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Live report : Ditorted Pony + Cani Sciorrí + The Missing Leech - 19/06/2018, Sala BeGood (Barcelona).

par Dioneo › vendredi 22 juin 2018


Style(s) : punk / rock alternatif / garage / post punk / indie rock / noise rock

Nous voilà dans la ville. Vingt ans que je n'y avais pas mis les pieds. Davantage de touristes - ça cause français partout, dans le Gotic et le Born, ça a débordé de l'Affre Rambla... Des gens en maillots de foot de toutes les nations - saison oblige - un peu dans tous les coins aussi. Ça parle à l'avenant ; on fuit dans les parcs où crécellent les perruches et dans les recoins, les incroyables rues d'ombres étroites quitte à se cogner les remontées d'égouts à deux pas des usines à tapas, pour ne pas trop s'y reconnaître. Le contraste est beau, le tranché fait chocs, surgissements. Aussi : des drapeaux jaunes-rouges à l'étoile unique, une fenêtre sur deux au bas mot. On marche, beaucoup - dans les dix bornes par jours à vue de nez, on s'en tient à ce qu'on avait dit : pas d'autres moyens de transport, si perte-de-vue que puisse être la cité... Trop de monde en bord de mer aussi, on ne s'est pas attardé. On verra plus tard que ça grouille pire autour de la Sagrada - pas finie (à jamais ?), imposant machin, au vrai assez extraordinaire. Pour l'heure on cherche - pas longtemps, la Compagnonne est une vraie boussole humaine ! On trouve. On entre. Passer des portes...

On ne savait pas trop à quoi s'attendre, ne connaissant pas l'endroit - ni en passant aucune salle de concert de la ville, d'ailleurs, officielle ou squat, donc pas de point de référence... Le truc - situé dans un quartier assez désolé, pas glauque au sens crade mais plutôt zone-tampon indus/commerciale assez vide d'humains, d'animation - s'avère être un bar-à-concerts aux allures pas criardes mais pas minables. Scène pas trop grande mais vraie scène, système son décent, sûrement dans les 200 places en tassant bien côté jauge (j'ai pensé au Sonic, pour Lyon, pour cet aspect là - contenance - du lieu... Ça m'a semblé comparable en tout cas). Bière (Estrella... comme partout là-bas) au même prix à peu près que dans n'importe quel rade de la ville (2,50... pas si donné mais pas surtaxées non-plus donc - on n'est pas en Allemagne, quoi, où c'est plutôt la pinte qui tourne autour des deux euros... Bref). Vraiment pas grand monde à l'heure (annoncée sur l'affiche/l'événement) où on arrive. Ça se remplit petit à petit mais guère plus avant le premier groupe/concert. Du t-shirt Killdozer (le percu de Distorted Pony - grillés directs devant l'entrée, eux, les gars causant le ricain au milieu des Catalans - et aussi le batteur de Cani Scorrí, coïncidence ?), quelques looks noir-intégral-rock-alterno-généraliste (et sans doute assez internationaux), d'autres un chouille plus marqués rock-poilu-casquette... Je note - avec un certain étonnement - que la version actuelle de Christian Death est passée ici même quelques jours avant. Euh... Ah. Bon.

Un gars s'installe sur scène avec un ukulélé/basse électroacoustique. Un autre le rejoint avec une guitare. Ils bavassent un instant. Le premier descend de scène sur un acquiescement mutuel... Quelques personnes s'avancent. Ça commence miraculeusement à se remplir un peu plus à cet instant. Ça commence.

Par The Missing Leech. Le local/les locaux. Folk à guitare sèche, antifolk, Jonathan's Poorman je pense un moment - mais sans du tout le voir comme un truc négatif/péjoratif ! On peut songer à Daniel Johnston, aussi, ou à... Jean-Luc Le Ténia. Le mec au ukulélé-basse rejoint le gratteux-chanteur pour pas mal de morceaux. C'est assez nu, plutôt marrant pour ce qu'on en comprend sans être "du rock rigolo". (En passant une partie du sens nous échappe - les chansons alternant entre anglais et catalan, et le chanteur ne s'exprimant qu'en langue du cru - et ce n'est pas de l'espagnol, donc... on ne va pas développer sur l'ambiance politique dans le coin en ce moment, allez - entre les morceaux). Une certaine absurdité se dégage du truc, une sincérité ironique. Ça met bien en jambes. Les Estrellas ne constellent pas encore mais commencent à se succéder un peu vite. (Ça se boit comme de la flotte quand c'est bien frais, bonne bière de soif). Apparemment ça s'apparenterait pas mal aussi à certains groupes lofi néozélandais mais ça, je connais peu. J'ai encore le temps de penser "Jad Fair mais en pas chiant" avant que le type annonce le groupe suivant. Les Italiens, qui tournent avec les Ricains.

