe ardéchois que j'ai longtemps cru de notre cru (et que je goûte fort peu, contrairement au jambon cru) nommé Uncommonmenfrommars a été produit par le gars à lunettes rondes dont j'ai oublié le nom, vous savez, le producteur hype qu'aime pas les cds et pro-tools là, et qu'aime pas qu'on le traite de producteur... En arrivant à la Vapeur, je suis rassuré de constater que la salle est petite. Je décide de laisser mon manteau au vestiaire car j'ai chaud, demande au barman si c'est possible, lequel m'indique que oui moyennant finance de 1 euro, ce à quoi je réponds d'un silence lâche, avant de lui indiquer que je n'ai que 90 cents (ce qui est faux, mais pour le principe je ne lui ai pas donné 1 euro, ça me semble légitime), ce à quoi il me réponds 'bah, c'est pas grave'... puis il emporte mon manteau. Mmmmmmmmbref, revenons à des choses plus accessoires : le concert et l'ambiance.

Je ne vois aucun T-shirt Neurosis, Jesus Lizard, Helmet, Oxbow, Om ou même PJ Harvey, mais je vois déjà des T-shirts Nirvana, au nombre de trois, en l'espace d'une minute, apparitions inévitables que je craignais un peu (sans raison si ce n'est l'envie exceptionnelle mais crasse et paradoxalement sans l'être propre à tout un chacun sombre et expérimental de prouver la finesse de ma culture musicale au monde entier peuplé de cons sans finesse ni intelligence sans avoir les couilles de le faire avec ne serait-ce qu'une seule personne et la frustration ainsi engendrée le fait de constater que j'apparais timide voire invisible aux gens que je croise mais surtout le dédain pour ne pas dire mépris jusqu'ici inexpliqué par toutes les psychanalyses que j'ai faites que ce groupe dont le chanteur paraît-il mort et enterré m'évoque depuis mes plus lointains souvenirs - c'est à dire la scène de pleurs que ma cousine de dix ans mon ainée qui en arborait les posters et les t-shirts m'a fait subir le 6 ou le 7 avril 1994, alors que je voulais simplement regarder les minikeums sur la 3). Je croise le disquaire de Ciel Rouge (occupé à bavarder) bref la seule tête qui me soit connue. Je vois aussi un t-shirt d'Isis, et un mégot par terre alors que deux cendriers de la taille d'une poubelle sont installés à l'entrée.

Quand je pénètre la salle quelques minutes avant l'épisode épique du vestiaire à 90 cents, je constate que sur la scène une grande blonde un peu maigre (qui se révélera plus tard être un des nombreux poulains du producteur bigleux, qu'il décrira en ses termes très choux : "she has the voice of an angel") ressemblant de là où je la vois (distance approximative de 8 mètres) à un croisement entre Marine Le Pen et Zazie, fait une sorte de litanie incompréhensible type Liz Fraser sous lexomil dans son micro, en triturant mollement sa guitare, faisant tout absolument et totalement seule (et semblant absolument et totalement seule aussi). La tendre autiste jouera quelques minutes après avec un plumeau sur ses cordes comme si elle faisait le ménage (prouvant à qui en douterait qu'il ne peut s'agir que d'une femme), mais son truc, bateau et soporifique à mes oreilles, ne me captive pas le moins du monde, et je me dis que c'est juste le bon moment pour aller faire un pipi de type "déserteur" (j'exposerai une autre fois, car ce n'est ni le lieu ni l'endroit, ma théorie sur les "pipi de concert" et les "pipi de soirée", mais il en existe plusieurs types ayant plusieurs buts et significations sociales, par-delà le besoin physique). En étant aux toilettes, je pense à cette fille qui a l'air si triste avec sa guitare, et que je suis un sale connard méprisant de la considérer ainsi, parce qu'elle se met à nu devant un public qui s'en fout et qu'elle joue avec ses tripes, puis je me demande quel est son nom puisque la première partie n'était pas indiquée sur l'affiche... En sortant des toilettes (après m'être lavé les mains) et en revenant devant la scène où le fameux plumeau plumeaute joliment, je me dis que ça n'a aucune importance, et je retourne dehors. A un endroit tranquille, là où deux braves gars discutent des productions du gars à lunettes dont j'ai oublié le nom... pour Nirvana.

Une ou deux cigarettes plus tard, et après en être arrivé à la conclusion que cette demoiselle mériterait d'être dans un groupe plutôt que de faire du vent toute seule... le gars à lunettes rondes dont j'ai oublié le nom arrive, en bleu de travail tout à fait dans l'esprit. Il le retirera, révélant un T-shirt à l'effigie de jolis chevaux dignes des meilleurs couvertures de Mon amie Flicka. Les trois loulous sont dispatchés ainsi : 1. le gars à lunettes rondes dont j'ai oublié le nom + guitare + micro à gauche, 2. Trainer + batterie au milieu, et 3. Weston + micro + euh, basse, à droite. A peine dix minutes d'installation et de réglages, une petite demande de mise au point des lumières par le gars à lunettes rondes dont j'ai oublié le nom, désinvolte, qui constate que les (deux et demi) demoiselles du premier rang semblent aveuglées par les spots, on passe en mode tamisé et c'est parti pour un "A Minute" d'ouverture fort gouleyant... Déjà niveau son, pas e surprise, c'est du carré : même en étant puceau de Shellac live, je n'avais aucune crainte sur ce que ça allait donner; et puis ils jouent limite plus brut que sur disque, plus net, tranchant, précis, et tout ça sans excès de décibels... pas de secret quand on connait l'attachement pour ce genre de détails cruciaux du gars à lunettes dont j'ai oublié le nom.

