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Magma - Coopérative de mai, Clermont Ferrand, 17/03/2017

par Rastignac › samedi 18 mars 2017


Style(s) : progressif / zeuhl

Je lisais l’autre jour les propos d’un homme qui comparait l’idiotie avec l'audace, la stupidité avec les satellites géostationnaires, et, enfin, l’inculture avec la pâte à tartiner sans gluten, sans sucre, sans huile de palme, et sans pâte à tartiner. Je me suis dit : « c’est pas faux. Mais en même temps, qui sait ? » ; eh bien, messieurs dames les robots de la DGSI, de la NSA ou du Kremlin, chers espions de Google, Pirelli, Michelin, cher Dare Dare Motus, ma chère Clémentine, mes chers reptiliens illuminato, et, surtout, cher lectorat, je crois bien que je rentrais jusqu'à cette nuit dans toutes les catégories citées : je tournais autour de la terre, j’osais tout, j’en étalais partout. Jusqu’à la révélation d’une beauté fondamentale : celle rencontrée lors de mon tout premier concert de Magma.

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Ben oui, Magma et moi, ça a été une lente parade amoureuse. Je me souviens de mon premier album emprunté dans un truc qui s’appelait une « bibliothèque » : dans ces lieux, on pouvait, par exemple, « emprunter » des « disques compacts », c’est à dire, par le biais d’une cotisation de tous les participants, écouter chez soi pendant un laps limité de temps un document sonore qu’on n’aurait jamais pu s’acheter parce qu’on n’avait pas un rond, et puis, bon, oh, voilà, ça va les questions maintenant ! Non mais ! Je me retrouvai donc avec un « 1001° centigrades » dans les mains, je le posai dans la boite à chansons, et j’ai rien compris. Trop jeune ? Trop vieux ? Je n’ai rien compris, l’abstraction, la figuration, le sens de tout cela. J’ai gravé quand même le cd, et je l’ai laissé prendre tranquillement poussière. Je me souvenais pourtant des images animées montrant un tout jeune Antoine de Caunes exalté parler de Magma comme un sicaire hashishin ; je me souviens de cette lueur inquiétante dans le regard quand les personnes ayant vingt ans de plus que moi me parlait de ce groupe et du mystérieux Vander que mon inconscient vaseux mélange assez souvent avec Dark Vador ; mais bon. Le temps passe, j’ai beau lire et relire les chroniques de Progmonster, m’y mettre et m’y remettre, ça ne passe pas, mordicus, bon eh, c’est pas grave ! Puis vint le temps du printemps, celui où l’on sort la voiture du garage pour aller prendre le soleil dans des salles de concert, la nuit. Et j’épluchai les évènements à venir dans ma région, et là, v’là t’y pas qu’y a Magma qui passe à Clermont, pour les amateurs auvergnats et / ou bourbonnais, et / ou d’ailleurs, imaginez par exemple que vous vivez en Lozère, ben des fois, faut sortir les frais réels « concerts ». Et puis j’ai eu cette petite intuition, celle qui vous fait prendre le chemin de gauche, ou de droite, juste parce que ça gratouille sous la plante des pieds, hop, toute la vie s’en trouve changée. Intuition savamment travaillée au corps par plein de petites touches et voix, comme savoir que Christian Vander aime très beaucoup John Coltrane, que Jello Biafra « paierait un ticket d’avion pour aller voir Magma jouer où que ce soit ». Des petits appels du pied entretenus par une grosse dose d'écoute de musique immergeante, et un travail sur l'imaginaire repris tambour battant le sourire aux lèvres, destiné à creuser et recreuser le puit de l’âme pour y accrocher des tableaux qui rigolent tous seuls quand ils voient la profondeur sans fin de tout ce sur quoi ce vieil esprit retors peut rebondir. Donc allez, je me dis, maintenant on y va !

