Interview avec Dionysiaque
Certains groupes marquent immédiatement par leur singularité, par une identité extrêmement affirmée malgré des racines, des influences en apparence classiques. Dionysiaque fait partie de ceux-là.
La première chose que l’on note à l’écoute de leurs deux albums ? Ce chant baryton peu banal : théâtral, habité, capable de passer par de nombreux registres — supplication, lamentation, colère — toujours sur le fil mais, pourtant, parfaitement maîtrisé. Puis, rapidement, l’on remarque que si le style du groupe peut être rattaché au doom, il n’hésite pas à expérimenter, à se faire hétérodoxe en mêlant black metal, heavy metal, folk et rock progressif à ses racines sabbathiennes, pour un résultat étonnamment naturel, évident.
Profitons donc de la sortie de leur nouvel album, le très réussi La Tourbe des Rêves, pour leur poser quelques questions.
1. Questions de chauffe
Comment vous sentez-vous maintenant que La Tourbe des Rêves est enfin sorti ?
Nathaniel (chant) : Bonjour Ultimex et Shelleyan. Merci de prendre le temps de parler de Dionysiaque dans le cadre de Guts of Darkness. C’est un peu la même chose à chaque sortie de notre part. Nous sommes investis dans la composition et tout le travail d’enregistrement et de mixage et de mastering. Une fois que c’est disponible pour le public, ça ne nous appartient plus vraiment. On continue de faire vivre la musique en concert et en en faisant la promotion, comme dans le cadre de cette interview. Mais son avenir est en partie entre d’autres mains que les nôtres. Et c’est tant mieux. Nous voyons pas mal de nouvelles personnes nous découvrir, nous rencontrer et s’intéresser à notre univers artistique grâce à la musique et aux messages que nous délivrons. C’est toujours vivifiant de voir que notre volonté de ne pas résider dans un quelconque entre soi permet au groupe de déborder du cadre souvent restrictif d’une quelconque scène en particulier. Nous commençons déjà à travailler sur le prochain album, qui sera un album concept sur la manie dansante qui a saisi Strasbourg en 1518.
Pouvez-vous résumer brièvement votre parcours respectif, ainsi que les différents projets auxquels vous avez participé ou participez encore aujourd’hui ?
N : Dans Dionysiaque, nous venons tous de la scène metal et avons déjà roulé notre bosse dans différentes formations du metal au grind en passant par le doom, le black ou le thrash. À l’exception de Loïc, qui est le guitariste avec qui nous avons fondé le groupe en 2014, dont c’est la première expérience sérieuse musicalement. On retrouve actuellement deux membres de Dionysiaque dans Solstitium, Sacrifizer, Au-Delà, Proudhon, Morbier Danger, Apoptose. Les trois autres sont investis uniquement dans Dionysiaque.
Dans les groupes passés on peut mentionner Triumph of Death (la version réactualisée de Hellhammer), Résistance, Bloody Sign, Karne, Supertzar pour les plus notables.
2. Questions musique / composition
Deux ans seulement séparent La Tourbe des Rêves de Diogonos, deux disques particulièrement aboutis. Comment expliquez-vous un rythme de création aussi soutenu ? Certains titres de La Tourbe des Rêves étaient-ils déjà en gestation lors de l’enregistrement de Diogonos ?
N : Je sais pas si on peut parler de rythme soutenu quand tu vois que des groupes comme Saxon, Mötörhead ou Iron Maiden sortaient plusieurs albums et EP’s dans une même année au début des 80’s. Nous sommes aussi conditionnés par la disponibilité des collaborateurs avec qui nous travaillons. Par exemple, Diogonos avait été enregistré, mixé et masterisé entre juillet et novembre 2023, pour ne sortir qu’en mars 2024. De même, La Tourbe des Rêves a été enregistré en 6 jours en août 2025, mixé et masterisé par la suite et donc finalisé vers octobre, novembre 2025, pour sortir en mars 2026. De fait ça laisse un delta suffisamment long pour bosser et composer un nouvel album en partant d’idées complètement nouvelles. On a la chance d’avoir Loïc qui est une usine à riff et un line-up qui réagit rapidement et de manière inspirée pour faire avancer la composition naturellement. Par conséquent ça peut aller assez vite, mais on fait attention à ne rien bâcler non plus, car le but est de sortir de la musique qui corresponde à nos exigences de qualité et qui nous permette de repousser nos limites. Sinon, autant sortir la même formule à chaque album, sans remise en question ni challenge, et finir comme un énième groupe décoratif dont raffolent tellement les fans les moins curieux et aventureux de la scène metal.
