Motocultor 2026

par avatar Duabiht

Ah le Motocultor ! Deuxième festival metal de France, une programmation de plus en plus importante et une forte identité bretonne pleinement exploitée et assumée.

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Pour cette quatrième édition en terre carhaisienne, ils ont su taper très fort avec Judas Priest en tête d’affiche, ainsi que des pépites pas si courantes comme Emperor ou encore Primus. On notera aussi un bel éclectisme de l’affiche, allant d’artistes purement bretons comme Denez Prigent jusqu’au grindcore de Rectal Smegma, en passant par les vétérans Cancer ou de plus récentes formations comme Cage Fight ou Revnoir. En résumé : de quoi satisfaire tout le monde et tous les âges. Du graisseux des années 80 à la Gen Z qui découvre des groupes grâce aux trends TikTok.

Si le site a été très bien repensé depuis sa première édition à Carhaix, avec notamment une belle exploitation de la pente descendante des Dave Mustage et Suppositor Stage, c’est la chaleur accablante et la sécheresse du sol qui marqueront grandement cette édition sous le signe de la poussière. Ça restera le principal grief du festival, et malheureusement, l’organisation n’y peut pas grand-chose.

Parce que oui, si l’expérience Motocultor a souvent été, dans le passé, synonyme de temps d’attente à rallonge, de problèmes de ravitaillement en eau ou en nourriture, ou encore d’un site disposé de manière assez alambiquée, aujourd’hui, on peut dire que ces problèmes ont été largement résolus.

La circulation au sein du site est très facile malgré la foule (environ 15 000 personnes sur site par jour), les points d’eau et autres commodités sont rapidement accessibles et le coin restauration, à l’écart des scènes, est plutôt bien pensé pour la pause bouffe. Que des améliorations bienvenues qui rendent le site très agréable à fréquenter.

Jeudi 13 août

C’est donc sous une forte chaleur que débute le festival le jeudi. Le temps de prendre ses marques sur le site et c’est déjà 200 Stab Wounds qui investit la deuxième scène principale : la Suppositor Stage. Au regard du nom du groupe, qui rappelle forcément un morceau de Malevolent Creation (« Multiple Stab Wounds »), je m’attendais à du death metal à l’ancienne. Le compte y était presque, avec l’ajout d’influences plutôt hardcore, pour un résultat honnête, mais beaucoup trop répétitif pour être vraiment marquant.

C’est souvent le premier jour que le festival fait jouer des groupes « outsiders » à la scène metal. En l’occurrence, c’est ici Brieg Guerveno qui se présente sous le chapiteau bien nommé Bruce Dickinscene avec des compositions électro/rock entièrement chantées en langue bretonne. Évidemment, ça colle parfaitement avec l’identité que cultive le Motocultor et constitue un agréable démarrage pour le week-end.

Retour ensuite à la Suppositor Stage pour voir les très populaires Sanguisugabogg, groupe US qui a su se démarquer du slam death de ses débuts pour évoluer en clone de Cannibal Corpse. Et ça fonctionne très bien, le chanteur est très drôle lors de l’annonce de chaque titre et les premières réactions dans le mosh pit ne se font pas attendre. Assurément une excellente surprise !

Une foule immense se presse ensuite à la Bruce Dickinscene pour voir Celkilt jouer son punk rock en compagnie du Bagad de Quimper, mais la curiosité l’emporte et je me dirige vers la scène principale, la Dave Mustage, où les revenantes des années 2000, Kittie, semblent en difficulté avec un line check interminable. Tant pis, ce sera le moment de découvrir le Market et ses nombreux stands de qualité, notamment ceux d’Ink to the Void, Antiq Label ou encore Frozen Records. Le peu que j’ai pu entendre de Kittie était plutôt surprenant, plus brutal et poisseux qu’attendu. Pourquoi pas ?

Juste à côté, sur la Suppositor, c’est le moment de voir ma première attente de la journée : Bloodbath. Le all-star band suédois reste une valeur sûre du death metal, on est rarement déçu avec eux. Pour le coup, si le duo guitare/basse semble vraiment s’éclater sur scène, Nick Holmes reste quelque peu sur la réserve, probablement pour préserver sa voix pour son set du lendemain avec Paradise Lost. Dommage, mais le plaisir d’entendre « Eaten » en live reste intact.

C’est une magnifique prestation dans une Bruce Dickinscene bien remplie que nous offre Denez Prigent. Le chanteur breton est encore plus éloigné du monde du metal que quiconque sur cette scène, mais tous ses chants traditionnels revisités, accompagnés d’une petite explication de texte en introduction, sont bouleversants. Mention spéciale à la reprise d’« Amsterdam » du grand Jacques Brel, qui restera l’un des moments les plus marquants et improbables du Motocultor.