Donc : Cani Sciorrí, ensuite. Ce qu'on en avait écouté sur disque était plutôt cool mais pas casse-canard, un peu garage générique. Là... Ça démarre tout de suite BIEN PLUS FORT ! Les mecs poussent bien le volume histoire que ça crache, déjà. Et puis il y a l'ATTITUDE ! Bien débile, l'approche. Même musique qu'en studio - enfin, même morceaux je crois, quoi - mais alors bien autrement salie, retournée. Ça coule crade, le chanteur bouffe - littéralement - son micro, bave... Trois Ritals barbus-chevelus en bermudas qui jouent du hardrock tout grinçant, graisseux et râpeux à la fois. Bonne grosse atmosphère de chaleur animale, ça groove et ça dégueule. Je songe à des lives de Monotonix - en beaucoup moins exhibo quand-même, plutôt pour le son - que j'ai pu voir en vidéo. On est trois ou quatre à s'agiter comme des cons réjouis devant - ça aussi, ça semble assez international, tiens - mais entre les morceaux ça gueule assez dans toute la salle pour qu'on se rende compte que les autres apprécient. Bonne ambiance contagieuse, graveleuse, promiscuiteuse ! Estrellas. Oué, ça donne soif, aussi. (Le batteur cogne grave, tiens). Ça file, joue juste le temps qu'il faut pour que ça reste cette grosse fête giclante. Ça va être l'heure des derniers.

Soient Distorted Pony. Groupe de Los Angeles à côté de quoi, j'avoue, j'étais passé complètement jusque là. Les gars-et-fille en étaient pourtant dès le début des années 90 - même formés avant, genre mi/fin 80 - et... Ben on se demande pourquoi ça n'a pas fait plus de BRUIT ! Parce que eux en envoient - de l'épais, du texturé ! Noise rock, donc, avec tout ce qu'il faut de lâché pour le genre. Deux grattes - dont une (la seule "pièce rapporté") tenue par un gars qui n'était pas de la partie aux débuts et l'autre tenue par le chanteur. Une bassiste avec un PUTAIN DE SON DE FUZZ BRUT qui décolle la peau et les tympans - rien d'autres d'ailleurs, comme effet, entre l'instrument et l'ampli. (C'est écrit DOULEUR sur ladite basse... Faut assurer derrière, quand on fait un truc pareil. That's what she does, eh). Ces deux là qui braillent - au début on entend très mal les voix, le volume du reste les couvre, mais ça s'améliore au bout de deux-trois morceaux. Le mec plutôt dans un registre égosillé aigu, la nana plus dans les graves rocailleux voire caverneux (sans aller jusqu'au growl façon deathmetal, c'est autre chose, un secteur moins démon, plus humain cabosseux). Un batteur bien obsessionnel - le kick calé mais qui s'emballe souvent, qui aime bien faire des bruits de crashes avec ses cymbales. Et un percussionniste - toms et baril métallique amplifié ; oui oui, on peut penser à Cop Shoot Cop - au cheveux blancs et à la frappe bien obnubilée et précise aussi. Le plaisir de jouer est évident, ils et elle ont l'air aussi étonnés que nous que ça tabasse à ce point et que l'ambiance prenne. Tiennent leur truc, pourtant. Rien de daté/rejoué comme si c'était il y a vingt-neuf ans - simplement le truc est bon et ils l'envoient comme ils savent faire. Foutue agitation - là on est encore la même poignée à quelque chose près à bouger mais assez vite on en est carrément aux sauts de cabris... Et un mec en t-shirt Jesus Lizard nous a rejoints... C'EST PAS POUR RIEN ! Bref... Bonne grosse peignée là encore pas propre mais pas du tout méchants-pour-la-galerie. Le percussionniste ("It was fun watching you"...) puis le chanteur-gratteux viennent d'ailleurs ensuite nous causer spontanément, nous expliquent comment ils en sont arrivés à tourner à nouveau - en gros ils ont rejoué ensemble longtemps après, se sont rendu compte qu'ils y prenaient beaucoup de plaisir, que ceux qui les écoutaient aussi, y compris quand ils n'avaient (donc) pas connu le bidule à l'époque, donc pas du tout par nostalgie. Je leur parle de Grrrnd Zéro (à Lyon) et de sa future nouvelle salle de 500 places... Ils me répondent qu'ils ne connaissent pas du tout la ville (on leur explique où c'est - par rapport à Marseille où ils partent ensuite ou d'où ils reviennent, je ne suis plus sûr). Ils disent qu'ils ne savent encore pas du tout s'ils pourront jouer à nouveau en Europe après cette tournée mais très nettement, ils ont l'air d'en avoir bien, bien envie. (Ils m'enjoignent même plusieurs fois à leur en reparler à distance via leur page facebook, en leur rappelant qu'on s'est parlé à Barcelone blablabla).

Fait foutrement chaud. On est foutrement contents. On va rentrer foutrement à pieds mais on en n'est pas moins foutrement joisses. L'Estrella est foutrement fraîche et fluide, encore. On foutrement se dit que ça foutrement valait le foutre déplacement.

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Dernière mise à jour du document : mardi 14 août 2018

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