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 - au groupe / artiste Elysian Fields

Elysian Fields / Swallow - Le Tremplin, Beaumont, 26/05/2016

par Rastignac › vendredi 27 mai 2016


Style(s) : folk / gothique / jazz / metal extrême / ovni inclassable / rock alternatif / doom metal

C’est le printemps, c’est l’été, c’est l’hiver mais un jour sur trois. Alors pourquoi ne pas sortir enfin de chez soi et aller se balader dans les salles locales pour écouter de la musique d’outre-mer ? Ce fut le pari osé, et j’ai envie de dire, complètement fou, de mettre le nez hors de ma grotte pour aller faire un tour dans la banlieue rurbaine de Clermont-Ferrand pour voir si Jennifer Charles y était. Voici le récit de cette soirée.

D

Elysian Fields, on connait. Mais moi je ne connaissais pas il y a peu, et je me demande comment j’ai fait. Pourquoi ? Parce que de tous temps, des origines à nos jours, voire depuis cette aube où l’humanité s’est élevée sur les vestiges minéraux de cette planète en folie j’ai fortement apprécié les groupes américains amateurs de benzodiazépine, biberonnés par la déchéance, et souvent portés par une voix d’homo sapiens de genre féminin, cf. certains morceaux du premier album de Shivaree, les étendues sableuses pleines de seringues usagées contées par les Cowboy Junkies, les titres les plus lents et secs de Tori Amos ainsi que notre chère Jarboe quand elle prend sa voix toute grave (« a laveeeeender ». M’voyez ?). Et là, qu’est ce que j’écoute ? Ben Elysian Fields. Lisez les chroniques chères messieures, si vous ne connaissiez pas, comme moi, le duo monté par à la fois, un homme, et une femme, et de la légende dans tous les coins, fortement « augmentée » par la simple présence de ces deux personnes qui, sur disque, sur scène, et même en photographie ne vous donnent pas forcément envie de jouer à la pétanque avec eux tout en pétant le cassoulet pastis que vous avez englouti au barbecue du village tout à l’heure. Cela n’arrivera jamais. Même si vous les aimez beaucoup, vous ne serez jamais amis avec eux. Pas d’empathie. Non, ici, c’est grave, c’est pas cool, c’est pas heureux, et c’est névrosé, et c’est grincheux, gris noir, cynique, pas sympa. Et beau, sous le soleil, sous la pluie. Comme dirait Joe Dassin.

Beaumont donc, une des étapes de la tournée européenne d’Elysian Fields, commune située aux marges de l’agglomération clermontoise. Le « Tremplin » est la salle où jouera le groupe ce jeudi soir terminant une journée d’été (la veille c’était automne, aujourd’hui… mouais, printemps plus plus). Salle municipale, avec une programmation assez éclectique, avec beaucoup de groupes locaux (d’où le nom de la salle j’imagine), mais ayant également vu jouer (je lis le programme) : Dying Fetus, The Apartments, We Insist! ou un groupe de reprises d’AC/DC… et Elysian Fields, déjà passé en 2014 par ici. Donc je me dis, bien ! La salle se trouve dans un quartier résidentiel récent comme on en voit beaucoup (trop ? pas assez ? écrivez à votre maire). Le lieu est adossé à un terrain de rugby, des gymnases et dojos formant un complexe assez détonnant type « mens sana in corpore sano ». Manque plus que la bibliothèque, et la piscine. Et le bar ! Et le resto ! Et vous avez tout au même endroit. Pratique.

On tourne un peu, on voit la salle : la fosse a été transformée en café concert, en club de jazz : des petites tables rondes (en fait des bobines de câbles si on regarde de plus près), avec des illuminations intimistes, ça va être bien cosy, surtout que la salle n’est pas comble, on ne se presse pas, il fait chaud mais pas trop, ça va être tranquille. En première partie Swallow, un groupe semble-t-il du coin, deux guitaristes, dont l’un va chanter, métaphorisant en français ou en anglais la dureté de la vie d’une manière qui ne va pas me plaire. Le contraste engendré en moi par leur musique sera trop fort avec ce que je souhaite chercher ce soir, voyant ici une formation acoustique à la française style Tryo en un poil plus sombre, mais dont les textes et leur interprétation vont me donner trop de boutons pour que je reste en compagnie de la foule. C’est contagieux. Définitivement pas conçu pour ce genre de propos suis-je.