La nuit déjà tombée, c’est l’heure des retrouvailles avec les thrashers de Death Angel, toujours aussi impeccables sur scène. Le temps n’a aucune emprise sur les Californiens, résolus à dominer la scène. Imparable.

L’événement de la journée, c’est bien sûr la venue de Primus, un trio bien rare en France. On admirera bien évidemment la maîtrise technique du jeu de basse de Les Claypool et le grain de folie de leurs compositions. Seulement, ça marche à petite dose et, au bout de quelques morceaux — oui, j’ai loupé leur reprise de « Holy Diver » de Dio en compagnie du chanteur de Death Angel —, je me rabats sur le chapiteau où joue l’union des groupes Kommodor et Moundrag, bien nommée Kommodrag & the Mounodor. Et punaise ! Quelle claque !!

Une bonne dizaine de musiciens sur scène, sapés comme dans les années 70, qui jouent une musique à la croisée de Grand Funk Railroad, Jefferson Airplane ou Deep Purple. Ça sonne très, très bien, comme une grosse fête entre musiciens, et ça fait immédiatement mouche. Je tiens là ma révélation du festival.

C’est donc le sourire aux lèvres que je me rends à la Suppositor Stage pour le concert final de la soirée, celui de Municipal Waste, une valeur sûre du crossover thrash en festival. Ça n’a pas loupé, le public répond instantanément aux invitations de Tony Foresta à toujours plus de crowd surfing, de circle pits ou de walls of death. La parfaite conclusion d’une belle journée d’échauffement.

Vendredi 14 août

La chaleur intense de la veille s’est légèrement calmée et c’est pleinement rechargé que je reprends la suite des concerts avec Stille Volk, venu jouer son album « Satyre Cornu » en intégralité. Et oui, car si j’adore Hellripper, les occasions de les voir ne manquent pas, donc la curiosité de voir Amduscias, de Temple of Baal et Conviction, prêter main-forte aux Occitans l’emporte. Leur folk festif est parfaitement adapté au contexte présent et c’est toute la foule qui se met à danser au fil de l’enchaînement des titres, dont une très surprenante reprise de « To Tame a Land » d’Iron Maiden, rebaptisée pour l’occasion « Adoumestica una terro ».

Voir Bölzer de jour, sur une grande scène, c’est assez particulier, bien que le nuage de poussière voilant les musiciens sied bien à leur style. Après de nombreuses expériences live quelque peu malencontreuses, c’est bien la première fois que j’arrive à distinguer clairement leurs compositions en live grâce à une sonorisation bien maîtrisée. Ça compense largement le contexte déroutant de ce set !

Après une longue pause constituée d’errements vers des groupes qui ne me touchent pas plus que ça (Hranfngrimir, Coroner, Miracle of Sound), je pensais que c’était l’heure de Mass Hysteria, que je comptais voir par simple curiosité. Mais les quelques notes entendues de loin m’ont vite détrompé, car je reconnais là les Vikings du death metal : Unleashed, qui entament leur set. Je fonce très vite près des barrières et c’est parti pour 45 minutes de swedeath pur et efficace. Bon, Johnny est un poil trop bavard, ce qui nous offrira des moments de flottement étranges où la foule continue de bouger et de slammer alors que le groupe ne joue pas. D’ailleurs, par manque de maîtrise de la contrainte de temps, le groupe ne pourra pas jouer « Before the Creation of Time », leur tube absolu. C’est bien dommage.

Bien accoudé à la barrière, j’ai une heure à attendre avant de revoir Emperor ! Une heure où j’aurais pu assister de loin à la prestation de Mass Hysteria, un groupe que je n’écoute plus depuis bien longtemps. Si le propos, toujours bienveillant, peut fatiguer à la longue, il faut reconnaître que le groupe est fait pour le live et dégage une énergie folle. Moment sympathique à la fin lorsque Mouss invite les enfants du public à monter sur scène. La relève est assurée.

Comme toujours, Emperor est annoncé par un membre de son équipe, c’est toujours amusant à voir, mais la messe est dite dès les premières notes de « Into the Infinity of Thoughts ». Peu importe le look actuel d’Ihsahn, bien rangé des corpse paints, la magie opère toujours. Bon, la setlist semble avoir été définie en mode aléatoire, avec « With Strength I Burn » joué bien trop tôt ou cette conclusion avec « Ye Entrancemperium », mais rien ne viendra gâcher la beauté de leur musique.

Master Boot Record, qui joue sous la Dickinscene, arrive avec une proposition assez déroutante : jouer de la musique de jeux vidéo avec de vrais instruments, et notamment avec un guitariste/shredder au niveau stratosphérique. Mais non, ce n’est pas possible sur la durée d’un set complet, désolé.