Vous mélangez de manière très fluide doom, black metal, heavy metal... Était-ce un objectif fixé dès la création du groupe : ne jamais rester enfermés dans un style unique ? Ou cette évolution s’est-elle faite naturellement avec le temps, avec vos envies respectives ?
N : Plutôt qu’un objectif, c’est quelque chose qui est venu tout naturellement. Nous sommes avant tout des cramés de musique. On peut prendre notre pied à écouter des styles très différents, tout en étant très pointilleux dans nos goûts. La ligne directrice des toutes premières répétitions de Dionysiaque se basait sur les riffs et l’ambiance de groupes comme Candlemass, Darkthrone, Voivod, Hellhammer, Evil Spirit et Head of the Demon. On retrouve dans ces groupes tout l’éventail de styles mentionnés dans ta question. Ajoute à ça nos personnalités respectives au niveau de la guitare et du chant et tu as l’ADN de Dionysiaque. Avec le line-up actuel qui a enregistré les 2 albums, on a une version augmentée et plus poussée de notre son et j’espère que nous pourrons continuer à explorer de nouvelles facettes de notre style à chaque nouvelle sortie. En tous les cas, nous sommes très conscients d’avoir une chance assez rare de disposer d’un line-up partageant un amour commun de la musique dans ses formes les plus variées, et une vision commune de ce que doit être ce groupe et de la manière dont on doit le faire sonner.
Comme le résumait assez bien notre guitariste Bruno lorsque Thomas nous a rejoint à la batterie, Dionysiaque est un terrain de jeu, chaque membre dispose donc de beaucoup de liberté personnelle pour interpréter la musique à sa façon, en y prenant plaisir, sans forcément suivre à la lettre les directives d’un leader. Tant que l’ensemble sonne correctement aux oreilles de tout le monde, alors on peut garder ce qui a été fait et avancer sur le reste de la composition. Avec le temps nous devenons plus exigeants encore sur le travail des arrangements.
Est-ce quelque chose de naturel pour vous, d’ailleurs, ce mélange, ou est-ce, au contraire, un travail compliqué pour mettre tout le monde d’accord et trouver, ainsi, un équilibre satisfaisant ?
N : Tout le monde n’avance pas forcément au même rythme au même moment, mais quand l’inspiration est là, ça fait comme une réaction en chaîne, et les choses peuvent se mettre en place de manière fluide et rapide. Il y a une vraie complicité et une écoute sincère dans le groupe. Nous sommes tous au service de la musique et aucunement de nos egos. Parfois nous butons sur une idée, un riff, un enchaînement. Mais on laisse un peu de temps passer et nous n’hésitons pas à défaire ce qui a été fait, ou alors des évènements impactant nos vies privées peuvent servir de catalyseur à la créativité. Dans une large mesure, Dionysiaque est un groupe très organique dans lequel autant l’intellect que l’affect ont une place prépondérante.
Avez-vous travaillé de manière identique sur les deux disques d’ailleurs ? Comment se passe le processus de composition interne au groupe : chacun est responsable de sa partie, développant ses idées de son côté ou vous êtes plutôt du style démocratie et brainstorming ?
