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IRM + GRUNT + SHIFT + KOEFF - Malmö / Göteborg - 04.09 et 05.09.2009

par Wotzenknecht › samedi 12 juin 2010


Style(s) : indus / noise / death industrial / harsh noise / power electronics

Road trip de clochard pour suivre quatre groupes bruyants dans leur pays d'origine. Sauf un.

Mes voyages en solitaire, c'est toujours quelque chose. Je note toutes mes infos sur une demi-feuille dans ma poche, avec un plan qui se résume en deux traits perpendiculaires et une flèche et quelques chiffes ici et là. Au menu sur trois jours : biscuits, yaourt à boire et café. Le reste se joue sur l'instant, en mode clochard et en fonction de ce que la nature sauvage voudra bien m'apporter : banc, toilettes publiques, magasins de disques...

Bref, quand j'ai vu qu'IRM allait jouer deux fois de suite dans deux villes de Suède, fort bien accompagnés de surcroit, je me suis dit que c'était l'occasion ou jamais. Un petit billet pour Copenhague le jour précédent et le tour était joué. Comment ? Où se laver et dormir ? Allons...

Jeudi : Copenhague, Danemark

Disquaires, disquaires, disquaires. Contrairement à leurs voisins du nord, les danois ne font pas fort niveau production musicale (Allez, à part Carl Nielsen et Trentemøller, vous pouvez m'en citer beaucoup ?) mais ils savent se rattraper niveau engouement. Dariev Stands en perdrait connaissance : des étalages sur plusieurs étages à en avoir le tournis, des vinyles de toutes époques, tous styles, tout, tout ; jusqu'à la limite où il n'est même plus amusant de chercher tant on méprendrait le magasin pour une discothèque. Sans surprise, j'ai dégommé le plafond de ma CB ce jour là, c'est donc le sac à dos plein et le ventre vide que je me couche dans une "auberge" (une sorte de goulag repeint, voir photo), en espérant que ma carte se débloque le lendemain sans quoi je serai forcé de jeûner pour le reste du voyage.

Vendredi : Malmö, Suède

Ma carte remarche, je respire et savoure mes premiers biscuits discount au café du coin. Couli sur les disquaires – il va falloir changer à nouveau de devise et je veux pouvoir manger et payer mon entrée ce soir. Pour ceux qui l'ignorent, la Suède et le Danemark sont reliés par le Øresundsbron, une très impressionnante construction qui commence par un pont puis se change en tunnel au beau milieu de l'eau. Trains et voitures y circulent de concert. Et hop, en un tour de main, me voilà au pays des blondasses (et des homos, mais ca c'est les finlandais qui le disent). Repérage du lieu du concert, hop hop quelques disquaires, cafés, méditation ahurie dans un centre commercial et, une chose entraînant l'autre, il a bien fini par être l'heure.

Pas mal de beau monde est venu assister aux cinq concerts de la soirée, organisée dans une gallerie d'art/performances : on croisera Lirim Cajani (Institut/Regim, ex-partenaire de Johanna Rosenqvist) et Henrik Nilsson (son acolyte sur Operativ Permanent), Bo Cavefors (vieux performer un brin pervers et collaborateur récurrent de Martin Bladh) ; et bien entendu les protagonistes de l'évènement : Mikko Aspa, Martin Bladh, Erik Jarl, Michael Oretoft, Martin Willford, Johanna Rosenqvist ainsi qu'un DJ très éclectique qui fera les transitions entre les sets.

Pestdemon

Graou graou, je suis trop un fou, je gratte mon micro sur un caillou. 35-40 minutes de noise bruyante et impersonnelle d'un jeune qui aurait tout aussi bien faire sa démo de raw black metal dans un autre univers. Pas mauvais, juste mouairf. Vite absorbé, vite oublié.

Koeff

Il est intéressant de constater quelle facette d'Institut Johanna tenait ; en l'occurence les rythmiques ciselées et les découpages "motorik". Plus intéressant encore, les moyens mis en oeuvre : on l'a déjà connue utilisant une machine à laver en concert (histoire de faire taire ceux qui aiment décrier le bruitisme, sans doute ?) - la voici ce soir avec des walkmans et un rétroprojecteur. Un gros travail sur la texture et la répétition des textes ainsi que de véritables morceaux nous seront servis comme sur son mini CD "Liminal Looks". Mis à part un côté un peu "artiste/plasticienne qui ne veut pas vieillir" de la tenue et dans les voix, j'en garde un fort bon souvenir.

Shift

Je connaissais mal le projet anglo/suédois Shift jusqu'à ce que cette rencontre live me rappelle pourquoi la musique bruitiste est surtout faite pour l'immédiateté. Dans une quasi-obscurité et réhaussée d'un seul plan ultra-ralenti sur des montagnes arides, des drones fracassants écraseront l'espace sonore tel un Sunn O))) version bétonnière automatisée. La voix de Wilford se noiera dans la basse fumante de son musicien de session tandis que les machines donneront la cadence, mur après mur, minute après minute. Tellurique était le mot que je cherchais. Sismique, aussi.

Grunt

Aucun finlandais n'avait fait le déplacement pour Mikko Aspa, c'est donc en territoire hostile qu'il jouera un étrange patchwork ininterrompu sur vingt minutes, s'ouvrant sur une partie harsh noise très puissante puis convergant sur du power electronics bien goret sur fond de porno (fait maison, cela va de soi). "Funeral Meat" que ca s'appelait.