On attendait leur retour en France depuis leur dernier passage à l’In Theatrum Denonium, il y a maintenant sept ans. Darkened Nocturn Slaughtercult vient imposer la présence fantomatique de leur frontwoman Onielar au beau milieu de la nuit noire. C’est violent, sans concession et tellement black metal !

Cette belle prestation marquera la fin du vendredi pour ma part. Il est déjà 1 h 15, désolé pour Filth et Eiwhar !

Samedi 15 août

En parlant de groupes manqués, ce fut le cas pour les excellents Necrowretch, qui jouent bien trop tôt en ce samedi, mais c’est toujours comme ça en festival, on ne peut pas tout voir…

On se consolera malgré tout avec une autre belle révélation, le groupe Bruit ≤, venu de Toulouse et rendez-vous manqué du Rock in Bourlon 2026 pour cause d’intempéries. Un groupe aux fortes convictions qui les poussent à fuir les plates-formes de streaming et autres réseaux sociaux au profit du bouche-à-oreille et d’un succès d’estime qui les a menés jusqu’à l’antenne de KEXP. Sur scène, leur post-rock hérité de Godspeed You! Black Emperor est absolument sublime. Les musiciens multiplient les instruments : violon, violoncelles, samplers, etc., pour des montées en tension magnifiques et poignantes. Un concert qui donnera l’impression de s’être déroulé en un clin d’œil tellement c’était captivant.

Difficile de se remettre d’une telle prestation et donc nouvelle phase d’errement. Le choix entre Sidilarsen et Jetsex se concluant par : aucun.

Groupe souvent considéré comme mineur sur la scène death metal, Cancer continue malgré tout son petit bonhomme de chemin, sans éclat particulier ni aucune prétention. Contre toute attente, ça fonctionne à fond dans le contexte du Motocultor un samedi après-midi. Évidemment, ce n’est pas la prestation du week-end, mais un moment bien apprécié par tous.

Ah tiens, du punk hardcore, ça manquait un peu à la programmation, et The Casualties sont bien décidés à mettre les points sur les i. La Bruce Dickinscene se transforme alors en chant de bataille tandis que les musiciens aux crêtes rutilantes délivrent un show rempli de hargne, frontal et direct. Exactement ce qui manquait jusqu’ici !

Changement d’ambiance et retour au death metal avec Grave, fier représentant du Big Four suédois. Là, on capte de suite le changement de division par rapport à Cancer. Ça bastonne sec, et il est amusant d’entendre le chanteur raconter que certains morceaux ont déjà près de 40 ans, ayant été écrits alors qu’ils étaient encore lycéens.

Sur la Dave Mustage, ce sont les surdoués de Leprous qui représentent la Norvège dans la catégorie prog metal. Ici, tout est parfait, de l’allure des musiciens à l’exécution de la musique. Tellement parfait qu’on regrette alors l’absence de surprise ou d’accroc.

Anaal Nathrakh ou Slift ? Le choix est presque aussi rude que l’affrontement Emperor/Paradise Lost de la veille. Ayant déjà vu le groupe de Birmingham, j’opte donc pour les Toulousains de Slift, qui, paraît-il, auraient délivré l’une des meilleures prestations du dernier Hellfest. Je découvre donc leur musique, une sorte de space rock psychédélique aux relents stoner, vraiment maîtrisé et super efficace. C’est excellent, mais un poil survendu.

Après une pause bouffe où j’entends de loin un clone de Rammstein (Eisbrecher), je suis très curieux de voir Nevermore. Un groupe dont je ne connais qu’un seul album, mais dont le changement de line-up a pas mal attisé ma curiosité. Effectivement, Berzan Önen, la nouvelle recrue au chant, est vraiment impressionnant. L’expression « fort comme un Turc » n’est pas galvaudée à en juger par la taille de ses biceps et sa prestance scénique. Mais c’est vraiment au niveau du chant que le mec est incroyable. Capable de passer des aigus aux graves avec une aisance absolue, ou du growl au chant cristallin, si le power metal était une épreuve olympique, la médaille d’or lui serait garantie.

Ainsi s’achève le samedi pour moi. Étant totalement hermétique à Within Temptation et n’ayant pas grand-chose à faire des reprises country de Steve’n’Seagulls, on va se préserver pour l’énorme journée du dimanche.

Dimanche 16 août

Le temps passe quand même très vite en festival et voilà que le dimanche est déjà arrivé, avec sa programmation qui me parle bien plus que celle de la veille.

La journée commencera donc sous le signe du brutal death avec les Québécois de Cryptopsy. On est en plein après-midi et le public est déjà chaud comme la braise et, malgré la poussière, un génie aura l’idée de balancer des fumigènes en plein circle pit ! Il fallait bien marquer le coup pour aller avec le set démentiel de Cryptopsy, fidèles à eux-mêmes.

