System of a Down / Queens of the Stone Age / Acid Bath – Stade de France, Saint-Denis, 02/07/2026

par avatar Duabiht

Qui m’aurait dit, en 1998, lorsque System of a Down était annoncé en première partie de Slayer et Sepultura au Zénith, que près de trente ans plus tard le groupe remplirait deux fois le Stade de France ? Jamais je n’aurais imaginé que la bande à Serj Tankian atteigne de tels sommets, alors même que je me suis arrêté de les suivre après leur deuxième album.

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Mais le principal choc n’est pas tant l’endroit où se déroule le concert, ni même le fait que les pourtant très établis Queens of the Stone Age se retrouvent relégués au rôle de première partie. Non, la plus grosse surprise vient de la présence d’Acid Bath, indiqué en tout petit au bas de l’affiche.

Acid Bath, c’est vraiment un groupe culte au sens strict du terme, c’est-à-dire un groupe dont les albums n’ont pas eu la reconnaissance qu’ils méritaient à leur sortie, mais qui ont été vénérés par un nombre grandissant de fans au fil des années. Une notoriété qui a fini par convaincre le groupe de se reformer l’an dernier et de donner des concerts un peu partout aux États-Unis, avant de venir, pour la toute première fois, en Europe.

Et qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour les groupes que l’on aime autant ! L’acquisition d’une place en fosse Or s’est vite imposée. Vu la taille des lieux, c’était le seul espoir de profiter pleinement du show d’Acid Bath. Et puis Queens of the Stone Age, c’est toujours une bonne idée, tandis que System of a Down pouvait offrir un sympathique voyage nostalgique. Donc, on y va !

Sans surprise, le jour J, c’est une marée humaine entièrement acquise à la cause de System of a Down qui se rue en direction du stade, non sans passer par les très fournies boutiques officielles afin de se vêtir à la gloire des Californiens. Je partage d’ailleurs avec un couple d’Anglais mon désarroi de ne pas trouver le moindre t-shirt Acid Bath. Ceux-ci avaient été placés dans un coin particulièrement discret des stands : il fallait le savoir !

Avec une bonne heure d’avance, il est encore possible de se placer relativement près de la scène et de prendre son mal en patience. Puis, peu avant 18 h 30, le redoutable « Black Sabbath » de qui vous savez résonne à plein volume dans tout le stade. D’emblée, on nous prend par les sentiments.

Enfin, le quintette louisianais entre en scène pour une belle leçon de sludge. Et ça démarre tout en groove avec « Tranquilized », rapidement enchaîné avec « Bleed Me an Ocean ». Dax Riggs, bien caché derrière sa paire de Ray-Ban, reste statique mais en grande voix, pendant que Sammy Duet et Mike Sanchez balancent leurs riffs avec une implacable efficacité. On notera également les hurlements déchirés de Sammy Duet, qui contrastent parfaitement avec le chant de Dax. Un petit mot en mémoire du regretté bassiste Audie Pitre est prononcé avant le morbide « Venus Blue », mais le grand moment du concert restera cette interprétation de « Dead Girl », dans sa version électrique et bluesy popularisée par Agent of Oblivion. Si l’on ne peut pas se permettre de voyager dans le bayou, c’est le bayou qui vient à nous. « Paegan Love Song » viendra conclure en beauté un set bien trop court, mais tellement attendu. Il ne reste plus qu’à espérer une véritable date française, hors festival et en tête d’affiche, car ceux qui ont vécu ce concert avec la même intensité étaient finalement assez clairsemés dans le public. Les autres se sont contentés d’applaudir poliment.

C’est devant un décor de guirlandes électriques suspendues en travers de la scène que Queens of the Stone Age fait son entrée. Le groupe, porté par le très charismatique Josh Homme, prend des allures de dandys hipsters et vient nous délivrer une heure de stoner rock ensoleillé.

Si le démarrage est tonitruant avec « You Think I Ain't Worth a Dollar, but I Feel Like a Millionaire », qui ouvrait Songs for the Deaf, jusqu’à « Little Sister », on ressent un léger ventre mou à partir de « My God Is the Sun », même si le public reste très enthousiaste face à leur performance.

Le signal du réveil intervient très clairement sur les trois derniers titres : « Go With the Flow », l’inévitable « No One Knows » et « A Song for the Dead », qui déclenchent quelques joyeux pogos un peu partout dans la fosse. Il n’y a pas à dire, c’était absolument impeccable.

Le cas de System of a Down est plus délicat, pour ma part. C’est quand même admirable de voir un stade rempli de fans de tous âges qui les attendent avec impatience, quinze ans après leur dernier passage en France. Je suis un peu le seul à ne pas être plus enthousiaste que ça, mais la curiosité l’emporte.

Si je ne vais pas m’appesantir sur une setlist que je maîtrise finalement assez peu, je dois quand même souligner que Serj Tankian et Shavo Odadjian n’ont vraiment pas vieilli, ce qui est assez fou. Au-delà de leur apparence, l’énergie dégagée par le groupe est tout simplement incroyable, tout comme leur communication particulièrement bienveillante avec le public. Le groupe est heureux, le public aussi, et cela fait vraiment plaisir à voir. Mieux encore, j’ai même l’impression qu’ils sont aujourd’hui meilleurs qu’à l’époque de leurs premiers albums ! Et puis le son dans la fosse est plutôt bon, le guitariste Daron Malakian s’amuse comme un fou, jusqu’à ne plus savoir ce qu’il raconte et les projections en fond sont assez réussies. C’est pour cette bonne raison que je vais rester une bonne vingtaine de titres — ils en joueront vingt-huit ce soir-là —, notamment pour entendre « Chop Suey! », qui demeure un excellent morceau. Et là, le groupe frappe fort. Non content de jouer l’un de ses titres les plus emblématiques, il enchaîne avec « Lonely Day », son tube le plus radiophonique, qui l’a propulsé à un niveau stratosphérique. Tout le stade s’illumine alors des lumières des smartphones, chacun s’appliquant à immortaliser le moment. Un moment qui, pour ma part, donnera le signal du départ.

On peut dire que le pari de remplir le Stade de France sur deux soirées a été réussi haut la main. Cette soirée de début d’été, certes un peu coûteuse, n’en aura pas moins été particulièrement agréable.

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