Miserere Lumininis / Decline of the I / Détresse – Glazart, Paris, 12/04/2026

par avatar Duabiht , avatar Nicko

Un dimanche soir un peu morne, un week-end chargé, une date au Glazart, mais un joli plateau offert par P.N.A. arrive à nous motiver à nous déplacer à la Porte de la Villette. Wilhelm, le dernier album en date de Decline of the I a été une telle claque à sa sortie l’an dernier qu’il nous paraissait inconcevable de rater une nouvelle prestation du groupe. Les Autrichiens de Détresse et les Canadiens de Miserere Luminis complètent ce plateau alléchant.

b7a8090346.jpg

Pour ce concert printanier, nous nous y sommes mis à deux ! Je laisse d'abord la parole à Duabiht qui nous parle de son expérience dominicale, hélas légèrement écourtée.

Duabiht : En sortant du métro, je suis agréablement surpris par le calme du quartier, habituellement assez fréquenté par des âmes en perdition entretenues par des profiteurs de la misère. Cette fois-ci, pas grand monde, le calme règne dans les environs.

C’est tout aussi calme au sein de Glazart, les spectateurs arrivent progressivement, et le temps de croiser quelques connaissances à l’extérieur, c’est déjà le moment d’aller voir le groupe Détresse.

Détresse est un groupe qui semble aimer brouiller les pistes : paroles en français, chanteur et batteur autrichiens, mais bassiste québécoise ! Et oui, c’est elle que l’on a pu voir déjà au sein de Gevurah. Le trio propose un Black Metal à la formule simple, mais extrêmement efficace : des mélodies entraînantes, simples, sur une rythmique assez soulevée et un chant très classique pour le genre, sans réelle variation mais qui sied parfaitement aux compositions. Malgré un son de guitare parfois un peu trop agressif, je reste vraiment très agréablement surpris par le groupe, une belle découverte.

Le changement de plateau se fera ensuite assez rapidement pour laisser place à Decline of the I qui doit faire appel à un batteur de remplacement de l’excellent Jason Belial, en repos suite à une blessure. Un changement qui n’affectera pas la qualité de leur performance, ni de l’émotion portée par leur set. C’est bien cette émotion qui fait toute la force de l’écriture de Décline of the I, celle-ci est guidée par une musique inspirée aussi bien du Black traditionnel, que du post-Black, post-Metal voire rock Gothique, ce sont plusieurs décennies musicales qui ont été absorbées et digérées. Au chant, Spir Ignis qui officie aussi dans Thagirion et Hell Militia est toujours aussi impeccable, surtout quand il est appuyé par les hurlements de goules de A.K., le cerveau du groupe. Et c’est lorsque retentit encore une fois ‘le bal des Laze’ de Michel Polnareff que la fin du set est actée.

Enfin je devrais dire ‘le bal du naze’ car dans un état de fatigue avancé, je renonce à l’idée de voir Miserere Luminis, pourtant venus depuis l’autre côté de l’Atlantique, en l’occurrence du Québec, car il s’agit de la nouvelle émanation musicale des membres de Gris. Je réussi aussi l’exploit de louper notre cher Nicko , présent lui aussi dans la salle, donc je me remets à ces impressions vis-à-vis des Québécois !

Nicko : Je reprends les rênes du report car même si nous avons réalisé l'exploit de ne pas nous croiser dans la pourtant petite salle de Glazart, j'ai pu assister à toutes les performances de la soirée.

Ça commence avec le trio Détresse, autrichien de son état contrairement à ce que son nom laisse penser. La présence d'une bassiste canadienne peut expliquer cela. Il s'agit d'une nouvelle formation qui vient défendre son premier album, "Pessimismes". Inutile de vous faire un dessin, le propos est bien sombre et dépressif. Les musiciens débarquent en mode primitif avec corpsepaints et colliers en os inclus. Le groupe nous sort un black metal plutôt mélancolique avec de bonnes mélodies noires bien retranscrites. Tout se joue sur des riffs de guitares qui restent en tête sur fond de rythmes en blasts beats et en mid-tempos. Le son est un peu crade mais j'ai trouvé que cela correspondait bien au style joué. Sans crier au génie, il faut reconnaître que l'inspiration était au rendez-vous, je ne me suis pas ennuyé du tout malgré des plans peut-être un peu trop faciles ou téléphonés mais le principal était là. Voici un trio solide qui perpétue la tradition du black metal des années 90 avec des atmosphères particulièrement noires.

Decline Of The I enchaîne et vient défendre ici en live son dernier album, sorti un an plus tôt, "Wilhelm". Il s'agit de la première fois que je les vois depuis la sortie de ce cinquième album. On change de registre ici avec un black metal beaucoup plus moderne et expérimental, jouant énormément sur des textures et des rythmes variés, éloignés du carcan originel du style. L'aspect visuel est ici prépondérant avec des vidéos balancées sur scène, au travers des musiciens, donnant un effet assez singulier. Cette projection hasardeuse empêche de bien distinguer ces vidéos, notamment les diverses citations se retrouvant balancées sur le chanteur Spir Ignis mais cela donne un effet visuel assez fort et saisissant. J'ai trouvé les musiciens particulièrement en verve, nous interprétant des extraits de chacun des albums de la formation, dans des versions plus brutes et directes, bien adaptées à la scène. J'ai particulièrement apprécié les différents chants des 3 musiciens, A.K., Spir Ignis et Saroth, s'époumonant souvent de chœur pour un résultat apocalyptique me rappelant Mourning Dawn et Wastes. Malgré la complexité des structures de leurs morceaux, Decline Of The I est plus que jamais un groupe de scène dont l'art se transcende dans cet exercice.

Place maintenant au dernier groupe de la soirée, les Canadiens de Miserere Luminis, qui joue devant un public un peu plus clairsemé que pour Decline Of The I (je n'irai pas jusqu'à dire que Duabiht prend de la place dans le pit !). Habillés de chemises ou pulls noirs avec des masques dorés, les Canadiens ne laissent visuellement pas indifférents. Là aussi, on nous propose un black metal noir et poisseux mais ici dans une veine clairement plus atmosphérique, avec des morceaux plus longs et moins agressifs. Le groupe met du cœur à l'ouvrage avec une bonne énergie mais hélas ils souffriront d'un son ne mettant pas en valeur leur musique, trop fort et trop plat, rendant l'ensemble peu dynamique. J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans leur musique. Je trouvais que ce n'était pas mauvais mais sans que j'arrive à accrocher. Typiquement le genre de set où tu te dis que ce n'est pas pourri, c'est pro, bien exécuté et tous les ingrédients du genre sont là, incluant une bonne présence scénique, mais où rien ne vient te titiller. Il manque l'étincelle, celle qui fait décoller et qui accroche l'auditeur. Je suis ressorti en me disant que j'avais vu un groupe qui sait jouer mais où il ne se passe pas grand chose.

Il n'en reste pas moins que nous avons assisté à une bonne soirée de black metal underground et ce n'est pas si courant que cela ces derniers temps.

Si vous étiez membre, vous pourriez réagir à cet article sur notre forum : devenez membre