N : En règle générale, la plupart des riffs sont composés par Loïc, le style de Dionysiaque repose beaucoup sur ses épaules, mais ce qui fait la force de ce line-up c’est que chacun s’approprie les ébauches de Loïc et brode autour en y ajoutant son propre feeling. Par exemple, Bruno possède un sens très fin de la mélodie, et ses idées viennent contrebalancer le côté plus chaotique de Loïc, notamment en ce qui concerne les soli de guitare. Pour la basse et la batterie, les deux ont eu le même professeur de batterie dans leur jeunesse, et par conséquent, ils arrivent à développer une section rythmique très symbiotique et spontanée, ils parlent définitivement leur propre langage, mais ça semble fonctionner. Et j’approche mon chant comme un instrument à part entière en essayant au maximum de développer des mélodies différentes des instruments, auxquelles j’ajoute des tessitures très variées, un peu dans l’esprit d’un King Diamond, dans un registre évidemment très différent. Il arrive aussi que l’un ou l’autre apporte une idée, et on la travaille ensemble. On tord les idées de chacun dans tous les sens jusqu’à ce que nos tripes nous disent si on tient un truc ou pas. On peut donc dire que la base des riffs et des compositions est apportée par Loïc et ensuite tout le monde met la main à la pâte pour sublimer tout ça.

Avez-vous le sentiment d’avoir trouvé aujourd’hui votre identité musicale définitive ou souhaitez-vous continuer à explorer d’autres territoires métalliques (voire au-delà) à l’avenir ?
N : Nous avons une identité et une personnalité fortes, c’est indéniable. Mais nous refusons de nous reposer sur nos lauriers. Il y a de bons groupes qui proposent une formule revigorante, mais qui bien vite s’enferment dans les mêmes schémas et finissent emprisonnés dans une répétition qui à mon sens finit par nuire à leur pertinence artistique. Je pense par exemple à Necros Christos qui m’a vraiment apporté énormément de plaisir à ses débuts, mais qui a fini par me lasser en proposant des albums de plus en plus interchangeables et répétitifs dans leur structure et leur approche. Ce n’est en rien un groupe dont je dirais du mal. Je respecte leur carrière et leur évolution, mais je suis au regret d’avouer que j’ai fini par décrocher après leur deuxième album, incapable de retrouver le vent de fraîcheur que m’avaient procuré leurs premiers enregistrements entre les démos et le deuxième album.
La stagnation c’est la mort. Le concept de Dionysiaque, dès sa création, c’est la célébration de la vie dans ce qu’elle peut avoir de plus exaltant ou de plus terrifiant. C’est un groupe viscéral, nous y mettons nos âmes et nos boyaux. Il serait donc contreproductif de nous limiter à une seule facette des émotions que nous procure la vie. Par essence ce groupe est et continuera à être protéiforme. Dans le cas contraire nous perdrions toute pertinence et tout plaisir de continuer notre œuvre.
Quelles sont vos principales influences musicales ? Y a-t-il des groupes ou artistes plus confidentiels que vous aimeriez faire découvrir à nos lecteurs ?
N : Outre les influences citées quelques questions plus haut, nous aimons beaucoup de genres différents. Dans Dionysiaque il y a la part belle aux influences venant de l’Italian Dark Sound, avec des groupes comme Death SS, The Black, Tony Tears ou encore Zess et Arpia. Nous écoutons également beaucoup de musique des années 60 et 70. Par exemple j’adore tout ce qu’a fait John Du Cann, ce guitariste génial mais souvent oublié (The Attack, Andromeda, Atomic Rooster, Daemon). A l’instar de Voivod, nous aimons beaucoup Van Der Graaf Generator. Et des artistes atypiques comme Arthur Brown, Gentle Giant, The Monks ou plus connus mais essentiels comme Rory Gallagher, Yes, The Who, Black Sabbath.
On écoute aussi de la musique africaine des années 70 comme le Zamrock de Witch, Amanaz, et des groupes plus récents comme Songhoy Blues.