IRM

Martin Bladh ayant finalement fait le choix de séparer ses performances maso-rituelles de son groupe principal, c'est donc sans sperme, rasoirs ni compresses que se déroulera le concert. Malheureusement, ils devront aussi faire avec des larsens soudains et non contrôlés. On aura droit à un titre vaguement basé sur les textes d'Indications of Nigredo puis un avant-goût des drones dévastateurs de Order4, avant que les incessants retours stridents et les problêmes de micros n'aient eu raison de la patience de Martin qui quittera la scène furieux un peu avant la fin du set. Pour une première fois, c'est un peu un coup dans l'eau malgré des moments forts – heureusement, il restait une autre date.

Il est une heure trente passée et je commence à me demander où dormir (ayant préalablement envisagé les parcs du coin). C'est finalement le DJ de la soirée, fort avenant, qui me fournira un toit et un peu de nourriture en échange de bras supplémentaires pour ramener son matos.

Samedi : Göteborg, Suède

Le matin, direction le bus inter-villes pour quatre heures de somnolence rythmée par le paysage de la campagne suédoise sous la pluie. Une fois arrivé sur place, rebelote : repérage des lieux, biscuits, yaourts. Sauf que si les finlandais ferment boutique à 16 heures le samedi, ces cons de suédois quant à eux baissent les volets dès 15h. La raison invoquée ? "Get drunk before the finns!" (sic). Et que peut-on bien faire entre 15h et 21h lorsque tout est fermé dans une ville vide et inconnue dont on ne parle pas la langue ? Je vous le donne en mille : rien. C'est donc avec toute ma placidité que je n'ai rien fait du tout, flânant d'un bâtiment à l'autre en regardant la lumière descendre sur les parois désertées.

Le lieu était prometteur : un garage à voitures réaménagé en salle de répétition et QG du label Release The Bats, où vont et viennent de nombreux suédois bien connus des cercles bruitistes : Sewer Election, Treriksröret, Ochu, BJ Nilsen... mais un garage c'est aussi pas très grand et si les espaces communs étaient forts avenants, la salle du concert n'était rien d'autre que l'espace de peinture, donc à peine plus gros qu'une voiture. À quinze plus les performers et les amplis, ca allait donner.

Koeff

Pestdemon ne jouerait pas ce soir, fort bien – C'est Johanna qui ouvre les hostilités avec un set somme toute assez similaire à ce qui avait été présenté la veille ; mais renforcé par ce lieu on ne peut plus carré, métallique et industriel. Très concentrée, elle nous délivrera des voix plus claires et un aspect visuel bien plus percutant, les diapositives étant les seules sources de lumières disponibles.

Shift

Noir complet pour cet assaut physique direct et brutal. Plus l'espace se réduit et plus Shift comprime sa masse jusqu'à asphyxie (confirmé deux mois plus tard dans un bunker), ne laissant plus qu'un mur de tremblement en pâture aux ossatures frémissantes dans ce sarcophage moderne.

IRM

Changement dans l'ordre du line-up, c'est Grunt qui clôturera. Voilà donc Martin, Erik et Michael prêt à refaire leurs preuves après un semi-échec la veille. Deux d'entre eux sont déjà passablement bourrés mais l'alcool continuera à couler à flot tout au long de la performance qui va s'avérer la plus intense de toutes. Les textes scandés, grincés, soufferts puis soudainement exhortés à la face du public fairont un solide contrepoint aux drones tour à tour ondulants, menacants, écrasants, étincelants – La négation de la transcendance spirituelle par une sorte d'élévation physique et charnelle à travers Indications of Nigredo, une reprise des Swans puis Order4 de nouveau jusqu'au black-out de Michael qui partira les yeux fermés s'éclater sur l'unique lampe, laissant l'obscurité recouvrir Martin, à genoux, qui explosera par terre un restant de chaise tout en hurlant de manière indistincte et répétée "LIGHT". Cela achèvera cette performance mémorable d'une formidable intensité, renforcée par la claustrophobie d'un tel lieu. Le taciturne Erik Jarl restera stoïque et concentré tout du long.

Grunt

Mikko Aspa de retour, pour vous rejouer le même mauvais tour : Funeral Meat, donc, qui étrangement paraissait moins menacant dans le garage que dans une salle de performances. Tout était là mais sans doute que les visuels, plus modestes, se perdaient un peu dans le béton bien plus présent. Difficile de parler de la performance puisqu'après une dizaine de minutes, les amplis ont simplement sauté ! Après Shift et IRM, la surchauffe était inévitable ; c'est donc un Mikko un peu penaud et frustré qui remballera ses machines.

La soirée s'est terminée dans l'ivresse et la fatigue la plus totale pour tous, à discuter black metal et homosexualité dans l'espace commun, riche en canapés de fortune. Si certains s'écrouleront rapidement (dans un canapé ou au milieu des canettes vides), d'autres feront plutôt une course informelle à qui tiendra le plus longtemps. Je succombais vers cinq heures du matin. Grand gagnant de la soirée, Mikko Aspa, aussi calme et réveillé que la veille, qui s'étaient endormi qu'une fois tous ses interlocuteurs ivres morts. Finlande 1 – Suède 0.

Mots clés : irm, koeff, grunt, shift, noise, industriel et power electronics

Dernière mise à jour du document : samedi 12 juin 2010

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