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 - au document Interview : Radikal Satan + live Report : Agathe Max/Radikal Satan, Lyon (ou presque), le 5 octobre 2015

Radikal Satan / Krupuk - Hôtel des Vil(e)s, Clermont-Ferrand, 10/10/2015

par Rastignac › mardi 13 octobre 2015


Style(s) : ambient / electro / folk / hardcore / noise / world music

Clermont-Ferrand, ville de ténèbres, cheminées d’usines, casernes, pierres volcaniques, ruelles glauques, bars perdus, snacks vides, quel autre quartier que celui de la gare pourrait être mieux disposé pour accueillir un concert de musique satanique radicale ?

Ave Satani

Malgré les concassages de vieux immeubles en plus récents restent de nombreux pans de vieux Clermont, dont le quartier coincé entre la gare et la place Salford, où peu de gens viennent se balader car il faudrait une raison pour cela. Une des raisons maintenant c’est ce squat (?), lieu autogéré en tout cas nommé « Hotel des Vil(e)s » que je ne connaissais pas il y a deux semaines, en même temps Clermont et moi on a fait un break pendant quinze ans, elle a changé, moi aussi, mais je ne me souvenais pas qu’à l’époque des squats culturels existaient… c’était peut être même pas nécessaire… des squats pour vivre oui il y en avait, d’ailleurs, l’hôtel des vil(e)s a son utilité dans ce domaine-là aussi mais pas vraiment de salle polyvalente autogérée comme le fait aujourd’hui ce lieu sportif, culinaire, culturel, politique… si vous regardez la liste de tout ce qu’ils proposent comme activités à « prix libre », ben vous vous pincerez en vous demandant pourquoi on n’a pas ce genre d’endroit à chaque coin de rue, du genre Tanneries mais à Clermont. Dingue. En plus, soirée riche, fallait choisir ce soir là, le Raymond Bar faisant jouer Morse, un groupe hardcore montpelliérain que j'avais bien aimé en concert y a un bail de cela, mais le lobbying pas très subliminal de collègues gutsiens ici même m'a collé dans la tête le nom de RADIKAL SATAN. Moilà.

Enfin, on arrive, on rôde, on comprend ensuite qu’il faut passer un portail fermé, on entre dans une cour avec chaises, trucs, machins, une cantine dans un coin, des habitations semble-t-il derrière, plus ou moins en dur, et une statue en métal comme une espèce de concasseur de bagnole dinosaure, argh. Des gens discutent, puis au bout d’un moment c’est décidé on rentre, on donne le prix libre, on regarde le merchandaïzingg, on voit le dernier disque de Radikal Satan (que je n’achèterai pas parce que j’aurai oublié de le faire) et des espèces de machins en plastique vendus par l’autre groupe en première partie. L’endroit n’est pas trop déglingué, mais ce n’est pas non plus Grand Palace, mais c'est un joli comptoir / scène bricolée, les gens se mettent à danser direct dès les premiers disques posés par le DJ qui fera les interludes et la fin de soirée, la bière est bonne, directe de la Haute-Loire, et on discute, on fume, on se retrouve dans la nostalgie de décennies indéterminées, look inclus, trois métalleux et deux punks dans la foule, sinon c’est le royaume du pull-barbe pour les garçons, de la robe-coupe au cutter pour les filles, plus des oiseaux de nuit ayant effectué un atterrissage d'albatros dans la fosse.