Et puis récemment j’écoute beaucoup de crust, hardcore old school et de punk avec des groupes comme Antisect, Rudimentary Peni, Aus-Rotten, Disrupt, Nausea (NY), Broken Bones, Electro Hippies, Riistetyt, Terveet Kädet, Totalitär, English Dogs et des groupes plus récents comme Kohti Tuhoa, Nightfeeder, Cancer Spreading, Exploatör, Deletär, Bombardement, Faucheuse, Phosphore. J’adore également le hardcore japonais et la vague Burning Spirit avec des groupes comme Gauze, Death Side, Lip Cream, Shikabane, Kriegshög, Främtid, GISM, Gudon, Rocky and the Sweden, Acute, Organism, Paintbox … On va aussi explorer le jazz, la musique électronique, le rap, le grind, la soul… Enfin on prend tout ce qui nous touche et on en retire forcément une petite influence qui se retrouvera de manière évidente ou pas dans notre approche de Dionysiaque.
Nathaniel, d’où vient cette manière de chanter si particulière et expressive ? A-t-elle été influencée par certains chanteurs ?
N : C’est ma voix naturelle, je n’essaie pas de sonner comme l’une ou l’autre de mes idoles. Je suis un mélange vocal de Patrick l’étoile de mer et Ivan Rebroff bourré. Partant de là, autant faire de ma singularité vocale une force plutôt qu’une faiblesse en assumant à fond. Ce qui va m’influencer chez d’autres chanteurs c’est la personnalité, le placement vocal, l’intention et la capacité à être très narratif. J’aime David Byron d’Uriah Heep, King Diamond, Mike Scalzi de Slough Feg, Lori Bravo de Nuclear Death, Tam de Sacrilege, Dawn Crosby de Détente, Arthur Brown…
Quel regard portez-vous sur la scène française actuelle, qu’elle soit doom, heavy, black ou death ? Vous sentez-vous liés à une scène particulière ou plutôt à part ?
N : On a la chance inouïe d’avoir une scène de très bonne qualité avec des groupes qui sont enfin pris au sérieux en France et à l’étranger. Pendant longtemps, à part quelques rares exceptions, les groupes français étaient souvent méprisés par la presse nationale, et pris de haut à l’étranger.
C’était déjà le cas avec un des tous premiers groupes de Hard Rock en France, originaire du Maroc, les Variations. Dans les années 1970 la presse française les descendait, jugeant qu’ils ne pouvaient prétendre être à la hauteur des groupes anglo-saxons. Pendant ce temps le groupe jouait beaucoup à l’étranger avec Jimi Hendrix, Led Zeppelin, Edgar Broughton Band, Kiss, et enregistrait des albums aux Etats-Unis. Le public les aimait mais pas la presse. Alors que leurs albums sont tous de très bonne facture, les Variations sont tombés dans l’oubli et ne parlent malheureusement plus qu’à un public d’initiés. Pourtant Marc Tobaly, leur guitariste avait un look qui a beaucoup influencé celui du jeune Norbert Krief, qui deviendra plus tard Nono de Trust.
Dans les années 1980, la vague heavy metal a percé mais s’est vite faite rattraper par des producteurs qui ont lissé le son des groupes pour les faire passer à la radio, et au passage leur faire perdre leur fan base. Il est vrai qu’encore aujourd’hui les fans de la 1ère heure vénèrent encore Sortilège, Blasphème, Vulcain, mais ils sont finalement peu nombreux en France même. Malgré tout, ces groupes jouissent encore d’un grand respect en Allemagne, en Grèce, ou en Espagne.
La vague thrash et death metal de la fin des années 1980 et du début des années 1990 a vu quelques noms sortir du lot comme Agressor, Massacra, Mercyless ou Loudblast, mais tout un terreau talentueux est définitivement resté sous les radars, comme Mutilator/Mutilated/Abyssals, SHUD, Death Power, Burial, Mestema, Witches, Supuration/SUP, etc.
