Wiegedood / Treha Sektori - Le Petit Bain, Paris, 23/09/2025

par avatar Duabiht

Wiegedood est un véritable groupe stakhanoviste des live. On ne compte plus les festivals où ils sont à l’affiche ou les dates parisiennnes. La grande qualité de leurs albums et leur appartenance au collectif Church of Ra, articulé autour des groupes Amenra et Oathbreaker avec lesquels le groupe partage ou a partagé des membres leur a certainement ouvert des portes, et notamment celles d’une excellente tournée en compagnie des américains de Yob lors de la sortie de leur dernier album. Personnellement, la découverte du groupe lors de leur prestation au Tyrant Fest en 2017 a été une petite claque qui s’est conclue par l’achat instantané des deux premiers albums en LP. Et c’est justement pour célébrer les dix ans de la désormais trilogie ‘De doden hebben het goed’ que s’articule cette nouvelle tournée qui semble avoir eu son petit succès, avec quelques dates sold-out en Allemagne et Paris pour destination finale

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Pour un mardi soir, on constate en effet une belle affluence, avec un public qui brasse autant de blackeux que de hipsters, ça surprend toujours un peu. En guise d’ouverture, le groupe a convié le graphiste Dehn Sora, autre transfuge de la Church of Ra, avec son projet Treha Sektori, pour un exercice musical et scénique en solo aussi risqué que réussi. Seul sur scène, équipé d’une poignée d’instrument, dont une guitare qu’il joue avec un archet, Dehn Sora va nous embarquer pleinement dans son univers, à grand renfort de projections de ses créations visuelles. Des prises de vues et noir et blanc très prononcé mêlant prises de vues réelles et animation 3D. La musique, quant à elle, vient nous chercher au plus profond de notre cerveau reptilien avec son aspect tribal et rituel, finalement pas si éloigné des ambiances de Neurosis, ou du moins du projet Tribes of Neurot. Pas un mot dans le public durant les 25 minutes du set, qui passent comme un éclair. Et si tout ça n’était qu’un exercice d’hypnose ? En tous cas ça fonctionne à fond, et c’est à refaire dès que possible. C’est après une courte pause de 15 ou 20 minutes que Levy Seynaeve et ses deux comparses entrent en scène pour démarrer un set marathon de près de deux heures. Le concept de la tournée étant de jouer les trois albums ‘De doden hebben het goed’ dans l’ordre et dans leur intégralité. De ce côté-là, on sait à quoi à s’attendre, et chaque album est illustré par sa pochette en projection pour les étourdis qui s’y perdraient. Le premier tiers est donc très axé Black Metal atmosphérique, assez proche d’un Wolves in the Throne Room, mais sur lequel le batteur Wim Sreppoc va livrer une très grosse performance. On regrette juste le volume un peu plus faible pour le guitariste Gilles Demolder qu’on peine à entendre correctement, mais ça sera mon seul et unique reproche vis-à-vis du son. Le passage au deuxième album sera surtout l’occasion pour le chanteur de faire applaudir Dehn Sora qu’il semble fortement apprécier. Les choses sérieuses reprennent avec ‘Ontzieling’ qui pousse un cran la violence de la musique et introduit des riffs qui évoquent pas mal ceux de Gorgoroth. Le public va vite réagir, et un mosh-pit ne tarde à pas à agiter la fosse. C’est puissant et intense, alors même que le groupe ne bouge pas particulièrement, mais exécute avec une précision chirurgicale chaque morceau. La voix de Levy reste impeccable tout du long malgré ses cris étouffés et ses vocalises de bonze tibétain. Comme de bons étudiants, après la thèse et l’antithèse, la troisième partie du set fera office de synthèse alliant l’atmosphère du premier album et la violence du second. Le point culminant du concert est atteint lors de l’excellent ‘De doden hebben het goed III’ qui est un peu le ‘Jesus Tod’ du groupe qui aura bien laminé le public. On aurait pu croire que le morceau ‘Parool’ qui conclue la trilogie marquera la fin d’un set qui prend des allures de marathon, surtout pour le batteur qui ne lâche rien de la soirée. Mais comme si ça ne suffisait pas, le groupe décide de nous achever avec un petit bonus, la cerise sur un gâteau bien généreux, mais étonnamment digeste, en nous balançant un dernier concentré de violence, le single FN SCAR 16. Comme s’il fallait prouver qu’après trois albums joués, les musiciens en ont encore sous la semelle ! Était-ce nécessaire non ? Était-ce bienvenu ? Oui, mille fois oui. Finalement ma crainte de l’indigestion face à ce concert-fleuve était infondé. Il se passe tellement de choses dans la musique de Wiegedood qu’il est impossible de s’ennuyer ou en avoir marre. Vraiment, une excellente performance.

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