Je fais donc un aller-retour au bar. Je bois, je regarde la bobine des héros de ce soir sur leurs cds, affiches, cartes postales, je vois leur tournée européenne qui privilégie la France, allant même jusqu’à jouer dans une MJC à Cannes ou à Bourg-en Bresse… « tout le monde parle de pop musique partout, Munich, Tokyo, Paris, Beaumont, Dijon, Feyzin ». « Hé ». Il parait même qu’ils jouent dans des appartements, cf. un clip of theirs. Ici, Beaumont, what a beautiful day.

Après cet entracte, on s’installe donc confortablement sur des sièges aussi casse-cul que ceux des vélos hollandais, calé au fond à droite pour ne pas être dérangé par un malotru qui sortirait son Ifoune comme s'il y avait Jacques Martin sur scène ; précaution en fait inutile, on n'est pas à un concert de The Cure, on n’est pas à un concert de Steve von Till ni de Guns and Roses. Et c’est parti pour de nombreuses minutes de dépression nerveuse (environ, j’ai pas de montre, je l’ai mangée). Avant d’en tartiner trop, synthèse ! Donc deux points indispensables à mémoriser pour vous pousser à aller voir Elysian Fields tant qu’il est encore temps : le guitariste arrive à allier des riffs doom metal avec une nonchalance jazz du dimanche après-midi au parc tout en donnant l’impression qu’il va crever d’une crise cardiaque tellement il fait la gueule. 2 ) La chanteuse est un cauchemar ambulant, vous dormez, il est deux heures du matin, ça vous transporte dans votre lit, celui de votre rêve, vous vous retournez, et c’est gorgone à la place de bobonne, flash ça repart en cuisine, elle aiguise les couteaux en souriant de manière enfantine. C’est vous dans la casserole. C’est elle qui tient le tablier. Elle vous dit bonjour avec des yeux pétillants de folie. Et trois : un batteur aussi frileux que Glenn Gould. Et quatre : une contrebassiste sortie d’un film de Woody Allen. Et de douze : béatitude en enfer. Retroussez vos mains, faites des cornes avec, vous êtes dans la section new-yorkaise de bélzebuth land, celle où tout le monde tire la tronche et parle avec une mélodie dans la bouche inconnue jusqu’à présent.

Car c’est ça qui est fort dans leur musique : arriver à balancer de l’incongru au milieu d’une chanson qui commence et se développe comme une simple rengaine triste acide de piano bar : il y a eu dans, allez, 90 % de leurs chansons cette fissure dans la matrice, à chaque titre enchanté par ces drilles. Ce qui fait qu'on ne sort pas d’un concert d’Elysian Fields épuisé, ou rincé, ou électrisé. Juste interloqué, il s’est passé quelque chose, drogué au ghb, perte de mémoire. Vous saurez quoi sur votre lit de mort, quand tout le refoulé remontera à la surface. Un truc du genre. Et c'est encore une fois étrange de headbanguer sur de la musique pareille, mais c'est possible, si, si.

Ah ouais, c’était une bien belle journée, confirmant que la compagnie de gens comme Oren Bloedow n'est pas faite pour toutes les oreilles, ce regard fixe, ces pupilles qui se figent, cette rengaine dans la tête, des solos de hard rock jazz pop funeral doom entre les doigts, cette femmes qui chante en vous plantant la tête dans son regard, ces chansons pas censées être positives, mais belles quand même. "life feeds on life". C'est inévitable.



Il a fait chaud. Mais il y a comme qui dirait des trous d’air qui se sont fait dans mon crâne, et je vais passer le reste de ma vie à les retrouver pour prendre une décision : les boucher ou les agrandir ? Donc on dit merci qui ? Ben merci Elysian Fields !

Mots clés : elysian fields, beaumont, tremplin, sex, god, sex, love, death et doom

Dernière mise à jour du document : lundi 29 octobre 2018

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