Les morceaux défilent, à proportions à peu près égales des 4 albums me semble-t-il, sans que j'ai une seule fois l'envie de regarder ma montre. Le gars à lunettes semble lâcher un calcul rénal à chaque décharge de riffs, sans avoir l'aire de trop se prendre au sérieux, Weston est à fond dans son rôle du bon pote pas méchant de la soirée, l'atour social et amical, plombant de temps en temps le concert de ses traditionnels questions & answers au public sans que ça devienne lourd, Trainer - qui e révèlera la star - ne fait rien que de jouer, et il fait bien.

Je ne vous infligerai pas l'atroce torture qui consiste à résumer les titres un à un... Disons juste que j'espérais (en sachant cela fort peu probable) une reprise de ZZ Top en arrivant, et qu'au lieu de "Just got Paid" (qui était reprise par Rapeman y a vingt ans et des poussières, si vous le savez pas c'est mal) ils jouent un bout de La Grange. Ce qui est quand même la classe top moumoute, surtout qu'avant ils nous font une scène à la Marx Brothers qui nécessite - à mon grand regret croyez-le bien - l'unique emploi du mot "cool" dans ce report. Que sur la très attendue et très fameuse "Prayer to God" (rappel wikipédia dégradant pour votre serviteur : écrite comme catharsis pour demander à Dieu de tuer son ex-femme et le type qui l'a sautée), le gars à lunettes dont j'ai oublié le nom nous la joue à l'ancienne, les yeux fermés, voix tremblotante et petite larmiche d'amoureux éconduit perceptible, histoire de rappeler pourquoi ce brave Progmonster étiquetait le groupe "emocore" sur notre cher site dans ses chroniques. Que Wingwalker est un moment de solitude assez cocasse à constater comment le délire prend sur scène, mais une chanson aux paroles géniales, peut-être les meilleures pondues par le gars à lunettes. Que la chanson qui suscite le plus de fougue dans le public (qui était - à l'exception d'un slamer s'étant vautré comme un caca à quelques centimères de mon pied gauche - assez statique, mais statique je le suis aussi, ça n'empêche pas d'apprécier à fond), est "Squirrel Song" - et votre serviteur comprends évidemment pourquoi puisque c'est celle qui déboîte le plus sur 1000 Hurts avec Watch Song (celle-là sera zappée, mais on peut pas tout avoir, Pull the cup ça l'aurait fait aussi). Que le gars à lunettes dont j'ai oublié le nom fera montre d'un flegme total dans ses interventions et d'une nervosité dans son jeu de scène faisant totalement oublier qu'il ressemble dans le moindre détail au commun du nerd quadragénaire, insignifiant, pour nous en foutre à quelques moments plein la gueule en mode pissed-off. Que Weston, dans toute sa bonhommie et son charisme John Goodman, nous la jouera à la papa papa. Et que Todd Trainer fera le batteur : l'animal sans cerveau...

Parce que oui, Trainer... Franchement (vous avez déjà remarqué que "franchement" en début de phrase, ça fait très beauf ?) le plus agréable dans ce concert ne fût ni de pouvoir se régaler du son de guitare brut typique du gars à lunettes dont j'ai oublié le nom ni de goûter à la basse ronronnante de cousin Robert, mais bien d'assister au déchaînement d'un batteur complètement possédé et hagard, le genre de batteur qui a une batterie et qui battelle, si tu vois ce que je veux dire lecteur... une gueule de déterré, un corps décharné avec des bras de phasme deux fois plus maigres que les miens (= très très maigres), mais un jeu puissant et chirurgical, avec des thumbarounds de baguette à l'envi, du plus bel effet sur votre jacky de serviteur, un sourire de demeuré jusqu'aux oreilles devant le doux massacre. On comprend en tout cas ce qui a poussé je sais plus quel teubé de journaliste à faire la comparaison avec John Bonham (le genre de comparaison qui est souvent faite à propos de n'importe quel batteur un tant soit peu puissant et précis en même temps), et on comprends que ce grand ahuri n'a pas volé sa réputation.

Ce concert fût aussi, au rayon 'conclusion musicologue à bâiller d'ennui', l'occasion de confirmer à quel point Shellac est l'incarnation du rock alternatif pur, voire du rock pur. Le mot qui correspond le mieux, au-delà de tout les adjectifs du petit amateur de noise-rock qu'on peut empiler, serait LUDIQUE, même si c'est pas bandant dit comme ça. Shellac, c'est totalement ludique,le rock comme il devrait être à l'état brut. Les silences, aussi, ont rarement eu autant d'importance. Ils sont comme le reste : au fond on sait pertinemment que c'est parfois borderline avec la branlette, mais c'est du rock fait pas des puristes, donc pas de secret : rien ne sonne "en trop" dans cette branlette-là. Et à l'occasion, même si le poste du micro n'est qu'accessoire chez eux, ils savent pondre de sérieux tubes de hard rock pas plus prise de tête que du AC/DC, et c'est pas ce qu'a fait le gars à lunettes dont j'ai oublié le nom sur My Black Ass ce soir-là qui me contredira.

Le groupe terminera par deux morceaux m'étant inconnus, dont j'apprendrai après le concert qu'il s'agit d'inédits prévus pour le prochain album (inédits dont le brave Weston m'a écrit les titres sur le bout de PQ qui me servait de billet : "You came in me / Dude, incredible" - combinaison que je désapprouve au passage totalement puisque nous ne nous sommes même pas touchés et qu'il ne m'attire pas vraiment... à moins que cette histoire d'inédits ne soit encore une de leurs blagues à la con).

Pas de rappel(s). Pas besoin.

Mots clés : shellac, bob weston, todd trainer, steve albini, la vapeur et touch & go

Dernière mise à jour du document : mardi 5 octobre 2010

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