Rock In Bourlon 2025

par avatar Duabiht

En quinze années d’existence, le Rock in Bourlon a su se faire un nom parmi les festivals français. Avec son système de tarif libre plus qu’abordable, sa programmation de plus en plus étoffée, mais pointue, et son cadre extrêmement agréable, sa réputation dépasse à présent le simple bouche-à-oreille pour en faire un incontournable du mois de Juin.

Affiche

N’affichant pas complet avant l’échéance, c’est sur un coup de tête que je me décide quelques jours avant, de prendre un pass pour le samedi, histoire de tâter un peu de l’ambiance sur place, le line-up du jour étant bien alléchant. Il faut saluer l’initiative du Festival de diffuser la plupart de ses concerts en direct sur Facebook. On se console comme on peut de louper les excellents sets de la veille (Thantifaxath, Coilguns, Thou ou Furia) depuis le confort de son canapé.

Il faut moins de deux heures de route pour rallier Bourlon depuis le nord parisien, et c’est sous un soleil de plomb que l’on découvre la charmante bourgade en fin d’après-midi. Le festival s’y déroule en plein centre-ville, dans un parc qui parait à la fois petit, mais aussi très grand quant à sa capacité d’accueil ! D’emblée, l’accueil à la pose des bracelets et retrait des jetons bar/restauration est chaleureux. Tout le monde est là pour s’amuser, je soupçonne qu’une bonne partie des habitants de la ville s’est prêté au jeu du bénévolat. De nombreux stands ceinturent le site en proposant boissons, nourriture, merchandising, affiches et sérigraphies ou même des jeux pour amuser les petits et grands enfants. On réalise à quel point le cadre est sympathique et familial. Les scènes sont disposées au centre du parc, en se faisant dos, ce qui impose une migration du public à chaque changement de set, mais la circulation se fait très aisément malgré une belle affluence. Pas de sensation de piétinement, ni d’oppression par la foule, on est bien au Bourlon.

Le temps de découvrir une des très bonnes bières locales (Hauts-de-France oblige), c’est un vacarme d’enfer qui résonne depuis la grande scène. Vacarme causé par deux musiciens, soit un batteur et un guitariste-chanteur qui forment le duo Teen Mortgage tout droit débarqué de Washington DC. Vu l’état actuel de leur pays, ils ont de quoi être en colère, et ils la retranscrivent parfaitement sous la forme d’une grosse décharge Garage Punk héritée des Stooges, MC5 ou encore Turbonegro. Autre expression de la colère, c’est le groupe Spaced qui prend la relève. Les nostalgiques du Turnstile d’il y a dizaine d'années y trouveront leur compte : un Hardcore frais et énergique, mené par une chanteuse absolument survoltée, il ne fait aucun doute que ça serait la meilleure découverte du festival. Bråt viendra ensuite poser son Barbie Grindcore. Nouvelle sensation qui mise avant tout sur le décalage entre le physique de bimbo de sa chanteuse et son chant guttural très caverneux. Ça surprend au premier abord, car équipée d’un micro-casque, elle nous propose un véritable cours d’aérobic, en balançant des titres de Britney Spears ou de Casacada en intro des morceaux, pour mieux nous blaster la tronche ensuite. Et quand ça tartine, la vache, c'est puissant, surtout que le son est épais et limpide. A voir si le groupe tiendra comme ça sur la durée et saura dépasser son concept, plutôt fun au demeurant. Je serai un peu plus embarrassé pour parler d’Initiate, seul groupe du line-up qui ne me parle pas du tout. J’ai l’impression que leur Hardcore mélodique et Emo a déjà été entendu des centaines de fois auparavant. En tous cas le groupe en veut, et le public lui rend bien, tant mieux pour eux. Il ne faut pas se fier aux apparences, malgré leur allure juvénile, les écossais de Hellripper tournent dans le circuit Black Thrash depuis une bonne dizaine d’années. Une bonne partie du public a fait le déplacement pour eux, les plaçant en premier véritable highlight de la journée. Une heure pour eux ? C’est une formalité. Les morceaux s'enchaînent à une vitesse hallucinante, circle pit et slams en continu dans le public, pyrotechnie sur scène. C’est littéralement un baby-Nifelheim qui enflamme la scène avec les potards à onze ! L’enchainement avec Fulci se fait sans temps mort, et il faut vite cavaler pour louper le moins possible du set des italiens, dont le nom ne fait de mystère pour personne. C’est bien du gros Death groovy qui rend hommage au célèbre cinéaste et poète du macabre. On sent une certaine scission dans le public entre ceux qui adhèrent et ceux qui se barrent. Et pourtant le set était incroyable, parfaitement carré et pour épicer le tout, une projection d'extraits de films du Maestro sans le moindre trigger warning. C’est difficilement soutenable pour certains qui s’en plaindront plus tard, notamment pour la scène de l'écharde dans l'œil ou encore l'ablation de téton à la lame de rasoir. On regrettera juste la brièveté du set de quarante-cinq minutes passées à la vitesse de l’éclair. Néanmoins, les quinze minutes restantes permettront de se placer correctement pour la tête d’affiche de la soirée, à savoir Health. Fidèles à leur univers geek, c’est avec la musique de l’animé Evangelion qu’ils préparent leur montée en scène. Et c'est parti pour une heure d'Electro-Indus à la Nine Inch Nails avec ce chant aérien si particulier et ces gros riffs envoyés avec parcimonie. Pour le coup, le public parait peu réactif, voire un peu mou, ce qui n’empêche pas les quelques fans de se dandiner tout du long. Il est vrai que le groupe communique peu, laissant presque paraitre une forme de timidité. C'est surtout sur le morceau Hateful, issu du dernier album, qui fera réagir, principalement sous forme de smartphones brandis en l'air, ce qu’on a finalement assez peu vu dans la journée. On notera aussi une excellente reprise du Be Quiet and Drive de Deftones, et quelques titres plus tard, le chanteur annonce le dernier morceau en encourageant le public à le vivre au plus fort de ses émotions. Pas de doute, ils ont fait sensation.

Et c’est déjà une fin du festival pour moi. L’impasse sera faite sur le projet Electro Giirls et le Rap/Indus de The Bug en raison du trajet nocturne de retour. Le lendemain sera une journée Stoner/Doom sûrement très raccord avec la météo, un peu moins avec mes goûts. En tous cas, il ne fait aucun doute qu’une fois le premier posé à Bourlon, l’envie d’y retourner s’impose d’elle-même. Son cadre, ses artistes, son ambiance : tout est réuni pour offrir la meilleure des expériences à ses festivaliers. On attend déjà avec impatience les premières annonces pour la prochaine édition avec la quasi-certitude que la qualité sera de nouveau au rendez-vous !

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