Ana Iesu / Agriculture - Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand, 07/06/2026
par
Rastignac
La Coopérative de Mai s'est élevée il y a plus de vingt ans à côté du stade, pas loin des usines, face à la caserne des pompiers et du cimetière des Carmes — en gros, au milieu de pas grand-chose, à part de temps en temps un festival dans les années 1990. Cette zone qui rejoint Clermont et Montferrand a longtemps gardé une culture ouvrière...

Aujourd'hui, en 2026, je découvre souvent en retard la programmation de cette salle : elle est parfois terne, et parfois elle enchaîne les hits music only — l'autre soir Agriculture, la veille Jeff Mills, pour vous donner un ordre d'idée.
J'ai préféré Agriculture. Pourquoi ? Pas parce que j'adore la FNSEA, mais plutôt parce que je les avais ratés connement pendant le Roadburn, et n'avais découvert leur musique qu'après, ce qui fait que je m'en suis mordu les doigts, étant amateur de tout ce qui peut enrichir un sous-genre sans l'ânonner bêtement... Le black metal typé « Oslo 1994 » étant devenu depuis longtemps l'équivalent du death metal typé « Tampa 1993 », c'est-à-dire léééééégèrement répétitif et convenu. Après, ça passe ou ça casse, l'hybridation — cf. mes chroniques de ces compilations de metal métissé au milieu des années 1990, avec des bouts d'autres choses dedans qui flottent comme des éponges usagées dans une soupe d'eau tiède et trouble... Mais là, ça joue tellement bien parce que, primo et dernio : créativité et virtuosité. Et passion. Et énergie. Il n'y a qu'à voir leur tournée actuelle, commencée en Amérique depuis des mois, puis en Europe, vraiment de partout, des gros festivals aux mini-salles, à un rythme assez dingue. Vu la forme qu'ils avaient l'autre jour, et vu la mienne alors que je ne tourne pas, ça m'a presque rendu jaloux.
Enfin, nous voilà posés comme des gros manches au balcon de la petite salle, histoire de bien voir sans se fatiguer — faudrait pas trop en faire non plus, espèce de vieille savate de Rastignac. Première partie locale avec Ana Iesu. Une chanteuse, et un non-chanteur propriétaire d'une table avec un nombre insensé de bidules qu'il va toucher, tourner, presser pendant ce petit set. La chanteuse, elle, va bouger sur scène, dans la fosse, hurler de tous ses poumons, sussurer des mots en français, chanter de manière désespérée — enfin, douleur et souffrance non-stop. Bien abrasif, le son envoyé par les machines faisant de multiples clins d'œil à l'industrie métallique. Bien sympathique, bien torturé.

Ensuite, mise en place de ce groupe que j'aime. Enfin, pour reprendre un de leurs t-shirts : « J'aime le son spirituel du black metal extatique du groupe Agriculture ». Ça se met en place illico presto, et c'est parti pour une cyclothymie mise en scène, pendant un temps que je n'ai pas compté tellement j'ai été captivé par leur set. C'est carré, au millimètre, au poil ; c'est incroyable d'intensité ; c'est tranquille puis super abrasif, de nombreux silences très plombants agrémentant certains de leurs morceaux. Souvent aéré — alors que je n'aime pas ça habituellement — par des solos de guitare (le soliste est énorme) et de batterie (le batteur est gigantesque de puissance et de feeling). Et ils vous balancent ça tranquille, no look 150 %, zéro pose, juste de la musique et de la passion.

J'ai rarement eu une banane comme ça en sortant d'un concert. Les oreilles bien emmitouflées par contre : le son de cette salle pouvant être un peu perturbant pour vos pauvres oreilles fragiles, au cas où vous iriez voir Mogwai là-bas. Résultat : personne devant le merch avant le concert, file d'attente bien longue à la fin, avec les membres du groupe qui viennent taper la discute. Enfin, je ne sais pas ce qu'il faut de plus pour mettre quinze étoiles sur deux à ce groupe. Et en plus, leur musique est chouette. Et désolé de faire le bougnat de service, mais la place était à 14 euros, boudiou ! 14 euros !

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