Paradise Lost / Messa / Lacrimas Profundere – L’Elysée Montmartre, Paris, 20/10/2025

par avatar Duabiht

Jouer à l’Elysée Montmartre, pour un groupe comme Paradise Lost, c’est un peu comme jouer à la maison. On ne compte plus leurs passages dans la célèbre salle montmartroise et autres salles parisiennes sur plus de trente ans. Et malgré tout ça, le public ne se lasse vraiment pas de les voir, comme en témoigne ce joli sold-out pour un lundi soir automnal. Il y a trois ans, c’est Hangman’s Chair qui avait le privilège d’accompagner les anglais en tournée, cette année ce sont les allemands de Lacrimas Profundere et les italiens de Messa qui ont l’honneur d’ouvrir chaque soir sur cette première partie de cet ‘Ascension Tour’.

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Franchement déterminé à assister à cette affiche de qualité, il m’aura fallu affronter une tempête et ses conséquences fâcheuses sur le trajet avant de réussir à accéder à la salle. C’est ainsi que je rate complètement Lacrimas Proundere, mais arrive juste à temps pour le début du set de Messa. Loin d’être des petits nouveaux, avec déjà dix ans d’existence au compteur, le groupe a largement écumé les salles de son Italie natale avant de littéralement exploser à la sortie de leur 3e Album, ‘Close’ qui en a fait un groupe incontournable de la scène Doom européenne. Leur dernier album ‘The Spin’ se présente comme un nouveau terrain de jeu, bien plus diversifié qu’auparavant, tout en gardant cette identité si singulière. Une identité bien visible par la dualité du line-up du groupe sur scène : d’un côté la section rythmique basse/batterie qui joue tout en lourdeur et puissance, et de l’autre la délicatesse extrême de la vocaliste Sara et de son guitariste prodige. Les metalleux en cuir d’un côté, la classe à l’italienne de l’autre. Le son du bassiste, branché sur un ampli guitare JCM dénote clairement du guitariste au jeu et au look sortis des 70’s. Lemmy d’un côté, Jimi Hendrix de l’autre. Un choix a été fait : celui de ne jouer que des morceaux du dernier album, pour lesquelles une petite introduction est faite à chaque fois. Le très post-punk ‘At Races’ est joué de manière entrainante, tandis que l’envoutant ‘The Dress’ arrive à passer d’un plan extrêmement jazzy à un solo blues planant. La surprise viendra du morceau ‘Reveal’ aux accents southern rock pour achever le set sur ‘Thicker Blood’ qui ne manquera pas de faire secouer les têtes. Le public a l’air aussi unanime que le groupe est ravi.

C’est au son de l’album ‘The Serpent’s Egg’ de Dead Can Dance que le public attendra l’arrivée de Paradise Lost. Original ? Non, mais on peut néanmoins apprécier l’élégance de leur backdrop et constater qu’ils ne s’encombrent même plus d’amplis sur scène tandis que le batteur sera protégé par des parois en plexi. Tout comme sur le nouvel album, le groupe démarre sur ‘Serpent on the Cross’. On aurait pu penser que ‘Ascension’ serait à l’honneur sur cette tournée, mais aussi facétieux que généreux, les anglais vont plutôt se livrer à l’exercice du best of. Ce sont les titres ‘True Belief’, ‘One Second’, ‘One Solemn’ vont s’enchainer comme des témoins de la diversité des albums du groupe pour arriver à ‘Faith Divides Us - Death Unites Us’ dont le refrain sera repris unanimement par la foule. La mort nous unie peut-être, mais Paradise Lost nous rassemble pas mal aussi, même si on ne ressent pas tellement d’esprit de groupe entre les musiciens. Ils doivent se connaitre depuis trop longtemps certainement. En tous cas Nick Holmes est bien en voix et en verve quand il s’agit de sortir des conneries au public, tandis que Steve Edmondson et Aaron Aedy assurent à fond la rythmique en headbangant comme des dingues. Plutôt en retrait dans son coin, Greg MacIntosh prend des allures de Saroumane avec ses cheveux gris plaqués et sa longue barbe. On regrettera cependant le son vraiment trop criard de sa guitare qui devient un peu fatiguant à la longue. Le refrain de ‘Pity the Sadness’ prend des allures maidenesque lorsqu’il est scandé par la foule, ‘Benath Broken Earth’ est l’occasion d’apprécier le growl de Holmes, alors que ‘Nothing Sacred’ est un retour aux sonorités New Wave. ‘Tyrants Serenade’ viendra représenter le nouvel album à nouveau et les titres vont s’enchainer jusqu’au tube ‘Say Just Words’. Un petit rappel et le groupe est déjà de retour pour ‘No Celebration’, ‘Ghosts’ et nous achever une bonne fois pour toute avec ‘Silence Like the Grave’. C’est assez dingue de se dire que la discographie du groupe compte autant de tubes, d’autant plus que ‘Forever Failure’ ou ‘As I Die’ n’ont pas été joués, non par manque de temps, quoique la durée d’1h20 est déjà acceptable, mais plus pour laisser place aux autres morceaux.

Beaucoup d’entre nous ont grandi avec Paradise Lost, les ont vus évoluer, changer de style, revenir aux sources sans jamais ne se fourvoyer ni sortir de mauvais albums. Aujourd’hui ils arrivent toujours à remplir une salle comme l’Elysée Montmartre sans peine et continuent leur carrière avec une constance exemplaire sans avoir recours à la hype, au buzz ou n’importe quel artifice, certainement efficace temporairement, mais tellement superficiel. Ils ne seront peut-être jamais reconnus comme des géants, et pourtant précurseurs, ce qui en fait avant tout un groupe essentiel.

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