Christian Fennesz : “Mosaic” at Elbphilharmonie. Elbphilharmonie - Kleiner Saal, Hamburg, 13/02/2026
par
Rastignac
Comme je disais l’autre jour : je suis largué, et : crust de luxe ! Ben oui, je ne m’attendais pas vraiment à devoir débourser environ 45 euros pour aller voir du grindcore… car je suis en balade, et quand je suis en balade, je vais voir des concerts, car rien ou presque ne se passe chez moi, donc j’en profite quand je traine dans des mégapoles pour les vacances...

Aujourd’hui : Hamburg, cité massive, puissance brute, commerce, pêche, porte-containers, grosses mercos qui accrochent la neige de leurs pneus Michelin. Froid. Glissades. Peau rougie. FC St. Pauli. Cabarets kitsch. Saucisses au curry, etc. Etc. Et des concerts, par exemple : Napalm Death, 45 euros, comme dans les autres dates européennes que j’ai consultées. Je disais l’autre jour : je suis largué, c’est sans doute normal de payer ce prix non libre pour voir ces groupes aujourd’hui, en tout cas à des tarifs qui me paraissent énormes… je me rabattai donc vers l’ailleurs, par exemple : l’Elbphilharmonie.
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“Salle” gigantesque, en fait, une petite salle, une plus grande, et autour un énorme building abritant appartements de luxe, parkings, restos, que sais-je encore, pour des gens qui ont plus d’argent que vous. Je regarde la programmation, et là entre deux concerts d’interprétations de Strauss à 80 balles et des séances gratos à midi comme au lycée hôtelier c’est les élèves qui font la bouffe / la musique : Christian Fennesz, et là je me dis “hé mais c’est sur guts auf darkness aus nord ça non ?” Eh, oui.
Et je crois bien en avoir passé à la radio du temps que j’étais comédien ; et je me suis dit, pourquoi pas, dans une salle avec acoustique de haute qualité, entourés de gens de bon goût, posé tranquillement sur le siège je vais digérer mon poisson pané et ma bière Astra de marin de pacotille. On arrive, on grimpe dans ce building tout de verre et d'acier, à l’image des architectures de cette ville qui passe son temps à nous dire : “regarde, on fait du fric et de la puissance, chut, on se calme, et on admire”. Les murs de la “petite salle” sont en bois, mais du bois pour écouter bien avec plein de bosses et de rainures, on y rentre après avoir profité d’un escalator vertigineux puis d'une salle comme un palais des glaces déformantes, surplombant tout ce quartier d’entrepôts et d’industrie, à perte de vue. La petite foule est bigarrée, à noter quand même une dizaine d’ulveriens, je note que le Fennesz avait en effet posé sa nonchalance contractée sur un live chroniqué par MOI-MÊME, comme on se retrouve, que faites-vous ici.
Mise en scène sobrissime, quinze euros moins cher que Varukers, l’artiste rentre sur scène bouge la tête, enclenche la machine, et une heure et demie plus tard repart de même, ne dis rien, souris un peu, s’en va. Entretemps : le chaos, comme une tentative d’excroissance sonore changeant de direction, d’épaisseur toutes les quinze secondes puis reprenant par plus ou moins d’épaisseur, puis non ça rétrécit, ça maigrit, ça reprend, ça se perd et s'éteint, ça n’enchante pas, ça ne socialise pas du tout, on ne va pas finir la soirée comme ça, on ne va pas se connaitre avec ça, on ne va pas suivre un chemin, ni élaborer de paysage, on pense “oui c’est abstrait”, mais en fait c’est organique aussi parfois, au détour de pétarades de Harley Davidson retravaillées en boucle, ou ces vagues bleues, ou ces pulsations qui semblent donner un tempo. Mais non.
De temps en temps il sort la guitare, la pose, mais ça revient au même, le son se déploie mais ne prévoit rien, ne fait rien attendre à personne, le volume est doux, malgré quelques drones, quelques compressions de son, quelques crescendos qui ont l’air mais non, ça retombe tout à plat. Mis à part au moins deux fins de pièces qui se taisent progressivement, il n’y a pas vraiment de pause, ça s’enchaine avec des projections qui ne vous feront pas rêver ni imaginer quoi que ce soit. Fennesz s’échappe timidement à la fin du set, content (sobrement) des applaudissements, et moi j’ai fait un saut dans le temps, concassé, massé, les oreilles heureuses mais elles ne savent pas pourquoi et elles se demandent, au bout du compte, si c’est le bonheur d’écouter de la musique qui est si important ?
Prochaines dates :
21.02.2026 OHO (Fennesz + Franz Hautzinger) Oberwart, Autriche
26.02.2026 “Mosaic” at Bozar Bruxelles, Belgique
08.04.2026 “Continuum” (Alva Noto + Fennesz) at Teatro Comunale Città di Vicenza Vicenza, Italie
25.04.2026 Innsbruck International Biennial Innsbruck, Autriche
28.04.2026 Bozar (Fennesz + Jim O’Rourke) Brussels, Belgique
02.05.2026 Centro d’Arte dell’Università di Padova (Fennesz + Jim O’Rourke) Padova, Italie
03.05.2026 Lupo (Fennesz + Jim O’Rourke) Lido di Savio, Italie
04.05.2026 Inner_Spaces, Auditorium San Fedele (Fennesz + Jim O’Rourke + Eiko Ishibashi), Milan, Italie
20.06.2026 “25th Anniversary Endless Summer” at Bozar (Fennesz + Lillevan), Bruxelles, Belgique
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