En parallèle la scène black metal s’est pas mal développée, mais est restée plus confidentielle, malgré son aura « culte ». C’est une scène qui s’est vraiment beaucoup épanouie à part du reste de la scène metal plus globale, à mon sens. A l’étranger la scène BM française jouit encore de pas mal de respect. Après, c’est un style qui ne me parle pas du tout artistiquement et qui compte quand même un sacré ramassis de connards au mètre carré.
Et aujourd’hui il y a globalement une nette amélioration de la scène metal française, dans tous les styles. Alors historiquement, nous n’avons jamais eu de style français à proprement parler, comme il y a un son death suédois, ou floridien très vite identifiable. Mais qualitativement, sur les 15 dernières années, on a vu des groupes monter en force et en prestige.
Les groupes actuels qui comptent à mon sens sont Pénitent, Herzel, Meurtrières, Venefixion, Barabbas, Conviction, Manzer, Violent City, LMDA, Teigne, Traquenard, Mortal Scepter, Hexecutor, Mortuaire, Skelethal, Au-Delà, Sacrifizer, Necrowretch, Rising Dust, Mourning Dawn, Tentation, Proudhon, Civilian Thrower, La Hess, Mochi, Discordance, Abhorrent Execration, Nornes, Ataraxie, Gravekult, Sépulcre, Palantyr, Animalize, Fumist, Cavalerie, Pyromancer, Profanation, Cratophane, Guru…

3. Questions label / thématiques
Comment en êtes-vous arrivés à travailler avec I, Voidhanger Records ?
N : On a tout simplement envoyé l’enregistrement de Diogonos à plusieurs labels afin de trouver qui voudrait bien nous signer et sortir l’album. Le boss de I, Voidhanger Records a répondu en moins de 24 heures, totalement conquis et motivé par ce qu’il avait entendu. Sur cette base enthousiaste, nous avons discuté et sommes tombés d’accord très vite sur le deal qui nous était offert. On a fini par faire partie des meilleures ventes du label avec ce premier album. Il faut cependant garder l’esprit des proportions que cela représente, 200 vinyles et 400 CD ont été pressés. Ce n’est pas non plus un chiffre pharaonique. Mais à l’heure de la dématérialisation et des buzz qui meurent plus vite que la dignité de Manuel Valls dans la nanoseconde après qu’il ait ouvert la bouche, c’est pas si mal.
Pour le deuxième album, les chroniques sont encore plus positives qu’elles ne l’étaient déjà pour Diogonos, et la motivation du label est au plus haut pour continuer à travailler avec nous et nous soutenir. On est vraiment à la maison avec ce label. La confiance est là, la motivation aussi et on est absolument libre de nos mouvements. C’est très agréable et appréciable, autant humainement que professionnellement.
Comment le label a-t-il accueilli, sur votre dernier album, l’usage du français (sur deux morceaux) ainsi que certaines références historiques et politiques comme la Commune ?
N : De manière très enthousiaste. Le boss du label est également sensible au progressisme, et par conséquent il a totalement adhéré au propos de l’album.
Il est relativement rare dans le metal d’aborder des thématiques politiques sous un angle aussi ouvertement historique. Qu’est-ce qui vous a poussés à explorer ces sujets sur ce nouvel album ?
N : On parle très souvent de politique entre nous et de fait, dès les débuts de Dionysiaque, quand bien même c’est fait de manière moins frontale, mais l’aspect politique est bel et bien présent. Sur des morceaux comme « Shellshock » qui dénonce le militarisme ou Meta Incognita » qui vilipende le colonialisme, les textes sont peut-être plus évasifs que sur ce dernier album. Mais l’idée est déjà là. Tout art est politique par essence, nous avons fait le choix de porter plus haut une voix qui est en nous depuis de longues années. Dans un contexte où le fascisme reprend beaucoup trop de place, il nous a semblé important de dire plus clairement et ouvertement notre opposition aux valeurs réactionnaires.