Premier acte, après cinquante clopes fumées plus ou moins volontairement et deux verres de bières, avec l’entrée complètement foirée de deux mecs marchant en aveugle, bonnet ou machin flexible enroulés autour de la tête. Le groupe s’appelle Krupuk, un guitariste, un batteur, qui vont donc jouer en aveugle du krupukcore… très décousu, alors que la sauce envoyait bien, et emmenait loin, sorte de truc planant J. Mascis atonal et bruyant, comme j’ai eu l’habitude de voir avec d’autres groupes du genre Don Vito, mais le problème, c’était vraiment ces grosses coupures entre les morceaux, à l’intérieur des morceaux, du son, puis plus de son, la corde qui pète, le machin qui fait pouet qui n'est pas branché, et des fois tout s'arrête sans qu’on sache pourquoi, j'ai l'impression de regarder une répète, ça casse toute prise du public sur ce que cette musique pourrait donner. Quinze blagues vaseuses plus tard, le groupe s’en va, et on va prendre l’air sérieux, parce que ça a duré des plombes et ce fut tortueux...

Trois litres d’oxygène plus tard, les DJs jouent des trucs que j’écoute vraiment distraitement, je retiens que c'était de la musique industrielle, du Neubauten il me semble, TG, Laibach… tout le monde flotte autour de nous, certains ont déjà l’alcool qui a monté bien fort, je sens que ça va être rude pour mon corps fluet, puis au bout d’un moment, comme si on nous avait sifflé par ultra son comme un chien de chasse, on se lève, on rentre juste au moment où Radikal Satan commence à jouer. Et alors là… je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai vraiment l’impression d’avoir été victime d’une expérience bizarre de psychomusick. De loin, OK, je ne connais pas bien le groupe, je n'ai écouté qu'un disque, je connais mal leur histoire, je voyais ça comme un tango déglingué un peu antéfuturiste, mais là, malgré le cruel manque de patate de la sono du lieu, les trois gars (accordéon, contrebasse, guitare) et la fille (percussionniste) nous ont pris par le colback gentiment pour nous faire danser mais de "deux-tiers", de travers, comme des chiens savants à trois pattes, comme des singes malades. Entre les gens qui rentraient en transe à l'intérieur (dont moi-même), et les couples qui s’enlaçaient dans tous les sens, la chaleur qui montait toujours malgré le petit frisquet extérieur, j’avais l’impression d’être rentré dans un corps fait d’une petite centaines d’individus, et j’ai vu mon esprit prendre la tangeante comme avec toutes les bonnes musiques fortes pour la tête, j’ai essayé de percer le mystère, et j’ai vu bêtement dans ce groupe un Satan Radical : entre ceux qui étaient perdus à cause du son (le nombre de gens qui se cherchaient), ceux qui regardaient par terre, et les autres qui s’oubliaient, c’était un vrai tableau de Grosz, les individus étaient fendus, leurs liens habituels tranchés, et quand certains couraient décapités, d’autres arrivaient à comprendre que ce soir c’était Rabelais Party, jusqu’à la fin du Charme. Tango donc, mais pas possible de danser un truc pareil tellement tout dans cette musique est désarticulé, ponctué de dark ambient ou de bruitisme démoniaque, hors du commun. Je vois au bout d’un moment des gens fatiguer, la dose est bien forte, et le groupe va jouer pas mal de temps, j’ai pas calculé, j’ai toujours pas de montre, l'impression qu'un Noé Black Metal nous a embarqué pour nous emmener sur Jupiter dans ce vieux rafiot de squat. Je ne me réveille pas vraiment de cette histoire, mais nullement traumatisé, très reposé en fait, car ce groupe est magique, dans tous les sens du terme. J’en ai même oublié d’acheter leur disque, comme je disais… on se rentre ensuite content dans la brume, comme des gorilles enchantés, Sigourney et moi, sur la route de la dame à la bûche.

Je vais donc ajouter ma voix aux collègues qui vous ordonnaient d’aller voir ce groupe en concert. Et je dirais même plus : j'attends de les voir dans une salle avec un son de compète, et là, je vous dis, en formation quatuor, ça risque de fuser haut dans le ciel.

Mots clés : clermont-ferrand, hôtel des viles, hôtel des vils, tango, noise, hardcore et dark-ambient

Dernière mise à jour du document : lundi 29 octobre 2018

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