La chaleur toujours présente, pourquoi ne pas aller voir un peu de stoner ? Après avoir entendu de loin Red Sun Atacama, on va se rabattre sur Wormsand, dont la musique peut vaguement rappeler le desert rock de Kyuss. Mais quelques titres suffiront, il manque quand même un petit quelque chose pour que ça prenne vraiment.

Les choses sérieuses vont vraiment démarrer avec la prestation de Castle Rat, qui est un peu l’une des sensations du moment. Du doom traditionnel joué par un groupe costumé avec un concept à la D&D ? Combo gagnant ! Si la formule pouvait me laisser perplexe, la musique m’a définitivement convaincu avec des riffs sabbathiens bien sentis et une excellente chanteuse. Sans compter toute la prestation théâtrale, vraiment fun, avec pour point d’orgue un affrontement à l’épée. Le buzz serait justifié ? Je serais bien tenté de dire oui ! Et puis nous laisser sur « Don’t Fear the Reaper » de Blue Öyster Cult, c’était exactement ce qu’il fallait pour maintenir la bonne humeur ambiante.

Autre buzz du moment : Witch Club Satan. Ce n’est pas peu dire que le groupe est très attendu. Placées sur une grande scène, les Norvégiennes, telles des entrepreneuses parisiennes, annoncent leur concept avant toute chose : « This is not a safe place, this is a ritual ». Manque de bol, le son est catastrophique et le groupe n’est pas du tout en place. Allez, on évacue pour la Massey Ferguscene où se produit Voïvod avec son chanteur des années 90, E-Force. Là, on change radicalement d’ambiance et la claque est monumentale. C’est complètement fou, ça cogne là où il faut sans en mettre une seule à côté, et cette reprise de Pink Floyd bien psychédélique nous emmène loin tandis que le morceau final « Voïvod » nous ramène aux tout débuts du groupe. Malheureusement, le public ne s’est pas tant déplacé ici pour voir LE concert du festival. Dommage.

Alors qu’il est temps de manger, je me décide quand même à jeter un œil à Monkeys on Mars, l’union de Monkey3 et Mars Red Sky. Mauvaise idée de prendre ça en cours, c’est impossible de s’immerger dans leur stoner planant. Tant pis pour moi, le reste du public semble apprécier.

Vader ayant annulé à la dernière minute et ayant été remplacé au pied levé par les Brésiliennes de Nervosa, je préfère aller voir Deafheaven qui, un peu comme Leprous, semble vraiment un peu trop impeccable sur tous les points. Et pourtant, ça ne manque pas d’émotion et d’intensité !

L’événement du festival, c’était bien évidemment la venue de Judas Priest. Un tel nom à l’affiche du Motocultor, ça paraissait tellement improbable, mais pour notre plus grand bonheur, ça a bien eu lieu.

Voir Rob Halford et sa bande aujourd’hui, c’est toujours incroyable, d’autant plus que la setlist fera office de gros best-of en enchaînant tube sur tube, avec même quelques morceaux pas si souvent joués comme « Victim of Changes » ou « The Ripper ». Malgré ses 75 ans, Rob est bien en voix et son charisme naturel opère sans effort particulier. C’est bien la première fois que le Motocultor offre une expérience aussi forte, qui en aura ému plus d’un. Bravo !

Dure tâche que de passer après Judas Priest. Sacred Reich en est bien conscient et en plaisantera même à ce sujet sur scène. Une bonne partie du public rentre à la maison, mais les Californiens tiennent bon et proposent une belle leçon de thrash metal aux plus méritants du public. Un groupe résolument sous-estimé, mais qui nous aura régalés lors d’un final « War Pigs / Surf Nicaragua ».

La dernière cartouche que nous réservait le Motocultor pour la fin est aussi la plus belle. Je parle bien entendu des champions anglais du doom mélancolique, Warning. Revenus cette année avec un nouvel album, on garde surtout en tête que leur opus « Watching From a Distance » fête déjà ses 20 ans. Le peu de public restant pour les voir semble savoir où il met les pieds, et il vaut mieux, car Patrick Walker et sa bande sont bien décidés à nous déchirer le cœur. Une heure de jeu leur est allouée et, malgré la longueur des morceaux, la sensation de voir le temps filer à toute allure est bien là.

C’est magnifique, poignant. Alors même que les morceaux sont annoncés avec une pointe de flegme et de nonchalance, les Anglais sont vraiment un peuple à part !

Et ainsi s’achève cette excellente édition du Motocultor, un festival qui aura pris le temps de se développer et de s’améliorer, mais qui a aujourd’hui atteint un point de maturité lui permettant de proposer des affiches ambitieuses tout en gardant une taille humaine. Qu’il reste ainsi, c’est parfait, et vivement l’an prochain !

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