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King Crimson, Paris, Olympia, 16 nov. 2018

par Nicko › mercredi 21 novembre 2018


Style(s) : jazz / pop / progressif / rock

King Crimson, voilà un groupe énigmatique et unique. Le groupe fête en ce mois de novembre 2018 ses 50 ans de carrière. La formation, devenue octuor (huit musiciens !), est toujours menée de main de maître par Robert Fripp. Revenu aux affaires dans le courant de l'année 2013, le groupe était de passage pour trois concerts au célèbre Olympia de Paris. Je ne pouvais pas manquer une telle occasion de les revoir.

affiche concert

King Crimson est monstrueux, à tout point de vue. Leur style, leur vision, leur carrière, leur créativité, leur composition, tout est poussé à son paroxysme. Tout a été dit sur eux, leur jusqu'au-boutisme fait partie de leur ADN depuis leurs débuts. J'avais pu déjà voir le groupe il y a 15 ans pour la tournée suivant la sortie de leur dernier album en date, "The power to believe". Et à l'époque, la formation n'était qu'un quatuor et avait axé sa set-list sur les morceaux les plus récents de son répertoire datant des années 90 et 2000 dans un style très moderne et froid. Par la suite, le groupe a cessé ses activités. Et puis, voilà qu'en 2013 Robert Fripp relance sa bestiole avec une formation encore improbable composée de 7 musiciens (un huitième sera ajouté en 2017 - parce que 7 c'était déjà pas beaucoup...), dont 3 batteurs et le retour de Mel Collins qu'on n'avait pas vu avec King Crimson depuis une quarantaine d'années ! Et cerise sur le gâteau, le groupe allait interpréter des morceaux de l'intégralité de son répertoire, n'hésitant pas à déterrer des titres qu'il n'avait plus joué depuis les années 70 ! J'étais très curieux de voir le résultat. J'ai pu les voir en concert lors de leur retour et je n'ai pas été déçu, loin de là. Et là, en cette année 2018, je me faisais un plaisir de les revoir surtout avec l'ajout d'un huitième musicien.

Leur tournée européenne devait à l'origine proposer deux concerts à l'Olympia mais devant le succès des ventes de billets, une troisième date fut ajoutée. Je vais vous parler de la deuxième date de leur passage dans la capitale, celle du 16 novembre. D'emblée quand on arrive dans la salle, ce qui impressionne, avant même l'apparition des musiciens sur scène, c'est l'agencement des instruments. Les trois batteries sont mises sur le devant de la scène, sur toute sa largeur. Derrière sur une estrade, sont disposés les instruments des 5 autres musiciens ! Tout commence à 20h pile avec l'annonce traditionnelle en français et en anglais (par Fripp lui-même) de ne pas prendre de photos ni d'enregistrements du concert avec tout l'humour typiquement british dont Fripp est l'un de ses plus fervents défenseurs ! De toute manière, avec le nombre impressionnant d'enregistrements live que King Crimson met à disposition de ses fans, je ne comprends pas l'intérêt d'enregistrer des bootlegs de leurs concerts. Les musiciens font alors leur apparition chacun en costumes trois-pièces impeccables. King Crimson, c'est la classe totale. Après une petite introduction à la batterie (inutile de préciser que cette nouvelle incarnation du groupe est centrée sur cet instrument), c'est parti pour un "Lark's tongues in Aspic Part I" phénoménal. Dès ce premier morceau, le ton est donné ! Le concert se fera en deux parties, et sur la première, on a droit à une set-list ahurissante, principalement axée sur les années 60-70 avec notamment un enchaînement "One more red nightmare"-"Epitaph"-"Red" qui met tout le monde d'accord. C'est presque irréel de voir King Crimson dans ces conditions-là. L'interprétation est démente, totalement fidèle à l'atmosphère des albums originaux, le son est magistral, les claviers gardent ce cachet de ces décennies, tout en ajoutant une touche de modernité qui donne un second souffle à ces morceaux. Le travail sur les batteries est tout simplement admirable. S'ils sont trois à s'y mettre, ce n'est pas pour que les batteurs jouent un titre chacun leur tour. Non, ils jouent souvent en simultané des parties différentes ! Et le résultat est bluffant ! Tout est juste avec une mise en place d'une précision chirurgicale qui doit en laisser plus d'un pantois. Pat Mastellotto et Gavin Harrison sont complémentaires dans leurs styles et Jérémy Stacey n'est pas en reste même s'il délaisse parfois ses fûts pour un clavier supplémentaire (en plus de ceux de Bill Rieflin et de Robert Fripp quand celui-ci n'est pas sur sa guitare).

