Mark Z. Danielewski - La maison des feuilles (2000)
par
Rastignac
À chaque fois qu’un livre s’ouvre nous co-créons un univers. Et chaque univers crée en retour une réflexion voire une littérature, des écoles critiques, de futurs docteurs ès lettres, des chroniqueurs du mardi comme votre serviteur. Et dans chaque réplique de rêves nous retrouvons d’anciens rêves, des tentatives avouées de réussir quelque chose, des regrets d’avoir commis d’autres choses, et on oublie le silence, cette obscurité sans qui nous ne pourrions rien expérimenter, rien imaginer, rien projeter.

Ce livre parle un peu de cela, de cette tentation de noircir des feuilles pour oublier ce qui est totalement vide quitte à refouler ou se défouler ou de devenir totalement fou. Ce drôle de livre qui se lit presque comme un pop-up se dévoile sous nos doigts et sous nos yeux comme un hommage à la typographie, au méta-discours, aux peurs et traumas ou aux notes de bas de page, aux annexes et renvois. C’est une ode à l’imagination qui déborde quand la pensée n’arrive pas ou plus à saisir, à force d’ingurgiter violences, injustices, absurdités et manques de tendresse. C’est un livre sur l’opposé, l’impossible, l’incongru. Ce n’est pas seulement de la littérature fantastique à propos d’une maison avalant ses occupants mais c’est aussi un livre-jeu qu’on tourne dans tous les sens, qu’on soupèse, qu’on caresse avec les doigts. Ce n’est pas non plus un livre c’est peut-être deux, trois, X livres, de la fiction, de la docu-fiction, de la glose inepte, du tournis, des ténèbres et du froid. Et c’est une gutsinerie de plus que je souhaitais vous montrer, si vous ne connaissiez pas, même si après coup je me suis rendu compte que cette œuvre avait déjà une aura, un succès un peu occulte pour happy few amateurs de bizarreries, la réédition française chez Monsieur Toussaint Louverture étant d’une qualité de traduction, de mise en page, de respect des intentions de l’auteur qui m’épate - et pas pour la première fois chez cet éditeur. Un livre à essayer, à goûter puis peut-être déguster lentement pour ne pas se faire trop mal à l’estomac, que je conseille à tout curieux pas effrayé à l’idée d’être gentiment possédé par un objet.
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