Il a même été très gratifiant de rencontrer de nouvelles personnes à nos concerts qui sont venues pour parler et nous dire combien une voix comme la nôtre, dans le contexte de la scène metal underground, leur apportait une bouffée d’oxygène et les faisait se sentir moins seuls face à l’océan de merde dans lequel nous nageons toutes et tous en ce moment. Ce n’est pas grand-chose, mais si on arrive à transmettre de l’espoir malgré la noirceur de notre musique, alors on n’aura pas fait ça pour rien.
Outre la littérature et l’Histoire qui sont des thèmes récurrents dans notre univers, l’aspect socio-politique est très ancré dans notre musique et continuera à se manifester dans nos productions futures, que ce soit frontalement ou subtilement.
4. Conclusion
Quels sont vos projets pour la suite ? Des concerts ou tournées sont-ils prévus en France ou à l’étranger ?
N : En juin, nous apparaîtrons dans un podcast vidéo de Home Alive Prod. Puis, on va tourner entre l’Allemagne, le Danemark (Metal Magic Festival) et le Benelux en juillet, et on jouera le 26 septembre à Strasbourg au Molodoï dans le cadre du 1er festival qu’on organisera avec l’asso dont je fais partie (Hard Attack) en compagnie de Mercyless, Manzer, Paantyr, LMDA et Kalevi Uibo (ex-Chaos Echoes) en solo. Ça promet d’être bien cool.
Et entre-temps ça bosse dur sur la compo du troisième album qui sera donc un album conceptuel sur l’épisode de manie dansante qui a secoué Strasbourg en 1518. Nous diviserons le prochain album en 2 parties de 20 minutes chacune pour pouvoir coller un morceau par face du LP. Et au sein de chaque pavé de 20 minutes il y aura 2 parties.
Les textes parlent d’une frénésie de danse qui a saisi les habitants de Strasbourg en 1518. L’époque est alors troublée. On est aux balbutiements de la Réforme Protestante. L’Eglise catholique, bien assise dans ses privilèges et ses abus, tout autant que la noblesse, profite largement de la basse populace en l’exploitant jusqu’au trognon. Depuis l’Autriche l’armée turque toque aux portes du Saint Empire Romain Germanique. Ajoute à ça des récoltes mauvaises et des périodes de disette additionnées à des épidémies (peste, suette) ou des contaminations régulières (le mal des ardents si bien décrit dans le retable d’Issenheim de Grünewald).
L’instabilité politique, religieuse et sociale est intense. Et au milieu de ce marasme des gens entrent en transe à Strasbourg sans qu’on ne sache vraiment pourquoi. Un récent document sur le sujet est sorti sur Arte au début de l’année 2026, et il a le mérite de rappeler un fait fondamental. On ne sait pas pourquoi les gens se sont mis à danser. On ne saura jamais, mais ça n’en reste pas moins fascinant. L’Ammeister, équivalent du maire de l’époque a même fait apprêter des charrettes pour emmener les danseurs à la chapelle Saint-Vit (Saint Vitus) pas loin de Saverne à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Strasbourg. Les prières à Saint-Vit étaient supposées soigner le mal et arrêter les danses compulsives. Est-ce que ça a fonctionné ? Difficile à dire. Mais l’épisode n’en reste pas moins intrigant et fascinant. Nous allons donc le mettre en musique dans une pièce thématique divisée en deux grands morceaux. Ce sera donc bien notre troisième album et pas un simple EP. On a hâte d’avancer dessus car c’est encore une fois un challenge au niveau du format et du thème.
Vous arrive-t-il de lire Guts of Darkness ? Que pensez-vous du site ?
N : Oui et je suis également les podcasts de Poky qui sont fort documentés et intéressants. C’est une ressource vraiment solide ce site.
Un dernier mot pour conclure, à destination de nos lecteurs ?
N : Merci d’avoir lu jusqu’à la fin. N’hésitez pas à venir vers nous, nous sommes facilement accessibles. Et peut-être que nous passerons jouer près de chez vous dans pas si longtemps ?
Et enfin merci à toi Ultimex pour tes chroniques très inspirées de nos deux albums. Content d’avoir su te toucher aux tripes.
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