Ce qui est vraiment incroyable sur ce début de concert, c'est de voir ce groupe autant unis et en place. Rien n'est laissé au hasard. C'est bête à dire pour un groupe professionnel de la trempe de King Crimson, mais le challenge de faire sonner aussi bien un groupe à 8 têtes avec de nombreux instruments dont 3 ensembles de percussions est loin d'être aisé. Leurs technique et maîtrise de leurs sujets sont tout simplement impressionnantes ! La suite de cette première partie de set ne fera qu'enfoncer le clou avec notamment un inespéré "Moonchild" et sa deuxième partie aventureuse mise au goût du jour avec des solos plus modernes de basse puis de guitare et enfin de claviers. Comme sur l'album, l'enchaînement se fera avec "The court of the Crimson King" en version longue avec la reprise finale. Forcément après cela, nous étions tous à genoux devant un concert absolument parfait. Tout est optimal, l'interprétation, la maîtrise, le choix des morceaux, le son, l'osmose et l'équilibre entre les musiciens. La fin de cette première partie va se focaliser sur les années 80, plus axée pop froide, avec un trio "Discipline", le méconnu "Neurotica", puis "Indiscipline". Et là, avec ce dernier titre, c'est un peu le summum de l’écœurement pour tous les musiciens en herbe. Cette introduction en laissera plus d'un bouche bée avec comme point d'orgue ce trio à la batterie, magistral de mise en place !! Et ce n'est que la première partie du show !

Après un entracte d'une vingtaine de minutes, le groupe est de retour sur scène avec un "ConstruKction of light" plus moderne que ce à quoi on a eu droit jusqu'à présent avant que le groupe ne revienne dans les années 70 avec l'album mal-aimé "Lizard" pour des versions bien plus intéressantes que sur album du morceau-titre et de "Cirkus", ainsi qu'un "Fallen angel", de "Red", très posé. La fin du set sera plus portée sur les derniers travaux de la formation, notamment les "Radical action" ou bien "Level five" de "The power to believe". Bien que moins intense que la première partie, le groupe n'en perd pas de sa superbe avec des interprétations certes plus aériennes mais tout aussi fortes. Le groupe se montre encore tout aussi créatif qu'à ses débuts et c'est bien ça qui est le plus impressionnant chez eux. Alors qu'ils pourraient simplement se permettre de ré-interpréter comme à l'époque leurs classiques, ils n'hésitent pas à se mettre en danger en regardant toujours le futur, en se ré-appropriant leurs propres morceaux pour en sortir des versions actualisées, plus modernes mais en gardant l'âme de chacun de ces titres. Vraiment, j'ai rarement assisté à un concert où je me suis senti autant porté par la musique. Robert Fripp est et restera toujours à l'avant-garde des expérimentations sonores, toujours à la recherche de nouvelles idées, même lorsqu'il s'agit de ré-interpréter son répertoire.

Le groupe remonte sur scène pour interpréter en rappel "Starless" (ce qui fait que toutes les compositions de "Red" ont été interprétées ce soir - "Providence" étant une impro sur l'album) pour finir de nous achever, après près de 3 heures de show qui seront passées à la vitesse de la lumière ! Voilà, inutile de tergiverser, ce soir-là, j'ai assisté à l'un de ces concerts-clé d'une vie. Merci à eux pour toute leur oeuvre et leur passion. C'est rare de voir une telle alchimie et une telle envie sur scène surtout pour un groupe qui a une telle carrière. Je ne sais pas s'il s'agit de la meilleure incarnation de la formation, mais en tout cas, sur scène, c'est exceptionnel. J'aimerais tellement les voir nous sortir un nouvel album. Le potentiel est tellement phénoménal.

Revenez quand vous voulez !

set-list :

Set 1:
  • Drumsons
  • Larks' Tongues in Aspic, Part One
  • Suitable Grounds for the Blues
  • One More Red Nightmare
  • Epitaph
  • Red
  • The Letters
  • Sailor's Tale
  • Moonchild
  • The Court of the Crimson King
  • Discipline
  • Neurotica
  • Indiscipline
Set 2:
  • CatalytiKc No. 9
  • The ConstruKction of Light
  • Fallen Angel
  • Cirkus
  • Lizard
  • Interlude
  • Cadence and Cascade
  • Radical Action (To Unseat the Hold of Monkey Mind)
  • Radical Action III
  • Meltdown
  • Radical Action II
  • Level Five
rappels :
  • Starless

Mots clés : Nicko, King Crimson, progressif, olympia et concert

Dernière mise à jour du document : vendredi 23 novembre 2018

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