Je crois qu'ils nous regardent

Direction Coopérative de Mai, dans un quartier métamorphosé, autour du Marcel Michelin (pas le mec, le stade), enfin, changé pas forcément en mieux, le triomphe du bloc de béton standardisé que je vois fleurir à Port Marianne, à Bourgoin-Jallieu ou à Dijon étalant toute sa morgue et, je vous dis pas comme ça fait coupe gorge de l’ennui de se balader la nuit par là-bas quand y a pas un chat dehors - déjà qu’à l’époque… mais bon ! On arrive, le temps de jeter un oeil sur les patches (!) Magma, les pendentifs Magma, les broches Magma, et autres discographies complètes de Magma et ça commence dedieu ! Ca j’aime. Les concerts qui commencent à l’heure, alors que je me dis « bwoaf, je vais prendre mon temps ». On se faufile, on est au milieu peinard, on croise des gens qu’on a vu jouer de la musique la veille, Clermont c’est petit, mais y a de la place, mais, en même temps, Magma draine la foule dans une salle qui n’est peut-être pas complète, mais pas loin. Pas un mot, et c’est parti pour une pièce en trois chapitres, décrits si je suis bien par notre collègue Dariev Stands dans la dernière chronique en date du groupe sur not’bon site. Je ne pourrais d’ailleurs mieux décrire ce que j’ai vécu à l’audition de cette pièce qu’en le citant : « Cette chronique est vouée à être incomplète, tant cette musique, ayant mûri pendant 30 ans (!) dans le cerveau de son créateur, peut évoquer des émotions contradictoires, provoquer allégresse puis nous assourdir sous sa violence l’instant d’après, ou surtout nous asséner des turbulences d’une noirceur profonde comme l’ébène. » Ben voilà, c’est exactement cela. Rien n’est facile, tout sera partiel, nous vivotons dans l’ère de l’individu obtus. La beauté ça se mérite ; pas de lumière sans ténèbres ; donc les voyants entrouvent le rideau séparant la médiocrité du sublime juste pour donner l’envie de forer et de forcer, mais on ne va pas tout ouvrir, tout de go… pourquoi ? Pourquoi ne pas nous inonder d’une espèce de puissance cosmique, et hop, plus aucun problème ? Sûrement, si je suis bien le groupe, et si je comprends bien, aussi, mes congénères : parce qu’on n’est pas très très matures, et que, ben, ça se mérite tout ça. Donc loopings entre flip abyssal et kif monumental pendant un temps qui me parut vachement long, mais pas chiant, juste cette impression de contraction du temps qui n’arrive pas tous les quatre matins, quand même. Ces trois chapitres d’Ementhêt Ré vont me laisser un peu KO, mais c’est pas fini ! Derrière, ça déroule pour clore le concert avec des titres que j’ai reconnu mais dont je n'ai pu choper le nom vu que Stella Vander ne l'a pas cette fois-ci décrit à la fin car, comme je vous ai dit, je suis tout neuf finalement, moi jeune disciple… mais mon oreillette interneté me susurre qu'il s'agissait de Theusz Hamtaahk. En tout cas, j’y ai retrouvé les mêmes circonvolutions entre le clair et l’obscur, le brouillé et le limpide, une spirale qui fait le tour de la pièce pour aller seulement dans des endroits qu’on n’attendait pas, un peu comme lorsque le célèbre batteur nous explique sa recette du riz Vandertop sur tutube : « faut que ça soit chaotique ». Le rappel, c’est le public qui demande, et ça sera le titre assez rock, et bougeatoire du popotin « Kobaïa » ; le deuxième rappel sera une reprise du groupe Offering, titre joué dernièrement à l’Olympia avec un orchestre de cordes, mais là, sans cordes, mais toujours avec les belles voix ; la dernière qui se fera entendre étant celle de Christian Vander qui nous dit bye bye.

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Alors, maintenant, j’ai plein de questions et d’interrogations sur tous les millimètres de trucs que j’ai vu ce soir - c’est génial. Le ressenti bondit dans tous les sens, et je passe pour un prog-puceau, mais bon dieu, ces sensations de virtualisations musicales de ce que pourrait être le développement d’une conscience X ou Y à la naissance, à la renaissance, ou bien après une cure de désintox de civilisation humanoïde : j’en n'avais jamais vécu d’aussi fortes. Bien sûr, j’ai conscience aussi qu’une oeuvre aussi complexe et riche recèle un paquet de lectures et de ressentis, je pense que, par exemple, leur mise en scène fait sens, les voix et leur agencement font sens, le choix de certains instruments plus que d'autres, ce n'est pas pour rien, chaque note est là parce qu’elle doit y être, et qu’un plan est dessiné en filigrane - mais malgré tout cet occulte pouvant être frustrant pour mon moi avide de tout bouffer tout cru tout de suite, vu la générosité, la simplicité et la bienveillance avec laquelle cette musique fut offerte à tous, mélomanes diplômés ou curieux du vendredi soir, ben, comment dire… ça contente bien mon Rastignac de réaliser qu’il y a encore des êtres comme ça, qui font l’effort de partager leur vision, et leur travail avec une passion et une modestie aussi puissante. Donc, finalement, le seul mot qui me reste à dire serait la meilleure synthèse que je ferais de ce pauvre texte d’écrivant : merci.

Prochaines dates :

The Reset Tour

18 mars 2017 : Gignac (Le somnambule)
21 avril 2017 : Tilburg (Roadburn 2017)
10 mai 2017 : Lille (Le Splendid)
11 mai 2017 : Cléon (La traverse)
13 mai 2017 : Ris Orangis (Le plan)
14 mai 2017 : Cergy (L'observatoire)
19 mai 2017 : Boucau (salle Apollo)
20 mai 2017 : Cenon (Le rocher de Palmer)
25 juin 2017 : Paris (Parc floral)
5 août 2017 : Villersexel (Rock au château)
19 août 2017 : Las Vegas (Psycho 2017)

Mots clés : alovesupreme

Dernière mise à jour du document : mardi 21 mars 2017

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